Destins

par Alain Guillon

 

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Ce matin là, Pierre, 12 ans, arrivé de la veille chez ses grands-parents dans cette belle région d’Aquitaine, décida d’une promenade dans la campagne. Il faisait déjà chaud, le ciel était bleu et dans l’air flottait ce parfum inimitable de l’été, mélange d’odeurs de foin coupé, de fruits murs et autres “ flattes narines”.
Pierre retrouvait tous les plaisirs de ces étés passés ici. Sans hésitation ses pas le menaient dans des lieux déjà connus ou il avait bâti tout un monde imaginaire.

Après avoir traversé une vigne, non sans avoir picoré un ou deux grains de raisins verts malgré l’interdiction de sa grand-mère, il suivit un moment la route et bifurqua bien vite dans un chemin herbeux. Des ronces le bordaient et tentantes de grosses mures noires ne demandaient qu’à être dégustées.

Bizarrement il sembla  à Pierre que le chemin s’était élargit depuis l’an passé, il paraissait aussi moins encombré par les grandes herbes et même on pouvait discerner des empreintes récentes de passages d’un véhicule.

Pierre ne s’attarda pas trop sur ces détails, il avait hâte d’arriver à la vieille maison au bout du chemin. C’était une maison vide, du moins le pensait- il, toujours close, il n’avait jamais pénétré à l’intérieur mais sous un hangar un peu de guingois il y avait deux vieilles carrioles qu’il avait  transformées suivant son humeur en diverses sortes de véhicules fabuleux.

Mais ce matin là les choses avaient changé et tout surpris Pierre découvrit que la vieille maison avait les volets ouverts, une auto remplaçait les carrioles sous le hangar, tout déçu il s’arrêta derrière un buisson, hésitant à aller plus loin. C'est alors que de la maison jaillirent deux fillettes, une petite brunette de sept ou huit ans et une blondinette d’environ 10 ans.

Océane, 11 ans, que tout le monde appelait Océ depuis que sa petite soeur l’avait baptisée ainsi, ce qui d’ailleurs lui plaisait bien tant cela faisait mystérieux, Océ donc pestait depuis son arrivée avec ses parents dans ce coin reculé de campagne.

Cette année il avait été décidé, et bien sur sans lui demander son avis de remplacer les vacances au bord de la mer par une immersion à la campagne. Cela n’était pas pour lui plaire et malgré que sa mère lui eu vanté les vertus des ballades dans une campagne ensoleillée et parfumée cela n’avait, à ses yeux, pas la valeur d’une plage sableuse et encombrée de monde.

Mais que peut faire à onze ans une fillette même si elle s’appelle Océ et contre mauvaise fortune bon coeur elle décida donc ce matin là de découvrir l’environnement de cette maison louée par ses parents.

En sortant de la maison il lui sembla voir un ombre bouger derrière un buisson près du chemin. Elle stoppa sa course, surprise la petite soeur vint butter dans ses jambes. Océ vit alors le jeune garçon qui comme statufié les bras pendants le long du corps les regardait évidemment aussi déconcerté qu’elle.

Ils se dévisagèrent quelques secondes en silence, puis elle lança un “ bonjour” au quel il répondit par un non moins sonore “ bonjour” et ils éclatèrent de rire comme on peut rire seulement à cet age là, de façon irrésistible, incontrôlée et sincère.

Ils ne se rendirent compte de rien, ils ne ressentirent aucune manifestation physique et pourtant pour chacun d’eux un chapitre venait de se terminer, une page du livre de leur vie venait de tourner. Désormais dans chacune de leur histoire ça ne sera plus Océ, ça ne sera plus Pierre mais ce seront Océ et Pierre.    


Alain Guillon

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