Réflexion...

par Alain Guillon

 

Polices de caractères employées : 
Amerigo BT et Monotype Corsiva 
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Est-il possible de vivre une vie sans avoir un jour eu  une petite lâcheté qui fait une petite  honte au fond de soi-même. Je ne veux pas parler de quelque chose de très grave mais assez cependant pour faire réfléchir et s’interroger, encore longtemps après.

Je l’ai eue moi cette lâcheté, voilà pas tout à fait cinquante ans.

J’étais alors dans l’armée en Algérie, pendant cette période dite de " maintien de l’ordre”. A cette époque j’avais été détaché de mon poste en Kabylie pour faire de l’équipement radio sur des hélicoptères, à Alger. Avec un autre sous-officier, nous avions trouvé à louer deux chambres chez une vieille dame dans le quartier de La Redoute. Chaque matin, un bus nous prenait pour nous emmener sur notre lieu de travail à l’aéroport.

Cela nous donnait du temps libre, un peu le soir et en fin de semaine, que nous occupions par des balades en ville, le cinéma et les plages.

J’avais pris l’habitude, lors de ces sorties, de m’arrêter près d’un petit algérien, un petit cireur de souliers. Quelques pièces pour avoir de belles chaussures reluisantes et quelques fois une friandise en prime avec quelques mots gentils.

Un jour, avant d’arriver près de lui, je vis une belle dame s’arrêter à sa hauteur et commencer à l’invectiver, lui lançant à la figure des mots méchants, lui ordonnant de quitter le trottoir et allant même à lui donner des coups de pieds dans les jambes. J’aurais dû intervenir, j’aurais du dire a cette dame le mépris qu’elle m’inspirait, lui faire comprendre sa bêtise, mais je ne l’ai pas fait, je suis passé à côté de l’enfant sans rien dire.

Je n'oublierai jamais ses deux grands yeux noirs embués qui me semblait qu'ils ne comprenaient pas mon attitude. Mon moment de lâcheté, je l’ai traîné avec moi longtemps, bien longtemps.

Ce n’est qu’au cours d’un voyage au Vietnam des années plus tard que j’ai été interpellé par d’autres regards d’enfants aux yeux noirs, les petits vietnamiens qui ne mendiaient pas, eux non plus, mais offraient,  comme le petit algérien, un service pour quelques pièces. Je ne me suis dérobé devant aucune demande cette fois ci, mais cela n’a pas effacé l’épisode d’Alger.

De cela, j’ai retenu deux choses : nous n’échappons pas à notre petite lâcheté au cours de notre vie mais devons l’avoir toujours présente à l’esprit pour ne pas en faire d’autres. 

Enfin, il me semble avoir constaté une chose étrange, les regards d’enfants remplis de tristesse sont toujours des regards noirs, je n’ai pas souvenir d’avoir vu toute la misère du monde exprimée par de  grands yeux bleus. Alors, on pourrait faire une prière demandant que tous les enfants du monde aient les yeux bleus au moins jusqu'à l’adolescence si cela devait les préserver de subir la méchanceté présente partout.

J’aimerais tout de même savoir au sujet des yeux noirs, choisis exclusivement pour exprimer les détresses, est ce  une fausse idée  que je me fais ou avez vous sans y prêter attention fait la même constatation.

Alain Guillon

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