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Une étrange
histoire
par Alain Guillon

Comme tous les
matins Pierre monta dans le wagon de métro qui l’emmenait vers
son travail, il parcourait presque toute la ligne, cela lui
prenait plus d’une heure.
Ce jour là, il
attendait avec impatience la prochaine station, c’était la que
la belle inconnue prenait le métro. Il y avait environ un mois
que cela avait commencé.
Quand elle
était montée, avec une autre femme, Pierre avait été frappé
comme par un coup au cœur. Le premier jour il ne cessa de
l’observer, baissant les yeux chaque fois qu’il craignait
qu’elle s’en aperçu, mais occupée à jaser avec son amie elle
n’avait rien vu, arrivé à sa station il quitta le wagon et resta
sur le quai regardant la rame disparaître dans le tunnel. Il
pensa à elle toute la journée, espérant qu’elle serait là sur le
chemin du retour, mais non, il rentra chez lui triste.
Cela durait depuis des semaines, jamais Pierre n’avait osé lui
faire un signe et pourtant maintenant ils échangeaient des
regards. Elle avait fini par le remarquer et n’avait pas baisser
les yeux lorsque tournant la tête elle l’avait surpris. Ils
avaient même échangé de petits sourires mais sans doute trop
timides l’un est l’autre pour s’aborder, et puis il y avait
toujours l’amie, plus âgée qui semblait veiller sur la jeune
femme.
Maintes fois Pierre s’était promis de lui faire un signe, même
de lui parler, un simple bonjour, ou bonne journée , jamais il
ne s’était décidé. Ce jour là il se promis de faire quelque
chose car il lui semblait qu’elle s’intéressait de plus en plus
à lui, pour preuve maintenant elle s’arrangeait pour qu’ils
soient de face dans le wagon et chaque fois que son amie se
plaçait entre elle et Pierre elle la faisait bouger et adressait
un mince sourire au jeune homme.
Voilà la station tant attendue, Pierre n’en croit pas ses yeux
ce matin la jeune fille est seule, elle monte dans le wagon,
s’avance, c’est comme un rêve, Pierre la voit s’assoire à la
seule place libre, en face de lui.
Elle sourit, franchement cette fois et dis “ je m’appelle
Jenny”, Pierre lui prend une main doucement et dit “ je
m’appelle Pierre ”
Cela dura un long moment comme si tout ce qu’ils avaient à se
dire s’échangeait sans paroles, simplement par le regard.
Puis le métro ralenti et l’annonce de l’arrêt les fit revenir à
la réalité, ils avaient laissé passer tous les deux leur
station, il se retrouvèrent sur le quai du terminus de la ligne.
C’était celle qui donnait accès au bois de Vincennes, sans
hésitation ils prirent la direction de la sortie. C'était une
journée exceptionnelle il ne leur vint pas à l’esprit de
reprendre la direction du travail.
Ils se
promenèrent dans les allées, se tenant par la main. Tout leur
semblait naturel, ce plaisir d’être ensemble, cette
compréhension des choses dites a demi mot. L'heure du repas
arriva et ils grignotèrent quelques chips achetées au coin de la
rue, se désaltérant à la même bouteille d’eau provenant de la
même boutique.
Il se dirent mille choses, échangèrent quelques baisers et il
fallu bien prendre le chemin du retour.
A sa station,
Jenny, du quai, fit un signe de la main à Pierre, c’est alors
qu’il réalisa qu’ils n’avaient pas échangé leurs adresses,
Qu’importe pensa t il je la revois demain.
Mais Jenny n’apparut pas le lendemain, ni les jours suivants,
Pierre était triste et vraiment malheureux.
Enfin une semaine plus tard Pierre vit l’amie de Jenny, seule,
monter dans la rame du métro. Il se précipita vers elle :
- Bonjour je
suis Pierre ou est Jenny ?
- Qui êtes vous ? dit la dame.
