Les constellations familiales, no 8
Exemple de constellation familiale
tiré de la pratique

Par Christiane Perreau

 

PAUL ou l’attirance pour la mort et la maladie
 

 

Peinture de Francine Babot

 


CP : qu’est-ce que tu aimerais pour toi ? Que veux tu solutionner ?
PAUL  :  j’ai peur de la maladie, mon père et mon grand-père sont tous les deux morts d’un cancer du poumon.
CP : jeunes ?
PAUL : mon père vers 65 ans et mon grand-père, je ne sais pas.
CP : as tu des frères, des soeurs ?
PAUL : je suis fils unique.
CP : es-tu marié ? As-tu des enfants ?
PAUL : j’ai une compagne et  un fils d’une première union. Cette peur m’empêche de me sentir libre ; ça m’écrase.
PAUL  est très ému ; CP lui laisse du temps et de l’espace avant de  lui demander s’il est d’accord de prendre quelqu’un pour lui, son père et son grand père. Et tu fais à ton rythme, en ressentant bien ce qui vient.
PAUL : oui


PAUL choisit 3 hommes dans l’assistance et les place : le père est tourné vers l’extérieur et très loin ; le grand père est également tourné vers l’extérieur, pratiquement sur la même ligne que le père et ils se tournent le dos. PAUL  met son représentant entre les deux,  légèrement en dehors.

Très vite, le père a un mouvement de balancement, il se sent instable et  dit qu’il pourrait tomber. Il se sent mal, oppressé.

Le représentant de PAUL  se sent très mal et est  pâle. Des sanglots surviennent. Et il a très peur.

CP retourne le père et le grand père afin qu’ils puissent se voir.

Le père se sent alors un peu plus stable mais il éprouve un grand froid dans le dos qu’il perçoit comme étant la mort. Puis il dit d’une voix étouffée : il y a beaucoup beaucoup de morts ici. Le grand père a également froid.

CP place le grand père derrière le père ce qui le soulage légèrement. Le représentant de PAUL a très peur de la mort et en même temps il se sent attirée par elle.

CP introduit quelqu’un qui représente la mort ; elle la fait s’allonger entre le père et le grand père. Puis elle demande au père de regarder la mort et l’invite à lui dire : «Je veux te rejoindre et rejoindre les miens, tous ceux qui sont morts et m’attendent.»

À ces mots, le père se réchauffe et par contre le représentant de PAUL veut rejoindre la mort.
CP place derrière le représentant de PAUL son père et son grand père et il regarde la mort.
La mort dit qu’elle les attend.
CP invite PAUL à dire à la mort : «Je peux te voir maintenant et je te considère.»

La mort,  déçue, répond qu’ elle attend surtout le père et le grand père.
Le père ressent alors des douleurs dans la poitrine et la gorge. Il dit qu’il est attiré  par quelque chose qui se trouve à sa gauche. D’ailleurs il penche à gauche comme happé par une force.

CP introduit une autre personne représentant la maladie et laisse les représentants ressentir ce que cela change pour eux. Puis elle interroge la maladie qui dit qu’elle attend PAUL et son père. La mort dit qu’elle attend que la maladie fasse son oeuvre.

CP propose au père de dire à la maladie : «Je m’incline devant toi».

Puis le représentant de PAUL dit à la maladie : «Je te vois maintenant mais nous  t’avons déjà payé un lourd tribut.»

Après un long silence, le représentant de PAUL se sent mieux mais le père est  toujours très oppressé. Il touche sa poitrine et dit qu’il y a là, comme un secret, des non-dits. Sa voix reste faible.

CP introduit alors un gros sac représentant  le secret et confronte le père à ce dernier. CP lui propose de dire  : «Je sais que tu existes et je te respecte, je te laisse à mes ancêtres. Nous avons déjà assez payé comme ça».

CP lui demande si ces paroles sont correctes et lui paraissent justes.
Le père  acquiesce ; au bout de quelques minutes,  il se sent mieux ; les douleurs s’estompent.
Pour les autres représentants cela semble juste également.

