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CP : qu’est-ce que tu aimerais pour toi ? Que
veux tu solutionner ?
PAUL : j’ai peur de la maladie, mon père et mon grand-père sont tous
les deux morts d’un cancer du poumon.
CP : jeunes ?
PAUL : mon père vers 65 ans et mon grand-père, je ne sais pas.
CP : as tu des frères, des soeurs ?
PAUL : je suis fils unique.
CP : es-tu marié ? As-tu des enfants ?
PAUL : j’ai une compagne et un fils d’une première union. Cette peur
m’empêche de me sentir libre ; ça m’écrase.
PAUL est très ému ; CP lui laisse du temps et de l’espace avant de lui
demander s’il est d’accord de prendre quelqu’un pour lui, son père et
son grand père. Et tu fais à ton rythme, en ressentant bien ce qui vient.
PAUL : oui
PAUL choisit 3 hommes dans l’assistance et les place : le père est
tourné vers l’extérieur et très loin ; le grand père est également
tourné vers l’extérieur, pratiquement sur la même ligne que le père et
ils se tournent le dos. PAUL met son représentant entre les deux, légèrement
en dehors.
Très vite, le père a un mouvement de balancement, il se sent instable et
dit qu’il pourrait tomber. Il se sent mal, oppressé.
Le représentant de PAUL
se sent très mal et est pâle. Des sanglots surviennent. Et il a très
peur.
CP retourne le père et le
grand père afin qu’ils puissent se voir.
Le père se sent alors un
peu plus stable mais il éprouve un grand froid dans le dos qu’il perçoit
comme étant la mort. Puis il dit d’une voix étouffée : il y a beaucoup
beaucoup de morts ici. Le grand père a également froid.
CP place le grand père derrière le père ce qui le soulage légèrement. Le
représentant de PAUL a très peur de la mort et en même temps il se sent
attirée par elle.
CP introduit quelqu’un qui représente la mort ; elle la fait s’allonger
entre le père et le grand père. Puis elle demande au père de regarder la
mort et l’invite à lui dire : «Je veux te rejoindre et rejoindre les
miens, tous ceux qui sont morts et m’attendent.»
À ces mots, le père se réchauffe et par
contre le représentant de PAUL veut rejoindre la mort.
CP place derrière le représentant de PAUL son père et son grand père et
il regarde la mort.
La mort dit qu’elle les attend.
CP invite PAUL à dire à la mort : «Je peux te voir maintenant et je te
considère.»
La mort, déçue, répond
qu’ elle attend surtout le père et le grand père.
Le père ressent alors des douleurs dans la poitrine et la gorge. Il dit
qu’il est attiré par quelque chose qui se trouve à sa gauche.
D’ailleurs il penche à gauche comme happé par une force.
CP introduit une autre personne représentant la maladie et laisse les
représentants ressentir ce que cela change pour eux. Puis elle interroge
la maladie qui dit qu’elle attend PAUL et son père. La mort dit qu’elle
attend que la maladie fasse son oeuvre.
CP propose au père de dire à la maladie : «Je m’incline devant toi».
Puis le représentant de PAUL dit à la
maladie : «Je te vois maintenant mais nous t’avons déjà payé un lourd
tribut.»
Après un long silence, le
représentant de PAUL se sent mieux mais le père est toujours très
oppressé. Il touche sa poitrine et dit qu’il y a là, comme un secret,
des non-dits. Sa voix reste faible.
CP introduit alors un gros sac représentant le secret et confronte
le père à ce dernier. CP lui propose de dire : «Je sais que tu existes
et je te respecte, je te laisse à mes ancêtres. Nous avons déjà assez
payé comme ça».
CP lui demande si ces paroles sont
correctes et lui paraissent justes.
Le père acquiesce ; au bout de quelques minutes, il se sent mieux ;
les douleurs s’estompent.
Pour les autres représentants cela semble juste également.
CP à la maladie : «Comment ça va pour toi ?»
La maladie répond qu’elle se sent seule maintenant et qu’elle n’a plus
personne à accueillir. Elle rit.