- Je suis Pierre, je vous en prie, pourquoi Jenny ne vous
accompagne-t-elle pas ?
- Je ne savais pas que vous étiez un ami de Jenny, je suis sa
sœur aînée et…
- Madame, nous nous sommes rencontré ici, dans ce métro, voilà
une semaine et nous avons sympathisé.
- Une semaine dites vous, quel jour ?
- Jeudi, madame, je n’oublierai pas ce jour.
- Pierre c’est impossible.
- Mais non je vous assure, nous n’avons pas été au travail et
nous sommes promenés au bois de Vincennes, on ne l’a pas
licenciée pour ça, elle m’a dit que son absence n’avait pas trop
d’importance.
- Voulez vous descendre avec moi à la prochaine station je dois
vous parler.
Les voilà sur un banc, Pierre est inquiet, la sœur de Jenny est
gentille mais elle semble si triste et son regard parait étonné
de ce qu’il lui dit.
- Écoutez, Pierre, je ne comprends pas votre histoire, vous
semblez bien connaître Jenny mais il n’est pas possible que vous
ayez passé la journée de jeudi avec elle. Je l’accompagnais
chaque jour car elle était très malade et risquait d’avoir un
malaise, en fait elle n’allait pas travailler mais se rendait à
l’hôpital pour un traitement. La semaine dernière cela c’est
aggravé, jeudi vous ne pouvez pas avoir passé la journée avec
elle, elle était dans le coma et s’est éteinte jeudi soir à la
tombée de la nuit.
Pierre regarde
cette femme qui maintenant a des larmes qui coulent, cela n’est
pas possible, sa journée avec Jenny est la dans sa mémoire, il
revoit le bois, les chips grignotées, l’eau partagée et les
baisers échangés. Non il ne la croit pas.
La dame comprend le désarroi de Pierre, pour le convaincre elle
lui demande de venir avec elle jusqu’au cimetière, là il verra
la tombe ou repose Jenny. Elle pense que le jeune homme s’est
imaginé tout cela, il accepte de la suivre.
Ils sont bientôt dans les allées du cimetière, devant une tombe
couverte de fleurs encore fraîches, pas de doute c’est bien le
nom de Jenny qui est là, Pierre se demande s’il est devenu fou.
La sœur de
Jenny replace quelques fleurs et remarque au milieu d’entre
elles une grande enveloppe en parchemin brun. Étonnée elle la
prend et lit : De la part de Jenny pour Pierre. Elle est
stupéfaite, saisit l’enveloppe et la donne a Pierre : je ne
comprends pas comment cette enveloppe est venue ici, c’est pour
vous. Intriguée elle regarde Pierre comme pour lui dire : ouvrez
là. Pierre prend l’enveloppe, l’ouvre, une feuille blanche est
à l’intérieur, sur cette feuille quelques lignes d’une fine
écriture.
«Pour toi
Pierre, tu n’as pas rêvé, la journée passée avec toi dans le
bois de Vincennes à été la plus belle de ma vie, merci. Jenny.
»
Il tend la lettre à la sœur de Jenny :
- C’est bien
l’écriture de ma sœur, comment cela est il possible.
Pierre ne
répond pas, il porte ses doigts sur sa bouche et va déposer ce
baiser d’adieu sur les lettres qui gravent le nom de Jenny.
Quelques années plus tard, Pierre, au cours d’un voyage
rencontra une femme qui s’appelait Jenny, lorsqu’il lui dit
s’appeler Pierre elle lui raconta qu’elle avait vécu une bien
étrange aventure avec quelqu’un qui s’appelait aussi Pierre.
Elle lui montra alors une lettre écrite sur une feuille blanche
on pouvait y lire :
«Pour toi Jenny, tu n’as pas rêvé, la journée passée avec toi au
Parc Lafontaine a été la plus belle de ma vie, merci. Pierre.»
Aujourd’hui Jenny et Pierre sont mariés et vivent à Montréal
avec leurs deux enfants.
Alain
Guillon

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