Le pot pourri d’Alain Gerbault par Alain Guillon
La musique qui va avec cette histoire :
Dans un magasin de musique, une vieille échoppe ou s’empilent des partitions empoussiérées et de vieux disques en cire, le vieil homme fouille dans ce bric a brac à la recherche du Pot pourri d’Alain Gerbault chanté par Yvonne Printemps, une vieillerie des années 1925 ou 1930, peut être entre les deux. L’homme dans la soixantaine ne trouve rien. “ Vous savez, lui dit le propriétaire du magasin, ça doit exister quelque part, on trouve bien la trace de cet enregistrement chez La voix de son maître, mais c'était en soixante dix huit tours, un disque en cire et de grand diamètre car ce morceau était très long pour l’époque et occupait les deux faces du disque.” Il sait bien, l’homme qui cherche, voilà des années qu’il essais de retrouver ce fameux disque, bien sur il n’y passe pas tout son temps et même il y a des intervalles bien longs entre ses moments de recherches, mais il n’abandonne pas et de temps a autres il reprend sa traque. C’est que ce disque à une grande importance dans sa mémoire. Il est petit enfant, huit, dix ans peut être, en tout cas assez grand pour que le souvenir soit resté clair dans sa tête même si tout n’est pas explicite. Ainsi il ne se souvient pas de ce qui déclenchait le jour de la soirée “ tourne disque”. La soirée tourne disque c’était quand papa décidait de faire jouer ces disques plats en cire dont il y avait toute une pile dans la commode. C’ était alors pour les deux garçons de la maison un moment de joie et de plaisir. L’homme revoit encore son père ouvrir le couvercle du tourne disque, mettre en place une sorte d’aiguille en acier sur la tête lectrice, poser délicatement un disque de cire puis l’aiguille sur le premier sillon et alors venait la musique, ou la chanson. Les garçons émerveillés écoutaient et regardaient ce disque tourner sans bien comprendre le miracle. L’homme se souvient un peu de ses mélodies et de quelques noms, Jean Lumiere qui chantait l’histoire d’une petite église, ou Marie Dubat qui racontait une histoire de Noël, c’était une histoire triste , le titre lui échappe. Et il y avait ce disque énorme par rapport aux autres, d’un diamètre double avec sa belle étiquette au centre avec ce petit chien assis devant un gramophone, c’était écrit “ la voix de son maître”. Ce disque son père l’écoutait et le réécoutait, et cette musique, et cette voix si claire entrait dans la mémoire de l’enfant. Ce n’est que bien plus tard, alors qu’il connaissait maintenant la fabuleuse histoire de ce navigateur mystique appelé Alain Gerbault que l’homme eu envie de retrouver le disque. Son père est maintenant disparu, le disque de cire cassé, le tourne disque inexistant, alors il commença sa recherche. Le temps passa, l’homme est arrivé maintenant à l’age ou son père quitta ce monde, tout a bien changé. C'est par le lien de la modernité que l’homme va enfin trouver ce qu’il cherche. Enfin un jour il découvre sur internet la possibilité de se procurer ce fameux pot pourri d’Alain Gerbault chanté par Yvonne Printemps. Même le fait que le continent soit différent n’empêchera pas à l’homme de se procurer l’enregistrement et quelques jours plus tard il le tient enfin entre ses mains. Ce n'est pas un disque de cire, il n’y a pas l’étiquette avec le petit chien il s’agit d’un simple disque de plastique et il va falloir choisir le titre désiré parmi les vingt deux qui sont sur le CD, et pour la première fois l’homme sait que ce morceau dépasse les huit minutes ce qui explique la taille inusitée qu’avait le disque de cire à l’époque. Tout est calme, l’homme appuie sur la touche du lecteur et la musique arrive. Tout d’un coup c’est comme si soixante années venaient de s’effacer, la mémoire de l’auditeur se réveille et s’active, il dit les paroles avec la chanteuses, il lui semble connaître les airs par cœur. Avant la moitié de l’écoute il sent déjà une étrange émotion l’envahir, comme une boule de chaleur qui monte à l’intérieur du corps, il sent son père près de lui impalpable mais si présent. Il va réécouter plusieurs fois tout comme le faisait son père. Son émotion grandit et tout à coup c’est comme une révélation, il vient de comprendre d’où lui vient son prénom : Alain. Alors il reste immobile un moment, ses yeux se mouillent, une larme coule, il ne l’essuie pas. Alain Guillon Retour au menu des histoires d'Alain Guillon Abonnement Venez vous joindre aux abonnés qui reçoivent gratuitement la page des découvertes et nouveautés chaque mois ! abonnement désabonnement Une page de :
