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Marie
par Alain Guillon

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Ce dimanche
matin, Mamie était heureuse, c'était aujourd'hui qu'ils
allaient fêter avec Papy, les dix huit ans de leur petite
fille Marie. Déjà deux ans que Marie ne vivait plus avec
eux. Mamie était un peu anxieuse, ces derniers temps les
nouvelles étaient rares, Marie n'était pas très expansive au
cours des conversations téléphoniques, mais à 18 ans et un
examen à passer dans quelques semaines, Mamie comprenait ça.
Aujourd'hui c'était un grand jour, programmé depuis deux ans,
et Mamie s'affairait à la préparation des plats préférés de
Marie. Papy, tout fier, faisait reluire la carrosserie de la
petite auto destinée à Marie, aujourd'hui on lui donnerai
les clés et la voiture attendrai ici chez eux que Marie
obtienne son permis de conduire.
Mamie, tout en s'occupant, repensait aux dix huit dernières
années.
Dix neuf ans plus tôt c'était le mariage de leur fille
unique Manon, Mamie et Papy n'avaient pas vraiment été
heureux du choix de Manon, Jérôme, ce jeune homme de la
ville ne correspondait pas tout à fait à leurs attentes,
mais c'était le choix de leur fille, elle était si amoureuse
et heureuse qu'ils firent bon accueil à leur gendre. Leurs
réserves ne sortirent jamais de leurs conversations intimes
lorsqu'ils se retrouvaient seuls après leur rude journée de
travail.
Arriva Marie, un beau bébé. Manon et Jérôme travaillaient à
la ville voisine et Mamie eu quasiment la garde complète de
sa petite fille. Passèrent deux années merveilleuses, Marie,
bien que manifestant un caractère très affirmé était assez
facile à vivre.
Puis ce fut ce jour tragique de février, comme à chaque fois
que mamie y pensait ses yeux se remplir de larmes et son
coeur s'accéléra un peu. Rien de compliqué, quelques mots
suffisent pour expliquer la tragédie. Manon partie tôt à son
travail avec sa voiture dérapa sur du verglas et percuta un
camion. Elle fut tuée sur le coup.
Mamie ne voulait pas se rappeler les quelques jours qui
suivirent, trop de peine, trop de douleur, le fait accompli
on ne peut plus revenir en arrière, la vie doit continuer
pour ceux qui sont là, pour la petite Marie.
D'un commun accord avec Jérôme il fut décidé que Mamie et
Papy continueraient de s'occuper de Marie, la seule
différence fut qu'on lui aménagea une chambre chez eux.
Le temps passa, malgré quelques petits différents avec
Jérôme, Mamie et Papy prirent soin de Marie qui devint plus
leur nouvelle fille que leur petite fille. Marie arriva donc
à l'adolescence, pas sans quelques problèmes car son
caractère bien affirmé le devint plus encore et l'importante
différence de génération avec Mamie et Papy amenait des
affrontements assez fréquents. Une grand mère et un grand
père ne peuvent pas avoir les mêmes façons qu'une maman et
un papa.
Le second drame arriva le jour des seize ans de Marie. Un
peu avant le repas Papy, avec des allures de gamin, invita
Marie à aller voir dans le cellier, elle devrait y trouver
son cadeau d'anniversaire. Ils avaient bien résisté, les
grands parents, mais devint l'insistance de Marie qui
voulait faire comme la plus part de ses amies, ils avaient
cédé et dans le cellier c'était un beau vélo moteur bleu qui
attendait Marie. Mais cela ne fit pas du tout l'affaire de
Jérôme. Saisit il l'occasion que peut être il attendait, en
tout cas il manifesta violemment son désaccord, ne
comprenant pas, disait il, la stupidité de Mamie et Papy
d'avoir offert ce vélo moteur à une enfant de seize ans. Il
en profita pour énoncer toute une liste de griefs concernant
l'éducation de Marie et pour finir annonça aux pauvres
grands parents bouleversés, que Marie rentrait avec lui et
que s'en était terminé de leur garde. Après une discussion
assez vive il fut décidé que le dimanche suivant il
viendrait chercher Marie et l'emmènerait vivre avec lui et
sa compagne.
La semaine
suivante fut épouvantable, Mamie et Papy complètement perdus
mais sachant qu'ils ne pouvaient rien contre la décision de
leur gendre essayèrent de calmer Marie déchaînée. Le
dimanche arriva, Marie quitta Mamie et Papy promettant que
le jour de ses dix huit ans elle reviendrait s'installer
avec eux.
Et le temps passa, au début Marie téléphonait chez ses
grands parents tous les jours, puis toutes les semaines,
enfin quelques appels et une visite chaque mois. Cependant
elle ne parlait plus de revenir s'installer chez eux après
ses dix huit ans et Mamie et Papy qui n'avaient jamais pris
très au sérieux cette déclaration de Marie faite dans un
élan de colère n'en avaient jamais parlé. Cependant ils
attachaient une importance particulière à la fête préparée
pour Marie à l'occasion de cet anniversaire.
Mamie commença à s'inquiéter peu après midi, Marie aurait du
être là, mais Mamie se raisonna, quelques minutes de retard
ça arrive. Pendant l'heure qui suivi l'inquiétude grandit,
Mamie désolée voyait toute sa bonne cuisine attendre. Papy
ne disait rien mais tournait comme un ours en cage.
N'y tenant
plus Mamie composa le numéro de téléphone de leur gendre, on
décrocha et la compagne de celui-ci répondit.
"Rien de
grave, Marie est dans sa chambre, ça ne lui disait rien
d'aller vous voir... je vous l'appelle."
Mamie tremblante attend, elle entend des éclats de voix,
sûrement Marie et sa belle mère qui s'expliquent, puis Mamie
abasourdie entend Marie crier ces mots : "Raccroche, j'ai
pas envie de leur parler, aux vieux" et la communication est
coupée. Mots terribles qui anéantissent Mamie, une douleur
intense la submerge, elle à l'impression de se liquéfier,
lâche le combiné, elle s'assoit à même le plancher, veut
parler, mais parvient à peine à prononcer " Papy.."
La vie reprit doucement chez Mamie et Papy, Marie ne rappela
pas. Quelques temps après, un soir d'hiver très froid, Papy
voulant aller chercher du bois sous le hangar tomba et se
brisa une hanche. Trois semaines plus tard il mourut à
l'hôpital. Mamie appela Marie, sans réponse elle laissa un
message sur le répondeur.
Mais Marie ne vint pas à l'enterrement de Papy
Mamie resta seule, pas très longtemps, trop de chagrin, trop
difficile de vivre dans la solitude, une nuit son coeur s'arrêta.
Marie ne vint pas non plus à l'enterrement de Mamie.
Six mois plus tard, chez le notaire ou Marie a été convoquée,
celui-ci lui annonce que ses grands parents lui ont tout
légué, leur maison, les biens, un peu d'argent et une petite
auto. Mais lorsque Marie eut signé tous les papiers le
notaire lui fit part d'une lettre qu'il devait lui lire
selon la dernière volonté de ses grands parents.
"Marie nous t'aimons très fort, tu as été plus que notre
petite fille.
Sans doute avons-nous fait quelque part une erreur puisque
tu nous as rejetés pourtant n'oublies jamais que si tu vis
c'est parce que il y a eu ta maman et que si elle a existé
c'est parce que nous étions là."
Un jour Marie comprendra peut être cette évidence que
certains oublient.
Alain
Guillon

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