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Le jour des
chrysanthèmes
par Alain Guillon

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caractères employées :
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Le jour des
chrysanthèmes est en France le jour de la Toussaint, premier
jour du mois de novembre. C'est ce jour là que l’on rend
visite aux tombes des disparus dans tous les cimetières de
France et que l’on vient y déposer le plus souvent un pot de
chrysanthèmes.
Voici quelques jours je me rendis donc au cimetière du
hameau ou je suis né. Le cimetière entoure la petite église
romane, vieille de plusieurs siècles, un peu décrépite mais
toujours utilisée, hélas seulement pour quelques cérémonies
dans l’année, les plus fréquentes étant des enterrements.
Après avoir rendu hommage à ceux de ma famille qui reposent
là, lointains aïeux que je n’ai pas connus, grand-mère et
grand-père dont le souvenir est encore présent, père, petit
frère et petite sœur réunis dans l’éternité j’ai longuement
errer dans le cimetière.
Presque tous les noms inscrits ici me rappellent un visage
ou une histoire. Ici reposent une partie de mes origines.
Je passe devant des tombes entretenues et fleuries, puis
devant d’autres complètement abandonnées, certaines au bord
du délabrement avec des noms à peine visibles. Ces morts la
n’ont plus reçu de visites depuis des années. Plus poignant
encore ces sépultures signalées par un panneau indiquant que
la concession est périmée et que sans nouvelles des familles
concernées la mairie va procéder au transfert en fosse
commune afin de récupérer le terrain. J'ai comme un frisson
devant cette éventualité.
Quelques tombeaux neufs mais non occupés rappellent
l’attachement qu’on encore les gens de cette campagne pour
leur vieux cimetière.
Et puis soudain un caveau* attire mon attention, ici comme
cela se fait quelques fois, les défunts qui y reposent ont
leurs photos posées sur le granit. Je vois toute une famille,
père, mère, fille et petite fille, inhumée là et les
souvenirs affluent car à l’exception de la plus jeune femme
je les ai connus. Le père forgeron du village, la mère qui
m’accueillait dans sa cuisine certains soirs pour faire mes
devoirs après l’école, accompagnant la fille compagne de
classe. Complètement perdus de vue, oubliés après mon départ
pour d’autres lieux et aujourd’hui si proches dans ma
mémoire mais disparus pour toujours, si jeunes pour ma
camarade d’école et sa fille, et la maman partie la dernière
bien après.
Je ne suis pourtant pas triste, seulement ému et heureux
d’avoir quelques jours avant la Toussaint passé un moment
avec ces personnes aimées ou amies qui reposent là pour
toujours.
C’est une belle coutume cette visite des tombes le jour de
la Toussaint souhaitons que cela continue longtemps encore
dans les temps à venir.
* En
Saintonge, le tombeau est plus communément appelé caveau.
Alain
Guillon

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