CP à la maladie : «Comment ça va pour toi ?»
La maladie répond qu’elle se sent seule maintenant et qu’elle n’a plus personne à accueillir. Elle rit.

CP demande au représentant de PAUL de dire à la maladie : «Permets moi de profiter du temps qu’il me reste à vivre. Cette histoire ne me concerne plus».

La maladie répond qu’elle n’a plus rien à faire ici  si plus personne ne s’intéresse à elle. De son côté  la mort s’apaise, l’atmosphère se détend.

CP propose à PAUL de prendre sa place, face à son père. Ils se regardent intensément puis PAUL se dirige vers son père qui l’accueille dans ses bras.

Dans les bras du père, il se met à pleurer. Il y a encore quelques résistances dans la nuque et CP lui pose doucement la main sur le cou en l’invitant à lâcher la tête vers l’épaule du père, tout en respirant doucement par la bouche pour laisser sortir la douleur.  Peu à peu PAUL  s’apaise et  au bout de 5 minutes, se dégage des bras du père.

CP le fait reculer de quelques pas et lui propose de dire au père : «Je vais profiter de ma vie maintenant et la maladie n’est pas mon histoire. Je vous la laisse».

Grand soulagement du père et du grand père. Le grand père lui dit : «Ce n’est pas ton histoire, c’est la nôtre, vis».

PAUL ressent alors la force qui vient de la lignée des hommes et CP l’invite à prendre tout son temps pour accueillir cette force de vie, ce qu’il fait longuement.

Au bout de quelques minutes, CP lui propose d’arrêter là le travail et de venir s’asseoir à côté d’elle, pour un temps de silence et de recueillement.

Puis PAUL dit que c’est la première fois qu’il se sent un homme (il est très présent à lui-même, grandi) et il éprouve un grand bonheur jamais expérimenté. Il ajoute qu’il n’a jamais pris son père ni son fils dans ses bras et qu’il va le faire avec son fils maintenant.

Cette constellation montre que certains destins tragiques laissent une empreinte profonde qui continuent d’agir au fil des générations. Les événements eux-mêmes sont oubliés ou pas connus et l’on ne peut dire ce qui s’est passé précisément pour cette famille, mais il reste des traces, des informations puissantes voire violentes dans le champ de conscience familial dont les fils et les filles du présent  sont effets, sans le savoir. Ils sont agis par des pulsions irrésistibles comme l’attirance pour la mort, la maladie. Et ils participent d’un destin qui n’est pas le leur jusqu’à ce que la confrontation, la prise de conscience  de ce qui est se fasse.

Cette  constellation d’origine met en évidence l’ importance pour un homme de prendre appui sur la force des hommes de sa lignée afin de pouvoir vivre sa propre masculinité.

Elle montre à nouveau combien il est réparateur pour un enfant de pouvoir prendre, c’est à dire reconnaître son père ou sa mère en tant que tels, sans les juger, les évaluer et avoir des considérations sur les mérites qu’ils ont ou n’ont  pas à être parents.  Reconnaître, c'est  respecter,  c’est consentir à ce qui est  : il n’y aura pas d’autres parents que ceux que l’on a ; et cela leur redonne de la dignité.

Si adultes, nous restons dans les revendications, les attentes ou les demandes, nous restons liés aux parents et nous ne pouvons pas prendre. Nous restons polariser sur ces revendications, ces demandes et nous ne pouvons accueillir les bonnes choses de l’existence. Le fait de prendre père et mère permet la séparation et de vivre son propre destin.

Et puis reconnaître père et mère,  c‘est aussi voir  en eux  notre Nature Essentielle qui  est  Non-moi, Être, Eternité, Vacuité.
 

Prendre, cela  veut dire  qu’on prend les choses telles qu’elles sont. C’est un acte d’humilité.
On prend ses parents tels qu’ils sont. Et on se prend tel qu’on est.
On se réconcilie avec soi-même, on trouve le calme intérieur.
On ne porte pas de jugement de valeur. Ni en bien, ni en mal.
Constellations Familiales Bert Hellinger & Gabriele ten Hovel
 

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