Les constellations familiales, no 6
Exemple de constellation familiale
tiré de la pratique

Par Christiane Perreau

L’exemple qui suit est issu de la pratique et retrace  les grandes étapes d’une constellation du système d’origine. Les noms ont été changés afin de protéger l’intimité des personnes ayant vécu ces expériences.

 

Peinture de Francine Babot

 


Cette constellation,  les étapes qui les constituent ainsi que les solutions ne sont pas des modèles et ne peuvent être appliquées comme des recettes. Chaque constellation met en évidence une ou plusieurs intrications du système familial d’une personne et cela revêt à chaque fois une forme particulière, propre à la personne et son système.  Le processus pour aller vers le dénouement et la solution est à chaque fois unique même s’il y a des  lignes directrices et des ressemblances.
 
La solution se montre pas à pas au fil de la constellation et l’animateur ne peut  ni la forcer ni la construire en fonction d’une théorie ou d’un désir d’apporter à la personne une solution ”idéale”. S’il était tenté de le faire, cette solution serait dépourvue d’impact et de force. La solution doit être en adéquation avec ce qui se montre. Et chaque pas est essentiel.

Après  une constellation, il est vivement recommandé de laisser   tranquille la personne qui a vécu cette expérience  et donc de ne pas la déranger par des questionnements ou réflexions qui détourneraient son attention du travail qui s’opère en elle. Bien sûr, si elle souhaite partager son ressenti, cela sera accueilli. Et si cette personne a vécu quelque chose de fort, de bouleversant ce n’est pas utile de vouloir lui apporter du soutien. Chaque personne a en son pouvoir la capacité à assumer son destin, même dans la tempête. C’est ainsi qu’une personne retrouve son propre pouvoir. Vouloir amoindrir  ou adoucir ce qui est, lui ôterait de la force.

Comme le rappelle Constanze Potschka-Lang  dans son livre guérir le transgénérationnel, la curiosité ou un questionnement hâtif de la part d’un animateur ou d’une personne extérieure ont un effet négatif sur le processus de transformation. La curiosité est une agression : le questionneur attire l’attention sur lui, se place en situation de supériorité par rapport à la personne et lui prend sans scrupule une partie de son énergie nouvellement conquise.

Je rappelle qu’une famille est un système et que tout système cherche à maintenir  son équilibre. Pour se faire,  les derniers arrivés dans la famille (enfants – partenaires) prennent à leur compte le destin d’une autre personne  pour rétablir l’équilibre : ainsi quelqu’un devient malade parce qu’une grand mère est morte jeune ou avait une maladie grave, une autre multiplie les échecs sentimentaux pour réparer la faute d’une arrière arrière grand mère qui a commis un infanticide,  un homme n’arrive pas  à exprimer sa masculinité car sa mère a rejeté son mari,  interdisant ainsi  l’accès au père, un autre se sent banni de la vie car sa mère l’a déshérité.  voilà quelques tentatives  infructueuses de rétablir un équilibre en prenant le sort d’un autre, en expiant pour une faute commise, en se limitant dans son bonheur.

Ils nourrissent l’espoir  que leur renoncement sauvera la vie  ou reconstruira le bonheur d’un membre de leur communauté. Ils vont jusqu’à espérer qu’ils pourront sauver cette vie ou reconstruire ce bonheur alors qu’ils sont irrémédiablement perdus. Dans ces communautés que le destin réunit en familles ou en clans familiaux, le lien, et l’amour né de ce lien, génèrent un besoin irrésistible de rétablissement de  l’équilibre entre la chance et la malchance, l'innocence et le bonheur, la culpabilité et le malheur, la santé et la maladie et la vie et la mort. C’est ce besoin d’équité qui fait qu’un être veut renoncer  à ce que la vie lui offre et à participer au destin tragique d’autrui. Bert Hellinger – Les fondements de l’amour

Tout cela constitue des intrications systémiques qui peuvent être mises à jour et solutionnées avec les constellations familiales.

Exemple : ANITA

CP : quelle est ta demande ? Que veux-tu apaiser dans ta famille ?

ANITA : j’ai peur de la maladie et cela m’empêche de vivre sereinement.

CP : es tu malade actuellement ?

ANITA : non d ailleurs je ne suis jamais malade mais la maladie me fait peur et je ne sais pas pourquoi.

CP : as tu déjà été malade,  dans ton enfance par exemple ?