CP demande au représentant de PAUL de dire à la maladie : «Permets moi
de profiter du temps qu’il me reste à vivre. Cette histoire ne me
concerne plus».
La maladie répond qu’elle
n’a plus rien à faire ici si plus personne ne s’intéresse à elle. De
son côté la mort s’apaise, l’atmosphère se détend.
CP propose à PAUL de
prendre sa place, face à son père. Ils se regardent intensément puis
PAUL se dirige vers son père qui l’accueille dans ses bras.
Dans les bras du père, il
se met à pleurer. Il y a encore quelques résistances dans la nuque et CP
lui pose doucement la main sur le cou en l’invitant à lâcher la tête
vers l’épaule du père, tout en respirant doucement par la bouche pour
laisser sortir la douleur. Peu à peu PAUL s’apaise et au bout de 5
minutes, se dégage des bras du père.
CP le fait reculer de
quelques pas et lui propose de dire au père : «Je vais profiter de ma
vie maintenant et la maladie n’est pas mon histoire. Je vous la laisse».
Grand soulagement du père
et du grand père. Le grand père lui dit : «Ce n’est pas ton histoire,
c’est la nôtre, vis».
PAUL ressent alors la
force qui vient de la lignée des hommes et CP l’invite à prendre tout
son temps pour accueillir cette force de vie, ce qu’il fait longuement.
Au bout de quelques minutes, CP lui propose d’arrêter là le travail et
de venir s’asseoir à côté d’elle, pour un temps de silence et de
recueillement.
Puis PAUL dit que c’est la première fois qu’il se sent un homme (il est
très présent à lui-même, grandi) et il éprouve un grand bonheur jamais
expérimenté. Il ajoute qu’il n’a jamais pris son père ni son fils dans
ses bras et qu’il va le faire avec son fils maintenant.
Cette constellation montre que certains destins
tragiques laissent une empreinte profonde qui continuent d’agir au fil
des générations. Les événements eux-mêmes sont oubliés ou pas connus et
l’on ne peut dire ce qui s’est passé précisément pour cette famille,
mais il reste des traces, des informations puissantes voire violentes
dans le champ de conscience familial dont les fils et les filles du
présent sont effets, sans le savoir. Ils sont agis par des pulsions
irrésistibles comme l’attirance pour la mort, la maladie. Et ils
participent d’un destin qui n’est pas le leur jusqu’à ce que la
confrontation, la prise de conscience de ce qui est se fasse.
Cette constellation d’origine met en évidence l’ importance pour un
homme de prendre appui sur la force des hommes de sa lignée afin de
pouvoir vivre sa propre masculinité.
Elle montre à nouveau combien il est réparateur pour un enfant de
pouvoir prendre, c’est à dire reconnaître son père ou sa mère en
tant que tels, sans les juger, les évaluer et avoir des considérations
sur les mérites qu’ils ont ou n’ont pas à être parents. Reconnaître,
c'est respecter, c’est consentir à ce qui est : il n’y aura
pas d’autres parents que ceux que l’on a ; et cela leur redonne de la
dignité.
Si adultes, nous restons dans les revendications, les attentes ou les
demandes, nous restons liés aux parents et nous ne pouvons pas prendre.
Nous restons polariser sur ces revendications, ces demandes et nous ne
pouvons accueillir les bonnes choses de l’existence. Le fait de prendre
père et mère permet la séparation et de vivre son propre destin.
Et puis reconnaître père et mère, c‘est aussi voir en eux notre
Nature Essentielle qui est Non-moi, Être, Eternité, Vacuité.
Prendre, cela veut dire
qu’on prend les choses telles qu’elles sont. C’est un acte d’humilité.
On prend ses parents tels qu’ils sont. Et on se prend tel qu’on est.
On se réconcilie avec soi-même, on trouve le calme intérieur.
On ne porte pas de jugement de valeur. Ni en bien, ni en mal.
Constellations
Familiales Bert Hellinger & Gabriele ten Hovel

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