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Les
champignons
par Alain Guillon

Nous
avons commencé, mon frère cadet, et moi à cueillir des
champignons alors que j’allais vers mes six ans et mon frère
cinq. C'est notre grand pere qui nous initia à cette pratique.
Dans
le petit village ou nous vivions, il y avait trois foyers, celui
de grand-père et grand-mère, celui d’un vieil oncle célibataire
et le nôtre. Parmi les passions du grand-père il y avait,
lorsqu’arrivait le mois de septembre, la cueillette des
champignons.
Le
petit village ou nous demeurions ne se situe pas dans une région
ou les champignons poussent à foison, il en pousse mais si peu
que la recherche s’apparente à une véritable chasse et cela
n’en devient que plus intéressant. De plus le champignon
recherché, je dis “ le ” car c’est à peu près le seul,
est le fameux Cep bordelais. C'est le champignon qui, à mes yeux,
est le plus beau et le plus savoureux.
Notre
grand-père nous emmena donc très jeunes dans la recherche de
ce cep rare. Comment cela se passe-t-il ?
D'abord, il faut
tenir compte des conditions météo des jours et même des
semaines précédentes, chaleur et humidité sont nécessaires,
puis il vaut mieux connaître les positions de la lune, un
changement de lune est préférable, enfin il faut connaître
“les coins”. Tout cela considéré, nous pouvons partir à
la levée du jour, bottés à cause de la rosée, pour aller
voir dans ces fameux “coins” si mère nature nous
offre quelques beaux ceps noirs ou bruns clair suivant les
arbres les plus proches.
Il
fait en général un peu frisquet mais dès que l’on rentre
dans les sous bois de châtaigniers ou de chênes il fait plus
doux et une bonne odeur d’humus vous chatouille les narines.
Mon grand-père d’ailleurs à chaque entrée dans le bois
s’arrêtait un moment et se mettait à renifler comme un chien
de chasse. Certain jour il s’exclamait “ho! les drôles*, ça sent le cep”. Alors commence la recherche,
les yeux vont autour des arbres, le bâton retourne quelques
feuilles, tous les indices sont répertoriés, une mousse
blanche, un champignon vénéneux, une limace autant de repères
pouvant mettre sur la chemin du bon nid. Et tout à coup,
magique, le rond de ceps, superbes, on les frôle de la main
pour écarter les feuilles mortes, on les prend délicatement et
d’un geste précis avec un couteau bien aiguisé on sectionne
le pied. On ne met jamais le cep dans le panier sans l’avoir
ausculté et reniflé, pour savoir sa fraîcheur et humer son
parfum.
C'est
là que grand-père ajoute souvent une petite note de magie
: “les drôles, n’oubliez pas d’en laissez un si vous
voulez qu’ il en pousse d’autres” ou bien “ Vous
ramassez les tous petits, un cep qui a été vu ne grossit
plus” et nous béats nous suivions à la lettre ses
informations.
Petit
à petit l’age venant nous commençâmes à aller aux
champignons tous seuls, mon frère et moi, mais voilà en dehors
des quelques coins que le grand-père avait bien voulu nous
montrer notre territoire de chasse était assez restreint. Hors
nous savions que le vieil oncle célibataire était un
redoutable ramasseur de champignons et qu’il avait ses coins
secrets. Aussi un beau jour, avec des ruses de sioux avons nous
décidés de le suivre et de découvrir ces fameux coins. Ce
jour-là nous avons parcouru un nombre impressionnant de kilomètres
dans des bois pas toujours d’accès facile, mais après mille
détours le coin fut repéré. C'est sans vergogne ni remords
que suite à cette reconnaissance nous avons pillé, de bonne
heure avant le vieil oncle, ce coin d’abondance.
Puis
les années ont passé, le vieil oncle, le grand-père ont
disparus, je suis parti du village, la vie change tout.
Cependant mon frère est resté sur la ferme, je suis retourné
avec lui ou avec mes neveux à la recherche de ceps. Un jour ou
nous évoquions le vieil oncle et le vilain tour que nous lui
avions joué mon frère parti d’un éclat de rire, étonné je
lui en demandais la raison.
«Tu sais, me dit il, le vieil oncle il s’est moqué de nous ce
jour là, il savait que nous le suivions, tu te souviens des
kilomètres qu’il nous à fait faire, il nous à fait cadeau
de son coin, il me l’a raconté un peu avant de disparaître
quand il ne pouvait plus aller aux champignons et que je
lui en portais une fricassée de temps en temps.»
Cher
vieil oncle, il nous aimait bien et ce jour-la, il nous avait
offert à sa façon son coin secret.
Le
coin n'existe plus car savez vous que les champignons un beau
jour cesse d’y pousser et alors il faut chercher ou ils ont
bien décidé de naître, c’est bien comme ça car s’il
n’y avait pas de recherches ou serait le plaisir.
C'est
peut être parce qu’arrive les mois d’automne que cette
histoire m’est revenue avec l’envie de vous la raconter.
*
jeunes garçons
Alain
Guillon

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