Les constellations familiales, no.30
Quelle est l’incidence des premiers partenaires, les nôtres ou ceux de nos ascendants ?

Par Christiane Perreau
 

 

 

S’incliner

Serait-il possible en cette nouvelle année
De s’incliner
Devant le facile et le difficile
Devant le merveilleux et le révoltant
Devant son frère et devant son ennemi
Devant celui qui nous a fait du tort
Et devant celui qui nous a gratifiés ?
S’inclineer sans se résigner
S’incliner
Pour mieux se redresser
Juste s’incliner
Sous le poids léger ou pesant de la vie

S’incliner
Comme un bambou sous la neige

Pierre Philippon

 

Bonjour,

Dans le numéro 83 de la revue Réel, Daniella Conti, animatrice de Constellations Familiales,  écrit à propos des constellations systémiques que “derrière chaque problème il y a des absents”. Elle rappelle que “Bert Hellinger est convaincu que derrière chaque maladie et chaque problème il y a ceux qui manquent dans la mémoire du champ familial. Car la loi fondamentale de son fonctionnement est l’unité du champ. Chaque personne appartenant à ce clan y a sa place et un vide (lorsque par jugement ou par évitement d’une douleur trop grande, on exclut quelqu’un) invite automatiquement un descendant à rééquilibrer l'ensemble en reprenant ce destin”.

Effectivement, la première question que se pose un praticien de Constellations Systémiques est : qui manque ? Qui est rejeté ? Qui n’est pas vu, pas honoré ? Qui n’est pas présent dans le champ de conscience de la personne qui est en demande et souhaite apaiser son mal-être. Outre les membres proches de la famille, nous allons nous intéresser aux premiers partenaires, premiers amours : ceux de la personne et ceux de ses ascendants , parents, grands parents dont les amours n’ont pu aboutir. Souvent les personnes qui font un travail sont surprises voire résistantes. Comment cela peut-il avoir une influence sur ma vie, comment le premier fiancé de ma grand mère parti en Australie peut-il influencer mes amours ou la vie de mes propres enfants ?

Le placement des personnes du système va souvent mettre en évidence des liens invisibles et néfastes à notre existence actuelle. Cette lettre est donc consacrée à cette dynamique afin que le regard de chacun puisse s’ouvrir sur des nouvelles perspectives peu abordées en psychothérapie et que Bert Hellinger a mis en évidence grâce à son sens aigu de l’observation.

J’ai aussi plaisir à vous partager ce magnifique poème de Pierre Philippon qui m’a accompagnée durant plusieurs années et qui garde toute ma gratitude. Dans la pratique des constellations, nous proposons  souvent aux personnes représentantes de s’incliner devant un père, une mère, un mort, des victimes de guerre, une maladie, la mort. Ce geste n’est pas soumission, abdication, il permet à la personne de se relier aux absents, à la Vie puissante qui était jusque-là entravée par des identifications, des croyances, des exclusions. Ce geste sépare, délie et permet de trouver un nouvel élan vers son propre destin avec des liens positifs.

Et puis vous pourrez lire quelques partages en écho à un travail de constellations et au poème de Guy Corneau. Je vous remercie de tout coeur de cette participation qui m’enrichit et enrichit chacun de nous.

Vous êtes invités à diffuser ce bulletin, cela peut aider vos amis, et je vous remercie de le faire en mentionnant mon nom et mes coordonnées.

Amicalement.
Christiane

 

Les effets des premiers partenaires


Dès qu’il y a une relation intime avec une personne, elle fait partie de notre système, même si par la suite, il n’y a plus de sentiments, de relations entre ces personnes. Ainsi les premiers amours, que ce soient les nôtres ou ceux de nos parents, grands parents voire arrière grands parents vont influencer notre système et notre libre-arbitre dans notre existence si ces amours n’ont pas pu aboutir.
Et il y a de multiples raisons pour qu’un amour avorte :

  • décès d’un fiancé à la guerre de 14/18,

  • opposition d’une famille à une union qui ne correspond pas à la condition sociale, culturelle, religieuse de la famille, l’un est issu d’une riche famille de paysans, l’autre est une ouvrière. Ou c’est une famille italienne qui respecte les traditions, le clan et n’accepte pas que la fille se marie avec un homme d’un autre clan. L’un est juif, l’autre est catholique.

