Prendre soin de soi 

 

 

Dans le langage psycho-spirituel, on dit que la meilleure personne pour prendre soin de soi est… soi-même. «Prends soin de toi !»,  «Take care!» dit-on régulièrement en Amérique du Nord en guise de salutation quand on quitte quelqu’un.  

«Prends soin de toi !». Je répondais parfois en dedans de moi «comment est-ce que je dois faire ? On ne me l’a jamais montré ! Je n’ai jamais senti personne prendre soin de moi comme j’en avais besoin !». 

Avec les années, j’ai commencé à apprendre à prendre soin de moi et à être moins sérieuse, moins exigeante avec moi-même aussi, j’ai eu des amoureux qui ont pris soin de moi mais c’est comme si je ne le réalisais pas, inhabituée à ce genre d’attitude envers moi. Je le voyais, l’acceptais mais ne le ressentais pas. 

Mon dernier chum a pris un peu soin de moi mais, les dernières années, il fuyait dès que j’avais besoin, il me reprochait même d’être «en demande». J’avais besoin qu’il prenne soin de moi et il n’aimait pas, il avait l’impression que c’était alors un «devoir» que je lui «ordonnais» (il avait aussi son lot de passé douleureux…). Ce genre d’attitude était hors de ma compréhension : quand une personne est en demande, c’est qu’elle a besoin qu’on prenne soin d’elle. Si un(e) des mes ami(e)s était dans cette situation, je prenais toujours le temps d’être avec lui/elle, de l’accueillir, l’écouter, le guider et même de le/la serrer dans mes bras.  

De mon côté, je me retrouvais toujours seule pour vivre mes peines et la seule aide que j’avais était de payer un thérapeute au besoin… Je ne savais pas non plus comment me confier simplement pour être accueillie, en fait j’avais peur d’être rejetée ou simplement de ne pas recevoir l’aide dont j’avais besoin de la personne. Je ne faisais confiance qu’aux thérapeutes… 

Quand la séparation s’est faite avec mon dernier chum, la seule chose qui m’est venue instantanément c’est «le prochain, il viendra me chercher et il aura envie de prendre soin de moi !».  

À ce moment, ayant vécu des moments difficiles lors de la séparation qui ont fait remonter un bout de mon passé très douloureux, j’ai été référée à un nouveau thérapeute, un homme cette fois, je n’avais eu que des thérapeutes féminines jusqu’à ce jour. 

Le premier regard échangé avec ce thérapeute a été comme une reconnaissance d’âme. Ça commençait «bien» : je ne venais pas là pour me trouver un nouveau chum ! J’aurais préféré qu’il soit gros et laid et, plus tard, lui ai dit combien il me faisait «travailler» fort. Il le savait mais est toujours resté très professionnel. Je ne pouvais que très rarement sentir ou deviner ce qu’il ressentait ou pensait à mon sujet. Il avait un rôle et le «jouait» très bien. 

Cependant, au fur et à mesure que les séances se déroulaient, des mots qu’il me disait pour m’aider à avancer, j’ai commencé à ressentir et réaliser qu’il prenait soin de moi d’une façon qui me faisait du bien. Je sentais aussi qu’il avait envie de prendre soin de moi d’une facon que je n’avais jamais ressentie et qui est venue me toucher au plus profond de moi-même.  

C’était donc possible, un homme qui a envie de prendre soin de moi ?! 

Au-delà de son rôle, je sentais une sincérité de vouloir m’aider à me sortir de cette prison que mon enfance avait instaurée en moi, prison de protection qui m’empêchait de ressentir les sentiments que mes ami(e)s ont pour moi, qui m’empêchait de laisser entrer dans mon cœur des gens auxquels je tiens et qui tiennent à moi, par peur d’être encore rejetée.  

Pendant les séances avec ce thérapeute, j’ai vécu de grosses émotions. Il m’a remerciée de lui faire confiance ainsi en partageant avec lui ce que je ressentais au plus profond de moi. Je ne lui demandais rien, je venais là pour guérir et m’attendais simplement à ce qu’il m’accueille, puisque je le payais pour ça ! J’avais donc l’espace et le droit d’être en besoin et de l’exprimer. 

Il faisait beaucoup plus que ça. Il m’accueillait, me guidait et je sentais que ma douleur le touchait au point d’avoir envie de prendre soin de moi d’une façon tellement profonde et sincère que ça a fini par me toucher… Que ce soit l’homme ou le thérapeute qui me fasse ressentir ça n’a pas d’importance, ce qui compte, c’est ce que je commence à ressentir en moi. 

De nature très timide, je ne le regarde quasiment plus dans les yeux quand on se dit bonjour ou au-revoir, pourtant je sens son désir profond de m’aider et de prendre soin de moi même dans ces moments-là. Je ne peux encore accepter ce regard sincère qu’il me lance, je baisse les yeux automatiquement, réflexe timide et apeuré d’un être qui s’est souvent senti rejeté et mis de côté. 

Ce sentiment est très spécial… Je ne lui demande rien d’autre que d’être accueillie et je reçois tellement plus, des sentiments auxquels je ne m’attendais pas mais que je sais maintenant possibles et qui me font dire que, effectivement, «le prochain viendra me chercher et aura envie de prendre soin de moi». 
 

Dominique Jeanneret, 21 juin 2002

 

 

 

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