Les constellations familiales, no.28
L’Équilibre entre prendre et donner
Suite du bulletin 27 avec quelques exemples

 

Par Christiane Perreau
 

 

 

La vie de couple est un lieu d’échanges constants sur les plans matériels, affectifs, spirituels. Celui qui reçoit a envie de donner à son tour et cela renforce le lien et l’amour entre les partenaires. La croissance des échanges positifs consolide la relation. Le besoin de rééquilibrage est constant dès qu il y a échanges et fait croître les échanges entre les personnes vivant en communauté. Toutefois, dans un couple, certains faits peuvent mettre en péril cet équilibrage. C’est ce qui est observé lors des constellations de couple ; il s’agit là d’un point de vue systémique qui interfère avec d’autres plans : blessures de l’identité personnelle, structures de la personnalité, souffrances de l’être.

Prenons une exemple issu de la pratique. Une femme dans un couple subit une opération de la colonne vertébrale suite à l’aggravation d’une scoliose. Cette intervention lui laisse des handicaps qui font qu’elle ne peut plus faire certaines tâches ménagères et donner autant qu’elle le souhaiterait à son mari. Ce dernier prend tout naturellement en charge lesdites tâches  ; au bout de quelques années, cette femme envisage alors de quitter son mari, évoquant des difficultés de communication et une atmosphère tendue. Elle est dans le reproche vis à vis de son mari, ressentant frustration, colère. Cette femme n’a pas conscience que l’équilibre entre prendre et donner a été modifié par les conséquences de l’opération. Elle n’a pas conscience qu’elle ne peut plus rendre ce qui lui est donné et que cela pourrait bien être la cause majeure de son mal-être. L’un et l’autre ne sont pas conscients du problème de fond qui met leur relation en danger. Ce qu’ils pointent comme étant la cause de leurs difficultés est plutôt un effet. Inconsciemment, cette femme est amère de ne plus pouvoir rendre ce qu’elle reçoit.

Afin de rétablir l’équilibre, cette femme sera amenée à reconnaître ce que fait son mari et à le remercier. Une phrase comme “je vois que tu donnes plus que je ne peux te rendre. Cela t’honore et je le prends comme un grand cadeau et je te remercie du fond du coeur” va rétablir l’équilibre. Une fois ce travail fait, elle ne parlera plus de quitter le foyer et gardera cette attitude intérieure par rapport à son mari.

Autre exemple : une femme est stérile et ne peut donner d’enfant à son mari. Or, l’égalité dans une relation de couple se manifeste essentiellement dans l’acte d’amour et de faire un enfant ensemble. La stérilité d’un partenaire constitue un déséquilibre équivalent à un handicap et le couple se trouve alors fragilisé. Celui qui est fertile peut souhaiter partir afin de fonder sa propre famille, ce qui est une manière de redonner le don de la vie qu’il a reçu de ses parents. S’il ne le fait pas et reste avec sa partenaire, il pourra équilibrer la relation en disant “je reste avec toi malgré que tu ne puisses me donner d’enfant, c’est dommage mais j’en fais mon deuil” et en remerciement, l’autre pourra dire : “ce que tu fais pour moi constitue un vrai cadeau qui t’honore, je le prends et saches que tu peux vraiment compter sur moi”.

Le remerciement va rééquilibrer la relation. Remercier, c’est reconnaître l’autre et son don. Remercier équivaut à rendre. C’est d’ailleurs parfois la seule façon qu’a une personne de rétablir l’équilibre. C’est le cas d’un petit enfant, d’un mourant, d’un handicapé ou dans une relation amoureuse.
 

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Partage d’Isabelle suite au bulletin 27
 


 

Ce bulletin m’interpelle beaucoup, et je dois dire que j’ai du mal à comprendre quand tu dis que : « celui qui reçoit le plus mettra fin à la relation pour payer sa dette », et que  « celui qui commet un méfait mettra fin à la relation pour payer sa dette », j’ai beaucoup de résistances à accepter ces idées, parce que je viens de mettre fin à une relation de couple, et j’avais justement l’impression de ne rien recevoir sur le plan affectif, et amoureux, je vivais énormément de frustrations et très peu de satisfaction.
J’avais pourtant l’impression de donner de la tendresse, mais je ne recevais rien en retour.

Quand tu dis : « c’est souvent celui qui reçoit le plus qui met fin à la relation pour payer sa dette », il me semble que mettre fin à la relation c’est causer du tort ou de la peine à l’autre, donc comment considérer que c’est payer une dette si en plus, on prive l’autre de notre présence, il me semble au contraire que c’est plutôt creuser encore le déficit ! et donc au contraire augmenter la dette !

Je dirai plutôt que par culpabilité inconsciente de ne pas pouvoir rendre à l’autre ce qu’il a reçu, celui qui reçoit le plus, va mettre fin à la relation pour ne pas encore augmenter sa dette puisqu’il sait qu’il ne pourra jamais donner l’équivalent de ce qu’il a reçu.