  • Amour interdit, honteux pour une femme allemande pendant la guerre de 39/45

  • l’un est amoureux et l’autre ne l’est pas pour s’engager dans une relation durable

  • l’un part à l’étranger

  • l’un meurt de maladie ou d’accident.


Un premier amour est en principe un lien très puissant indépendamment de l’intensité ou des difficultés qui va garder une force agissante si ce premier partenaire n’est pas reconnu, honoré, si une place ne lui est pas attribuée respectant l’ordre d’arrivée dans le système, s’il reste de la haine, des ressentiments, du chagrin, de la passion.
L’intervention des parents dans les amours des enfants par un refus va blesser profondément la personne qui vivra cet échec mais aussi la lignée et cela aura, en principe, des répercussions sur les descendants.

En effet quand il y a eu une première relation pour un des parents, un des enfants risque de s’identifier à ce premier partenaire pour le re-présenter s’il n’a pas été respecté, honoré, si ses sentiments n’ont pu être exprimés, entendus. Ces blessures vont même agir sur plusieurs générations. Certains vont répéter les séparations, d’autres vont adopter des sentiments qui ne sont pas les leurs comme la colère d’une fiancée délaissée et l’exprimer vis à vis d’un mari actuel qui n’a rien à voir avec cette histoire. Des filles deviennent des garçons manqués pour représentés le premier amant de leur mère et auront du mal à vivre leur féminité.

Quelques exemples :

  • Jeannette ne peut pas fonder de couple ; elle aimerait avoir un homme pour elle mais elle a toujours eu des hommes mariés,  se vivant comme l’éternelle amante. Nous apprendrons que son père a eu une première relation avant d’épouser sa mère et la constellation montrera combien son père était attiré par sa première fiancée dont il n’a pas fait le deuil. Cette première fiancée était en exode pendant la guerre de 39/45 dans le petit village de son père ; sa famille avait tout perdu et quitté le nord de la France pour fuir la guerre. Cette fiancée était de conditions modestes. Le père de Jeannette est issu d’une famille de cultivateurs  aisés qui n’acceptent pas cette relation.

La constellation nous montrera que Jeannette a pris la place de la fiancée de son père ; elle éprouve les sentiments que cette fiancée éprouvait pour son père et elle est devenue la “rivale” de sa mère. Du coup, elle a du mal à prendre  et reconnaître sa mère. Et bien sûr, cela est inconscient chez Jeannette.
La solution pour Jeannette est de dire à sa mère : “c’est toi ma mère et moi, je suis ta fille. Maman, ma place est auprès de toi, je n’ai rien à faire avec cette autre femme”.

  • Fanny ne se sent pas bien dans sa vie de couple et elle souhaite partir ; elle a du mal à exprimer ses sentiments vis à vis de son partenaire. Il s’avère que ses deux grands mères ont vu leurs amours interdits par leur famille d’origine sicilienne qui ne pouvaient accepter de fiancés n’appartenant pas à leur clan. Les  grands mères n’ont pu exprimer leur douleur, leurs émotions et Fanny se trouve aujourd’hui prisonnière des non-dits et mal-dits de ses grands mères.

La solution est de donner à chacune des grands mères sa place en leur permettant de terminer les cycles avec les fiancés respectifs. Leur permettre de dire à leurs parents et aux fiancés leur chagrin, leur colère, leur déception ; il est important qu’elles disent à ces hommes qu’ils sont restés les premiers dans leur coeur.  Des phrases comme “tu as été mon premier amour et tu auras toujours une grande place dans mon coeur. Je garde le bon que tu m’as donné et je te laisse avec amour ce que je t’ai donné” libèrent et remettent de l’ordre dans le système.
Fanny s’inclinera avec respect devant le destin de ses grands mères en leur laissant leur destin et ces dernières lui accorderont une bénédiction bienveillante.

  • François a 40 ans et est toujours seul ; il ne comprend pas pourquoi il quitte une relation dès que cela devient sérieux ; en fait, il est identifié à son grand père qui a laissé un amour en Turquie pendant la guerre de 14/18 et qui a fui pour ne pas être obligé d’épouser cette femme. Il répète l‘histoire de son grand père inconsciemment. François va restituer à chacun ce qui lui appartient mais il est important  aussi qu’il prenne conscience  qu’il est vivant parce que cet amour n’a pas abouti. Une phrase comme : “cher grand père, c’est bien que tu n’aies pas épousé ta première fiancée, sinon je ne serais pas vivant, je n’appartiendrais  à ta lignée paternelle” va permettre de retrouver ses racines et de laisser l’intrication.
     