ANITA après un silence : ah oui j ‘ai été très malade enfant je ne sais pas ce que j ‘ai eu mais j ‘ai été 3 semaines à l'hôpital, entre la vie et la mort. J’avais oublié. Je devais avoir 5/6 ans.  Je crois même que j’étais dans un semi coma.

CP : qui a été malade dans ta famille ?

ANITA : ma grand mère maternelle  était gravement malade et elle est morte jeune et je ne l’ai pas connue. Ma  mère avait une dizaine d’années quand sa mère est morte.

CP : y a-t-il d’autres événements du côté maternel à signaler ?

ANITA : non

CP : et du côté de ton père ?

ANITA : je ne vois rien de particulier pour le moment.

CP : qu ‘est ce ça changerait pour toi si nous trouvions une  solution.

ANITA  après un temps de réflexion : je me sentirais plus légère ; cela m'ôterait un  poids.

CP : je te propose de prendre quelqu’un pour toi, ta mère et ta grand mère et puis tu les place dans l’espace en leur donnant une direction. Recentre toi, laisse venir l’impression qui est là  et tu fais.

ANITA choisit des représentantes et les place : sa mère et sa grand mère sont dans des directions opposées, se tournant le dos,  très éloignées l’une de l’autre, regardant vers l’extérieur. ANITA a mis sa représentante loin de ces deux femmes, comme s’il n’ y avait pas de lien.

CP aux représentantes : prenez le temps de ressentir simplement en étant ici, dans cette place ; observez ce qui vient comme sensations, émotions, impressions, mouvements. Et puis CP demande aux représentantes ce qu’elles éprouvent.

La grand-mère se sent loin comme pas concernée. La mère n’a pas de contact avec sa propre mère, comme étrangère.

CP retourne la grand mère afin qu’elle puisse voir sa petite fille et aller vers elle. La même chose est faite pour la mère qui se dirige spontanément vers sa fille.

La grand-mère se met à se tasser sur elle-même ; elle ressent une grande douleur ; ses genoux, son dos, sa tête se replient et elle ne peut regarder ni sa fille ni sa petite fille. Elle dit être attirée par le sol et c’est très éprouvant.

CP fait faire un pas de côté à la représentante de la grand-mère afin que son vécu soit supportable.

CP aux représentants : je vais vous proposer des phrases à dire et vous allez vérifier si ces phrases  sont correctes pour vous et passent bien. Si un mot, une formule ne résonnent pas bien en vous, surtout dites le. Et prenez bien le temps de ressentir.

CP propose à la mère de regarder la grand-mère et de lui dire : «Chère maman, tu es partie beaucoup trop tôt. C’était dur pour moi, tu m’as tant manqué».

À ces mots la grand-mère s’apaise un peu et se redresse insensiblement.
CP invite la petite fille à dire à sa grand-mère : «Grand mère, je te vois maintenant et tu m’as fait beaucoup de peur avec ta maladie».
La grand mère sourit légèrement et se redresse encore un peu.

CP demande à la petite fille de prononcer cette phrase : «j’aurais tant aimé te connaître».

La grand-mère se déplie encore et  dit qu’elle peut maintenant voir sa fille et sa petite fille. Elle se sent désolée. Elle voudrait demander pardon à sa fille.

CP invite la grand mère à dire à sa fille : «Je n’ai pas pu faire autrement ; je ne pouvais être disponible».

Soulagement de la fille qui acquiesce, qui comprend.  La petite fille est également soulagée.

La grand mère dit que  la lourdeur  se dégage mais il reste des tensions au niveau des épaules et  de la nuque. 

CP demande à la fille de dire à sa mère, en lui recommandant de voir si c’est juste : «Je suis ton enfant et je te prends comme mère. Tu m’as donné la vie et c’est déjà beaucoup. Pour le reste je vais faire par moi-même».

La grand-mère se détend alors de plus en plus et son sourire s’élargit.

CP propose alors à la petite fille de dire à sa grand-mère : «Je suis ta petite fille et je te laisse ton histoire, ta souffrance mais tu restes ma grand mère».

La grand mère manifeste son accord.

CP propose invite la petite fille à dire à sa grand mère : «Sois bienveillante avec moi si je vais ma santé et mon bonheur. Je le fais avec toi dans mon coeur, et  en ton honneur».

La grand mère devient rayonnante et le poids qui restait dans le haut du corps se dissipe. Elle est apaisée.

CP invite ANITA  à venir prendre sa place et remercie la représentante qui va s'asseoir.

