Sonnet
66
de Pablo
Neruda
La centaine d'amour
Je
t'aime parce que je t'aime et voilà tout
et de t'aimer j'en arrive à ne pas t'aimer
et de t'attendre alors je ne t'attends plus
mon coeur peut en passer du froid à la brûlure.
Je
ne t'aime que parce que c'est toi que j'aime,
et je te hais sans fin, te hais et te supplie,
et la mesure de mon amour voyageur
est de ne pas te voir, de t'aimer en aveugle.
Et
si, lumière de janvier, tu consumais
ton rayon cruel, et mon coeur tout entier,
me dérobant la clef de la tranquilité ?
En
cette histoire je n'arrive qu'à mourir
et si je meurs d'amour, c'est parce que je t'aime,
parce que d'amour, je t'aime, et à feu et à sang.
Traduction de Jean Marcenac et André Bonhomme, Poésie/Gallimard

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