  • Marie n’a jamais pu établir une relation affective satisfaisante ; soit elle vit des relations passionnelles qui ne durent pas, soit elle vit des relations “raisonnables” qui ne lui offrent pas l’épanouissement souhaité. Nous découvrirons que son père a laissé, à son grand regret,  une fiancée allemande en Allemagne pendant la guerre de 39/45 et qu’il s ‘est marié à son retour par raison. Mais son amour est toujours resté pour cette première fiancée avec qui le lien était puissant.

    En redonnant la place à la fiancée, en reconnaissant son destin difficile, Marie va pouvoir sentir la bienveillance de cette femme qui l’invite à vivre son propre destin. Elle aussi prendra conscience qu’elle est vivante parce que cet amour n’a pas abouti et elle pourra enfin prendre appui sur sa lignée maternelle.

Dans la résolution de l’intrication, il sera important de bien clarifier la place, le rôle de chacun, de nommer qui est qui : “toi tu es ma grand mère, toi tu es la première fiancée de mon père et je n’ai rien à faire avec toi”. Ces simples phrases remettent déjà beaucoup d’ordre dans un système et libèrent des charges émotionnelles qui entravaient la personne intriquée.

Christiane Perreau - jenous@free.fr




Témoignages


Partage d'Alain de Bordeaux  
     
Le poême de Guy CORNEAU est un régal. J'ai lu ce poëme d'un trait et tout est entré en moi, je n'en ai pas perdu une seule goutte. J'ai tout pris. A la fin de ce poème, j'étais ICI, immense et infiniment petit à la fois. Et puis me sont revenus ces mots de William Shakespeare :
 

.../...
Le monde est une scène.
Et tous, hommes et femmes, ne sont que des acteurs.
Ils y font leurs entrées, ils y font leurs sorties,
Et chaque homme y joue maints rôles dans sa vie,

.../...
William Shakespeare (Comme Il Vous Plaira, Acte II scène 7)
 

Partage de Bruno 34

je n'ai pas eu l'occasion hier soir de te remercier vu l'heure tardive pour le stage d'hier.
 
J'ai bien intégré les informations données par ma constellation qui m'a permis de prendre conscience du manque d'accueil que j'ai pu avoir pour l'amour que voulait me donner mon père. Je n'en n'avais jamais été conscient bien j'ai déjà beaucoup travaillé à clarifier ma relation avec lui. J'ai pu voir qu'il était, lui aussi, intriqué dans sa problèmatique familliale. Celle-ci ayant trouvée une solution équitable, j'ai pu accuillir l'amour de mon père.
 
J'ai pu constater hier soir en rentrant chez moi qu'il y avait une fluidité relationnelle avec les membres de ma famille et que j'avais trouvé ma juste place en tant que mari par rapport à mon épouse (j'ai pris conscience que je me percevais légèrement inférieur à ma femme justement en me retrouvant et en me sentant à son niveau).
 
D'autre part, j'ai scanné toute ma vie et j'ai vu les situations dans lesquelles j'avais contacté les émotions que j'avais vécues en tant que représentant. J'ai ainsi pu finir un certain nombres de cycles relationnels qui étaient restés en suspens.
 
Je suis aujourd'hui dans la joie et je sens derrière moi toute ma lignée paternelle qui me donne de l'énergie. Je les honore pour ce don. J'en fais et ferai bon usage.
 
Merci à toi d'avoir permis tout ceci.

 

Partage de Yvonne de Paris

Je profite de la nouvelle année pour vous transmettre mes meilleurs voeux pour 2006, de très bonne santé, de bonheur, de paix et sérénité ou en tout cas de trouver toujours des nouvelles pistes pour y arriver.

Je n'ai bien sûr pas oublié ce merveilleux WK, de partage, très fort et très riche pour tous et chacun en même temps.
Que vous rapporter de l'impact de ce WK sur ma vie.Difficile de mettre des mots, sinon que ce WK fut une très grande prisede conscience de l'impact des histoires dans la lignée des femmes dans notre vie et bien sûr sur ma vie , de ce jour, j'ai eu forçément une autre compréhension et un autre regard sur moi-même et les autres.

J'ai surement encore beaucoup de choses à comprendre et découvrir, j'avance chaque jour avec ce que le "hasard" met sur mon chemin, c'est une belle aventure vers la vraie vie.

Je vous embrasse et bonne route vers l'amour de la vie.
 

 

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