Dans un magasin de musique, une vieille échoppe ou s’empilent des partitions empoussiérées et de vieux disques en cire, le vieil homme fouille dans ce bric a brac à la recherche du Pot pourri d’Alain Gerbault chanté par Yvonne Printemps, une vieillerie des années 1925 ou 1930, peut être entre les deux. L’homme dans la soixantaine ne trouve rien. “ Vous savez, lui dit le propriétaire du magasin, ça doit exister quelque part, on trouve bien la trace de cet enregistrement chez La voix de son maître, mais c'était en soixante dix huit tours, un disque en cire et de grand diamètre car ce morceau était très long pour l’époque et occupait les deux faces du disque.” Il sait bien, l’homme qui cherche, voilà des années qu’il essais de retrouver ce fameux disque, bien sur il n’y passe pas tout son temps et même il y a des intervalles bien longs entre ses moments de recherches, mais il n’abandonne pas et de temps a autres il reprend sa traque. C’est que ce disque à une grande importance dans sa mémoire. Il est petit enfant, huit, dix ans peut être, en tout cas assez grand pour que le souvenir soit resté clair dans sa tête même si tout n’est pas explicite. Ainsi il ne se souvient pas de ce qui déclenchait le jour de la soirée “ tourne disque”. La soirée tourne disque c’était quand papa décidait de faire jouer ces disques plats en cire dont il y avait toute une pile dans la commode. C’ était alors pour les deux garçons de la maison un moment de joie et de plaisir.
L’homme revoit encore son père ouvrir le couvercle du tourne disque, mettre en place une sorte d’aiguille en acier sur la tête lectrice, poser délicatement un disque de cire puis l’aiguille sur le premier sillon et alors venait la musique, ou la chanson. Les garçons émerveillés écoutaient et regardaient ce disque tourner sans bien comprendre le miracle. L’homme se souvient un peu de ses mélodies et de quelques noms, Jean Lumiere qui chantait l’histoire d’une petite église, ou Marie Dubat qui racontait une histoire de Noël, c’était une histoire triste , le titre lui échappe. Et il y avait ce disque énorme par rapport aux autres, d’un diamètre double avec sa belle étiquette au centre avec ce petit chien assis devant un gramophone, c’était écrit “ la voix de son maître”. Ce disque son père l’écoutait et le réécoutait, et cette musique, et cette voix si claire entrait dans la mémoire de l’enfant. Ce n’est que bien plus tard, alors qu’il connaissait maintenant la fabuleuse histoire de ce navigateur mystique appelé Alain Gerbault que l’homme eu envie de retrouver le disque. Son père est maintenant disparu, le disque de cire cassé, le tourne disque inexistant, alors il commença sa recherche. Le temps passa, l’homme est arrivé maintenant à l’age ou son père quitta ce monde, tout a bien changé. C'est par le lien de la modernité que l’homme va enfin trouver ce qu’il cherche. Enfin un jour il découvre sur internet la possibilité de se procurer ce fameux pot pourri d’Alain Gerbault chanté par Yvonne Printemps. Même le fait que le continent soit différent n’empêchera pas à l’homme de se procurer l’enregistrement et quelques jours plus tard il le tient enfin entre ses mains. Ce n'est pas un disque de cire, il n’y a pas l’étiquette avec le petit chien il s’agit d’un simple disque de plastique et il va falloir choisir le titre désiré parmi les vingt deux qui sont sur le CD, et pour la première fois l’homme sait que ce morceau dépasse les huit minutes ce qui explique la taille inusitée qu’avait le disque de cire à l’époque. Tout est calme, l’homme appuie sur la touche du lecteur et la musique arrive. Tout d’un coup c’est comme si soixante années venaient de s’effacer, la mémoire de l’auditeur se réveille et s’active, il dit les paroles avec la chanteuses, il lui semble connaître les airs par cœur.
Avant la moitié de l’écoute il sent déjà une étrange émotion l’envahir, comme une boule de chaleur qui monte à l’intérieur du corps, il sent son père près de lui impalpable mais si présent.
Il va réécouter plusieurs fois tout comme le faisait son père. Son émotion grandit et tout à coup c’est comme une révélation, il vient de comprendre d’où lui vient son prénom : Alain.
Alors il reste immobile un moment, ses yeux se mouillent, une larme coule, il ne l’essuie pas.
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