ANITA regarde intensément sa mère et sa grand mère. Elle est troublée et a envie d’aller vers la grand-mère qui l’attend .

CP lui dit  : «Suis ton mouvement tranquillement». 

CP met la mère à côté de la grand mère et elles se serrent l’une contre l’autre.

ANITA  fait un pas vers  sa grand mère, puis un autre  doucement ; la grand mère ouvre les bras et ANITA va s’y blottir  tout en pleurant.

CP à ANITA :  «Profite de ce mouvement  et prends  la vie qui vient par l’intermédiaire de ces femmes. Tu as tout ton temps». Cela dure plusieurs minutes.

Quand ANITA se dégage, elle se sent nourrie par le lien qui l’unit désormais à sa grand-mère et lui sourit.

CP l’invite à dire à sa mère : «Chère Maman, je comprends que tu n’as pas pu faire autrement. Tu es ma mère et je suis ton enfant.  Je n’ai plus besoin de lutter pour vivre et être forte, avec toi et grand-mère dans mon coeur».

Pour terminer, CP lui propose de s’incliner devant chacune de ces  femmes, non pas comme une soumission mais pour reconnaître ces femmes et  ancrer le lien à la Vie  à travers sa lignée maternelle.

ANITA s’incline alors avec beaucoup de respect. Quand elle a terminé elle dit que ce geste est juste. 

CP propose alors de mettre fin à la constellation sur cette solution ce qu’ANITA accepte. La mère et la grand-mère se sentent bien aussi avec cette solution.

CP remercie les participants. ANITA  remercie également chaque personne et dit qu’elle se sent libérée.

Cette constellation étant faite dans le cadre d’un stage de La Voie Directe animé par Claude Portais, celui-ci propose à ANITA  de recueillir toutes les  impressions de cette création, de l’histoire de ces femmes dans l’espace et le temps et tout ce qui est ICI. Quand ANITA a terminé, elle  le signale  puis Claude lui propose, sous sa direction, de faire la procédure empathique de dé-création.

Lorsque ANITA a terminé  il l’invite à faire une création.

Tout cela se fait en silence et dans une grande présence du groupe.

Dans cette  constellation, nous voyons que la dynamique inconsciente et source de peur  est : grand mère je te suis dans la maladie. Pour une dynamique semblable , il y aura d’autres   formes  et tout un processus de désidentification propre à chaque personne et chaque famille.

Pour ANITA le processus passe par le renoncement à suivre le destin de sa grand mère malade tout  en  lui  accordant une place dans sa conscience ; en voyant la grand mère et sa maladie, la peur devient confrontable et perd de son emprise.  Auparavant la propre mère d’ANITA doit  se confronter à la perte prématurée de la mère  et prendre conscience que sa mère n’a  pas pu être plus présente pour sa fille car elle était prise par la maladie et les intrications de son propre système.

La constellation rend visible la création invisible dont ANITA était effet.  Avec la mise en place des représentants, cette création prend une forme, de la masse et est localisée dans l’espace, donc  très facilement accessible à la conscience.

Seule la mise en lumière des intrications permet d’évoluer vers une solution. C’est en allant dans le sens de l’intrication que la solution émerge d’elle-même. Et que le personne peut retrouver son point cause.

Et le fait de comprendre ces processus et intrications permet d’aimer nos parents, c’est à dire de  les prendre avec nous, tels qu’ils sont, au-delà de leurs comportements/agissements.
C’est leur donner la liberté d’être ce qu’ils sont, sans avoir à changer. C’est aussi prendre d’eux la chance de vivre qui coule depuis des générations à travers eux.  Ainsi,  nous devenons entiers et  nous retrouvons  sérénité et  liberté.



*****************


Témoignage de Claudette après une constellation individuelle :

La constellation que j’ai fait avec toi m’a permis de clarifier, de transformer, de mettre à leur place des expériences ou des croyances désuètes ou inadéquates. Avec quelques semaines de recul, j’ai l’impression de m’approprier certains aspects de ma vie qui sont fondamentaux et qui constituent la pierre angulaire d’une existence que je souhaite riche, stimulante et équilibrée. Cette technique, tout comme d’autres que je trouve intéressante a le mérite de laisser la personne trouver sa place, ses propres solutions.

 

 

Ajouter ce site à vos favoris

S'abonner à la lettre mensuelle

Vous êtes dans le site d'Iridis

Un site de

 

© 1999-2004, Dominique Jeanneret et Iridis, tous droits de reproduction réservés