Dernier amour
par Alain Guillon

Comme chaque jour, vers les quatre heures de l’apres midi, Michel vint s’asseoir sur le banc du jardin public. Voilà bientôt trois ans depuis la disparition de Jeanne, sa compagne, qu’il vient là lorsqu’il ne pleut pas car, en dehors de la pluie, rien ne l’empêche de passer presque chaque jour une ou deux heures assis sur ce banc. La plupart du temps il se contente de laisser le temps passer, il contemple le jet d’eau du bassin, il guette, suivant les saisons, l’oiseau qui viendra se désaltérer, l’enfant qui le fera s’envoler ou les passants qui se promènent. C’est son cinéma à lui, il lui arrive de se raconter une petite histoire selon les événements. 
 
Et puis, voici quelques mois, alors qu’il était plongé dans ses pensées, une jeune femme est venue s’asseoir sur le banc.  Michel lui a dit bonjour et elle lui a rendu son salut avec un beau sourire, ensuite chacun s’est tu.
 
Michel n’y aurait peut être pas porté vraiment attention si le lendemain, à la même heure, la femme n’était pas revenue s’asseoir sur le banc. Cette fois ci, après les salutations, Michel se permit de mieux dévisager cette personne. C'était une jolie femme d’environ trente à trente-cinq ans, estima-t-il. Rentré chez lui, seul, le soir, il y repensa, “ jolie, très jolie même ” se dit il.
 
Le lendemain, la femme revint de nouveau. Michel alors entama la conversation.  Ainsi, elle lui dit s’appeler Catherine, elle terminait son travail à cette heure-là et sa pause sur le banc lui permettait de retrouver calme et sérénité avant de rentrer chez elle. Elle vivait seule en ce moment après une séparation douloureuse. Elle avait trente-cinq ans.
 
Les semaines passèrent. Maintenant, Catherine et Michel se connaissaient mieux, ils conversaient un peu de tout. Michel aimait parler à Catherine de son ancien métier. Il avait été facteur pendant quarante ans, ça lui donnait une bonne réserve d’anecdotes. Il lui parlait aussi de sa jeunesse, du petit bal de campagne ou il avait rencontré Jeanne.  Ils avaient eu trois enfants, tous partis pour la grande ville, ils les voyait rarement, il avait cinq petits enfants, ils lui manquaient, il aurait aimé parler avec eux, leur raconter comment c’était de son temps, mais ils n’étaient guère intéressés par les histoires d’un vieux monsieur de soixante douze ans.
 
Catherine l’écoutait et riait de bon cœur quand il se permettait une histoire drôle, et ils se quittaient en se faisant la bise, “ deux sur chaque joue !!” rappelait Michel à chaque fois.
 
Michel ne pensait plus qu’a Catherine, cela le troubla, que lui arrivait-il. Bien que cela lui sembla incongru, il dû bien reconnaître qu’il était amoureux. C'était ridicule mais, pourtant, ce qu’il ressentait ressemblait tellement à ce qu’il avait connu lors de sa rencontre avec Jeanne.
 
Bien entendu, conscient de l’inconvenance qu’il y aurait à se dévoiler, il ne dit rien à Catherine, savourant les moments passés à bavarder avec elle.
 
Puis, un jour, Catherine lui parla de Pierre, un gentil garçon qui travaillait avec elle. Michel sentit une pointe de jalousie au fond du cœur, “ espèce de vieux fou”  se dit-il.  Au fil des conversations qui suivirent, Catherine parla de plus en plus souvent de Pierre, elle avoua à Michel son attirance pour ce garçon, attirance qu’elle pensait réciproque.
 
Catherine commença  à ne plus venir régulièrement  sur le banc, elle finit par annoncer à Michel qu’elle allait vivre avec Pierre.
 
Ce soir là, Michel fut bouleversé mais c’était la vie. Il comprit alors qu’il venait de vivre son dernier amour et il se dit chanceux car tous ces sentiments même inavoués l’avaient rendu merveilleusement heureux.             


 
 Alain Guillon

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