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Et si...
par Alain Guillon

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Luc repose
le combiné du téléphone, songeur, un sourire sur les lèvres.
Ses amis, Marie et Jean, viennent de le convier à une soirée
entre camarades. Luc devine que Marie à encore une perle
rare à lui présenter, il est veuf depuis quelques années et
Marie ne désespère pas de lui trouver une nouvelle compagne.
«Tu vas bientôt avoir soixante huit ans, tu ne peux pas
rester comme ça tout seul» lui répète-t-elle.
Luc a
accepté l’invitation. Les soirées chez ses amis sont
toujours agréables, cela le sortira un peu.
Mais c’est
étrange, il n’y a pas que cela, ce soir il est troublé.
Marie lui a dit le prénom de cette vieille amie qu’elle a
retrouvée par hasard, qui vit seule et qui est dans le même
âge que Luc, elle s’appelle Mylène. Ce prénom, Luc a tout à
coup eu une bouffée de souvenirs et maintenant il ne peut
s’empêcher de les voir revenir en force.
Voilà
presque cinquante ans, quarante huit pour être exacte, Luc,
comme beaucoup de jeunes français de son âge, vingt ans, est
soldat dans une guerre qui ne veut pas dire son nom en
Algérie. Pas beaucoup de loisirs dans le bled ou il est
caserné, de longues journées, très occupé dans la
maintenance d’engins militaires. Le soir, pour passer le
temps, quelques livres, la radio et la lecture d’un journal
spécialement édité pour la troupe. Comme d’autres, Luc à
répondu à une demande de correspondance avec une «marraine
de guerre». Elle s’appelle Mylène, vingt ans aussi, fille de
colons en Algérie mais maintenant dans la métropole pour des
études. Ils échangent une correspondance sage, ont des goûts
communs et Mylène connaît la région ou Luc est né, ses
parents y possèdent même une maison dans une station
balnéaire toute proche.
Ils
s’échangent quelques petits cadeaux, Mylène envoie un livre
à Luc concernant un de ses sujets favoris.
A cette
évocation, Luc va vers la bibliothèque de son salon et
retrouve vite le fameux livre. Il est bien là avec cette
annotation faite de la main de Mylène presque cinquante ans
plus tôt : «Lorsque je vous fais un peu de plaisir, cela
m’en fait beaucoup. Marquise de Sévigné».
Luc pose le
livre et les images affluent. A un moment donné, Luc obtient
une permission, il en avise Mylène qui lui dit qu’à cette
époque, elle sera dans la villa du bord de mer tout près de
chez lui. Ils se donnent rendez-vous.
Ce matin-là,
lorsque Luc arrive à la villa et sonne, il est surpris de
voir que Mylène est sans ses parents dans cette luxueuse
maison mais, avec elle, une amie accompagnée de sa petite
sœur.
Les jeunes
gens partagent un pique-nique préparé par les filles puis,
profitant de l’auto de Luc, entreprennent une balade en bord
de mer. L’auto de Luc se montre un peu capricieuse ce qui
entraîne rires et plaisanteries.
De retour à
la maison, les jeunes filles proposent d’improviser un
souper mais la maison habituellement inhabitée est très
froide. Il est alors décidé de faire un grand feu dans
l’immense cheminée. Il y a du bois à la réserve et du fagot
pour le faire prendre mais impossible de trouver des
allumettes. Ils vont demander à la voisine de les dépanner.
Bientôt une belle flambée illumine la pièce.
Les jeunes
gens discutent, écoutent de la musique, Luc ne se souvient
plus de quoi ils ont parlé, peu importe, la soirée se passe
bien agréablement. À un moment, Mylène l’a invité à dormir à
la maison, il y a des chambres libres. Plus tard, Luc
regagne cette chambre, Mylène et son amie rejoignent la leur
ou dort déjà la petite fille.
Au matin
après le petit déjeuner, Luc prend congé de Mylène et de son
amie. Un baiser sur les joues et un signe de la main.
Étrangement,
Mylene et Luc n’auront pas d’autres échanges après cette
rencontre. Pourquoi ? Luc ne parvient pas à se souvenir des
causes.
De
nombreuses années plus tard, il n’a pas oublié cette étrange
soirée, il lui a toujours semblé être passé tout près de
quelque chose d’important mais sans avoir fait ce qu’il
fallait pour en profiter.
Luc est
vraiment surpris que l’énoncé de ce prénom par Marie puisse
le troubler ainsi, le voilà maintenant presque impatient de
voir arriver cette réunion d’amis chez Marie et Jean.
Il y est …
«Luc», dit
Marie, «voici Mylène, Mylène voici Luc».
Ils sont
face à face, Mylène murmure alors «Enchantée Luc, c’est
bizarre votre prénom évoque pour moi un bien étrange
souvenir».
Alain
Guillon

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