Souvenirs et
amours enfantines

par Alain Guillon

 

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Il m'arrive quelques fois de penser à mes amours enfantines, peut on appeler “ amour” ces attirances d'enfants ? En tout cas je ne saurais dire pourquoi certains jours de mélancolie je me complais à évoquer ce qu'il reste de ces moments d'extrême jeunesse. J'entends par extrême jeunesse la période six, douze ans.

Trois prénoms sont restés gravés dans ma mémoire, trois prénoms mais pas de noms, d'ailleurs ais je sus les noms ?

Rolande, Janny et Claudine, quelques images mais pas de visage précis ou si peu que je ne me hasarderai pas à une description.

Rolande, l'histoire la plus lointaine, plus de soixante années, la première classe. C'était la guerre et cette petite fille était une réfugiée. Nous nous sommes pris d'amitié et avons passé nos récréations à jouer ensemble. Une image précise et assez forte au cours d'une scenette nous avons joué à un mariage, nous étions les mariés. Rolande première petite amie j'avais sept ans, je n'ai jamais eu de nouvelles après cette année de classe, j'ai seulement su, sans réelle certitude qu'elle avait subit cette terrible maladie qu'on appelle tuberculose.

Janny, un peu plus tard, un peu plus vieux. Fille d'un boulanger, avec ses frères d'inoubliables parties de cache - cache même dans un vieux four désaffecté de la boulangerie. Janny dont je ne me souviens même plus si elle était brune ou blonde. D'elle je connais la triste histoire, mariée plus tard avec un américain qui l'emmena de son Poitou natal vers l'Amérique ou elle mourut beaucoup trop jeune.

Claudine, enfin, plus vieux encore, douze ans, déjà plus accroché par le physique, amour moins innocent encore que sans le savoir. Claudine la plus jolie de la classe, celle que tous les garçons voulaient comme “ bonne amie”. Mon départ précipité en interna dans une école très éloignée de chez moi mit fin à cette rencontre. Je n'ai jamais rien su d'elle par la suite, elle-même partie avec ses parents dans une autre région.

Je ne sais pas pour quelles raisons il m'arrive de temps à autre de penser à ces trois amours d'enfant. J'ignore pourquoi dans ce subtil ordinateur qu'est le cerveau ces trois fichiers n'ont jamais été effacés et ne le seront sans doute jamais jusqu'à l'arrêt complet du dit ordinateur.

Alain Guillon

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