Histoire de chats
par Alain Guillon

 

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Chez nous il y avait deux chats. 

D’abord Peluche qui appartenait à ma plus jeune fille, c’était une magnifique chatte chartreuse grise bleutée. Câline comme pas une et pleine de fantaisie ainsi, lorsqu’il pleuvait et qu’elle revenait à la maison trempée, elle se campait sur le paillasson de la porte d’entrée et ne bougeait pas de là tant que l’on n’était pas venu la sécher avec une serviette, tout particulièrement les pattes. Après ce cérémonial, alors elle daignait entrer dans la pièce. Elle avait aussi l’habitude, tôt le matin, pas trop tout de même, d’aligner sur le pas de la porte le tableau de sa chasse nocturne. C’était en général entre quatre et six musaraignes qui avaient eu le malheur de la croiser dans sa promenade nocturne. Aussi longtemps que nous n’avions pas constaté avec elle le résultat, elle restait là, se rappelant à nous par quelques miaulements. C'était la chatte de la maison.

Et puis il y avait Bouba, un gros matou noir comme l’ébène. Lui c’était l’invité, au début du moins car il devint l’invité permanent. C'était le chat de mon autre fille, l’aînée, mais l’arrivée d’un bébé avait fait que Bouba dût quitter sa maison pour rejoindre la nôtre, cela devait être temporaire mais il ne retourna jamais chez lui.

Peluche et Bouba s’entendaient relativement bien, quelques escarmouches sans gravité, c’était toujours Peluche qui gagnait, Bouba abandonnait chaque fois.

Un matin d’été, nous fûmes réveillés par des plaintes manifestement émises par un chat et comme, elles n’avaient pas l’air de vouloir cesser, ils fallu bien se résoudre à aller voir. Dès la porte ouverte Peluche, vint se frotter à mes jambes puis sortit rapidement, revint et recommença ce manège trois ou quatre fois. Manifestement, elle voulait qu’on la suive.

Dehors, les plaintes devinrent plus distinctes mais nous ne voyions rien. Puis Peluche grimpa sur le petit mur qui séparait notre maison de celles des voisins et de là sur notre toit. La suivant du regard, nous découvrîmes notre Bouba perché sur la cheminée d'aération. Un Bouba paniqué, miaulant lamentablement et visiblement complètement perdu. Il avait  grimpé là avant le lever du jour et maintenant qu’il faisait clair. Il était en proie au vertige et ne pouvait plus descendre. Peluche essayait de lui faire comprendre comment il fallait faire, elle montait tournait autour de la cheminée et redescendait, cela plusieurs fois, mais le pauvre Bouba ne suivait pas.

Je sortis donc l’échelle et me voila sur le toit à mon tour mais, lorsque je voulus saisir le chat pour le descendre, je compris vite que je n’allais pas échapper a ses coups de griffes car il était complètement affolé.

Nous n’allions tout de même pas faire venir les pompiers pour le sortir de là. Il me vint à l’idée de remonter emportant avec moi une couverture épaisse puis, arrivé à la cheminée, je jetai la couverture sur le chat et vite l’embobinait dedans. Ce ne fut pas sans mal car il gigotait comme un diable mais je réussis à le descendre sans me faire griffer. Déballé de sa couverture, il fila bien vite se cacher dans un coin. Nous ne le revîmes pas de la journée et, par la suite, il ne remonta jamais sur le toit. Quant à Peluche, je n’étais pas plus tôt descendu qu’elle se pavanait sur la cheminée toute fière, l’air de dire  “ moi je n’ai pas peur ”.
 
Peluche d’abord, puis un peu plus tard Bouba sont partis au paradis des chats et peut être ont-ils déjà revécu quelque part une autre vie puisqu’on dit qu’ils ont ce privilège.

Alain Guillon

 

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