Le guignier
par Alain Guillon

 

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Je viens de planter un arbre dans mon jardin. J’ai toujours aimé les arbres, non seulement ils nous sont nécessaires pour bien respirer et donc bien vivre mais, en plus, ils deviennent en général assez vieux pour assurer la continuité entre générations.

Mais aujourd’hui, mon arbre est bien plus modeste et pourtant il me tient beaucoup à cœur, il a une très grande importance pour moi.

Il s’agit d’un simple guignier, d’autres diront un cerisier Montmorency ou bien un cerisier anglais ou bien griottes, peut être même, ailleurs, un autre nom. Peu importe, c’est tout simplement un cerisier qui donne ces cerises rouge-orangé, molles et acides, avec le noyau qui reste souvent attaché à la queue, ces cerises que les uns adorent et que les autres détestent.

Aussi loin que veuille bien remonter ma mémoire, je trouve souvenir de cet arbre et de ses fruits acidulés, il y en avait plusieurs sur la ferme natale. C'était à nous, les enfants, qu’était confiée la cueillette pour confitures et clafoutis de grand-mère. Mais, surtout c’était les dégustations plus ou moins interdites et peu appréciées des oiseaux, mécontents du vol de leur pitance dans les chaudes journées d’été pendant que les adultes faisaient la sieste avant de retourner aux champs, dans ces heures ou le soleil brille et chauffe au plus fort.

Dégustations qui ne nous ont jamais donné plus que quelques coliques malgré nombre de noyaux avalés tout rond. A cette époque et dans les campagnes les mamans étaient moins alarmistes que maintenant. Plus tard, ces mêmes cerises faisaient briller les lèvres des filles et leur servaient de pendants d’oreilles. Un peu plus tard encore, elles donnaient un si bon goût sucré à quelques baisers échangés en cachette.  

J’ai planté dans chaque jardin de mes demeures successives un guignier, arbre modeste en taille mais ne rechignant jamais à donner chaque année abondance de fruits, contrairement à beaucoup d’autres races ayant besoin d’une année de repos après une bonne récolte.

Il est modeste aujourd’hui, mon arbre, mais je sais que déjà, l’année prochaine, mes petits enfants pourront à leur tour goûter aux fruits.

En le regardant, je me dis que, voilà quelques années j’aurais eu hâte de le voir mature et chargé de fruits mais je ne suis plus tellement pressé, mon grand livre a plus de pages lues qu’il en reste à lire, laissons l’arbre pousser et grandir tranquillement.

Mon petit-fils, qui m’a aidé pour la plantation, tire ma manche, me regarde et me réveille en me disant  “ Papi, tu rêves? tu dis plus rien… C’est quand qu’il y aura des guignes ?  ”

Alain Guillon

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