 


Réponse de Christiane

Peut être tout simplement ton compagnon ne savait pas donner et ne pouvait pas donner ; des traumatismes dans son histoire font qu’il ne peut fonctionner autrement pour le moment ; et peut être est-il issu d’une famille qui ne sait pas donner ; peut-être est-il pris dans une loyauté vis-à-vis de quelqu’un de son système qui fait qu’il ne peut être vraiment disponible pour une femme, pour une relation. Beaucoup de problèmes de couple ont des causes systémiques (j’y reviendrai ultérieurement). Ainsi toi, tu donnes et il ne peut te rendre l’équivalent ou ce que tu attends (et donc quelque part, il ne peut pas prendre ce que tu lui donnes !). Et tu as décidé de mettre fin à la relation. Et dans ton cas, c’est la personne qui donne le plus qui a pris l’initiative de la séparation, mais souvent sur un plan systémique, plan plus caché, plus subtil, c’est celui qui reçoit le plus qui met fin à la relation. C’est le seul moyen qu’il  trouve pour ne plus être redevable vis-à-vis de l’autre. Les exemples ci-dessus illustrent bien cette dynamique.

Toutefois,  dans une histoire de couple,  il y a  plusieurs plans, autres que systémiques, à considérer :
 

  • Est ce que les partenaires regardent dans la même direction, ont-ils les mêmes valeurs ?

  • Quelles attentes ont-ils l’un envers l’autre ? Quels manques, besoins de l’enfance tentent-ils de combler dans une relation affective ?

  • Quel modèle de couple ont-ils eu ? De quelles croyances invisibles concernant le bonheur, la réussite le couple sont-ils effets ?
     


De toute façon, lorsque les flux ne sont pas équilibrés, la relation est en péril ; les flux équilibrés sont les garants d’une bonne et durable relation ; en principe, ce que tu reçois, tu vas le donner en même quantité ou un peu plus. Regarde, si ton compagnon ou une amie te fait un cadeau pour te témoigner amour et amitié, tu auras envie de lui offrir aussi quelque chose d’équivalent au moins. Et parce que tu aimes cette personne, ta tendance sera de lui offrir un peu plus que tu n’as reçu. Si une personne reste dans l’identité de donneur
, elle peut se croire supérieure à l’autre ou elle tente d’éviter d’être redevable, effet de l’autre, et ce sont des mécanismes inconscients qui sont en rapport avec le mode de survie de cette personne. Si elle accepte aussi de recevoir, la relation s’équilibre à nouveau.

Pour sauvegarder une relation où l’autre ne peut rendre, c’est celui qui donne le plus qui doit diminuer ce qu’il donne ; ainsi ne submergera–t-il pas son
partenaire ; la sagesse voudrait que nous ne donnions à l’autre que ce qu’il est apte à rendre ou à recevoir.... Cela aurait pu être la direction à prendre si tu avais souhaité continuer dans cette relation.
Et bien souvent nous faisons le contraire,
nous donnons de plus en plus sans vérifier si c’est bien ce que l’autre souhaite recevoir (peut être que c’est nous qui voulons recevoir ce que nous donnons !!!) ou s’il est capable de recevoir et d’apprécier ce don. Si ce n’est pas le cas, à un moment, la séparation devient alors inéluctable.

Effectivement,  l’autre est privé de la présence de celui qui part et c’est cause de douleur ; mais en même temps, le déficit est arrêté ; il ne se sentira plus débiteur et incapable de rééquilibre la dette. Cela fait ressentir de la culpabilité qui souvent n’est pas nommée et qui est effectivement difficile à supporter. En partant, il met fin à cette pression, au mal-être, il se libère de cette relation et de ce besoin  d’équilibre.  Et si chacun assume sa douleur au lieu d’être tenté de culpabiliser l’autre, il fera un pas vers plus d’autonomie et plus de maturité. Il trouvera une force dans cette épreuve, dans la souffrance. Et si chacun communique et conscientise ce qui se passe pour lui, tout en prenant ses responsabilités et le “bon” de cette relation, il redeviendra libre pour une nouvelle relation.

Enfin, regarde simplement que les enfants quittent le foyer familial pour ne plus être en dette vis-à-vis des parents ; cela pourrait être une des raisons de leur départ, mettre fin à ce déséquilibre et un jour redonner à leurs propres enfants. D’ailleurs, si une personne ne fonde pas de famille, elle peut consacrer sa vie à une oeuvre, aux autres de façon à restituer ce qu’elle a reçu. C’est une façon d’honorer le don de la vie qui a été reçu. Faire quelque chose de bien dans son existence, en accord avec ses propres objectifs et buts, sera source de soulagement et de joie pour le clan.
 

La vie est à tous
 
Allez la route est ouverte
Bien avant votre naissance,
Un chemin vous attendait,
Un lieu vous espérait.

Il y a une place pour chacun.
Il y a une offrande d’amour à recevoir,
Une caresse, un mot, un regard à partager.

Il y a aussi et surtout un don à offrir ;
L’AMOUR QUE VOUS PORTEZ EN VOUS

J. Salomé
 

 

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