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La vie de couple est
un lieu d’échanges constants sur les plans matériels, affectifs,
spirituels. Celui qui reçoit a envie de donner à son tour et cela
renforce le lien et l’amour entre les partenaires. La croissance des
échanges positifs consolide la relation. Le besoin de rééquilibrage est
constant dès qu il y a échanges et fait croître les échanges entre les
personnes vivant en communauté. Toutefois, dans un couple, certains
faits peuvent mettre en péril cet équilibrage. C’est ce qui est observé
lors des constellations de couple ; il s’agit là d’un point de vue
systémique qui interfère avec d’autres plans : blessures de l’identité
personnelle, structures de la personnalité, souffrances de l’être.
Prenons une exemple issu de la pratique.
Une femme dans un couple subit une opération de la colonne
vertébrale suite à l’aggravation d’une scoliose. Cette intervention lui
laisse des handicaps qui font qu’elle ne peut plus faire certaines
tâches ménagères et donner autant qu’elle le souhaiterait à son mari. Ce
dernier prend tout naturellement en charge lesdites tâches ; au bout de
quelques années, cette femme
envisage
alors de quitter son mari, évoquant des
difficultés de communication et une atmosphère tendue. Elle est dans le
reproche vis à vis de son mari, ressentant frustration, colère. Cette
femme n’a pas conscience que l’équilibre entre prendre et donner a été
modifié par les conséquences de l’opération. Elle n’a pas conscience
qu’elle ne peut plus rendre ce qui lui est donné et que cela pourrait
bien être la cause majeure de son mal-être. L’un et l’autre ne sont pas
conscients du problème de fond qui met leur relation en danger. Ce
qu’ils pointent comme étant la cause de leurs difficultés est plutôt un
effet. Inconsciemment, cette femme est amère de ne plus pouvoir rendre
ce qu’elle reçoit.
Afin de rétablir l’équilibre, cette femme sera amenée à reconnaître ce
que fait son mari et à le remercier. Une phrase comme “je vois que tu
donnes plus que je ne peux te rendre. Cela t’honore et je
le prends comme un grand cadeau et je te remercie du fond du coeur”
va rétablir l’équilibre. Une fois ce travail fait, elle ne parlera plus
de quitter le foyer et gardera cette attitude intérieure par rapport à
son mari.
Autre exemple : une femme est stérile et ne peut donner d’enfant à son
mari. Or, l’égalité dans une relation de couple se manifeste
essentiellement dans l’acte d’amour et de faire un enfant ensemble. La
stérilité d’un partenaire constitue un déséquilibre équivalent à un
handicap et le couple se trouve alors fragilisé. Celui qui est fertile
peut souhaiter partir afin de fonder sa propre famille, ce qui est une
manière de redonner le don de la vie qu’il a reçu de ses parents. S’il
ne le fait pas et reste avec sa partenaire, il pourra équilibrer la
relation en disant “je reste avec toi malgré que tu ne puisses me
donner d’enfant, c’est dommage mais j’en fais mon deuil” et en
remerciement, l’autre pourra dire : “ce que tu fais pour moi
constitue un vrai cadeau qui t’honore, je le prends et saches que tu
peux vraiment compter sur moi”.
Le remerciement va rééquilibrer la relation. Remercier, c’est
reconnaître l’autre et son don. Remercier équivaut à rendre. C’est
d’ailleurs parfois la seule façon qu’a une personne de rétablir
l’équilibre. C’est le cas d’un petit enfant, d’un mourant, d’un
handicapé ou dans une relation amoureuse.
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Partage d’Isabelle suite au
bulletin 27
Ce bulletin m’interpelle beaucoup, et
je dois dire que j’ai du mal à comprendre quand tu dis que :
« celui qui reçoit le plus mettra fin à la
relation pour payer sa dette », et que « celui qui commet un méfait
mettra fin à la relation pour payer sa dette », j’ai
beaucoup de résistances à accepter ces idées, parce que je viens de
mettre fin à une relation de couple, et j’avais justement l’impression
de ne rien recevoir sur le plan affectif, et amoureux, je vivais
énormément de frustrations et très peu de satisfaction.
J’avais pourtant l’impression de donner de la tendresse, mais je ne
recevais rien en retour.
Quand tu dis : « c’est souvent celui qui reçoit
le plus qui met fin à la relation pour payer sa dette », il
me semble que mettre fin à la relation c’est causer du tort ou de la
peine à l’autre, donc comment considérer que c’est payer une dette si en
plus, on prive l’autre de notre présence, il me semble au contraire que
c’est plutôt creuser encore le déficit ! et donc au contraire augmenter
la dette !
Je dirai plutôt que par culpabilité inconsciente de ne pas pouvoir
rendre à l’autre ce qu’il a reçu, celui qui reçoit le plus, va mettre
fin à la relation pour ne pas encore augmenter sa dette puisqu’il sait
qu’il ne pourra jamais donner l’équivalent de ce qu’il a reçu.
Réponse de Christiane
Peut être tout simplement ton compagnon ne savait
pas donner et ne pouvait pas donner ; des traumatismes dans son histoire
font qu’il ne peut fonctionner autrement pour le moment ; et peut être
est-il issu d’une famille qui ne sait pas donner ; peut-être est-il pris
dans une loyauté vis-à-vis de quelqu’un de son système qui fait qu’il ne
peut être vraiment disponible pour une femme, pour une relation.
Beaucoup de problèmes de couple ont des causes systémiques (j’y
reviendrai ultérieurement). Ainsi toi, tu donnes et il ne peut te rendre
l’équivalent ou ce que tu attends (et donc quelque part, il ne peut pas
prendre ce que tu lui donnes !). Et tu as décidé de mettre fin à la
relation. Et dans ton cas, c’est la personne qui donne le plus qui a
pris l’initiative de la séparation, mais souvent sur un plan systémique,
plan plus caché, plus subtil, c’est celui qui reçoit le plus qui met fin
à la relation. C’est le seul moyen qu’il trouve pour ne plus être
redevable vis-à-vis de l’autre. Les exemples ci-dessus illustrent bien
cette dynamique.
Toutefois, dans une histoire de couple,
il y a plusieurs plans, autres que systémiques, à considérer :
-
Est ce que les
partenaires regardent dans la même direction, ont-ils les mêmes
valeurs ?
-
Quelles attentes
ont-ils l’un envers l’autre ? Quels manques, besoins de l’enfance
tentent-ils de combler dans une relation affective ?
-
Quel modèle de
couple ont-ils eu ? De quelles croyances invisibles concernant le
bonheur, la réussite le couple sont-ils effets ?
De toute façon, lorsque les flux ne sont pas équilibrés, la relation est
en péril ; les flux équilibrés sont les garants d’une bonne et durable
relation ; en principe, ce que tu reçois, tu vas le donner en même
quantité ou un peu plus. Regarde, si ton compagnon ou une amie te fait
un cadeau pour te témoigner amour et amitié, tu auras envie de lui
offrir aussi quelque chose d’équivalent au moins. Et parce que tu aimes
cette personne, ta tendance sera de lui offrir un peu plus que tu n’as
reçu. Si une personne reste dans l’identité de donneur,
elle peut se croire supérieure à
l’autre ou elle tente d’éviter d’être redevable, effet de l’autre, et ce
sont des mécanismes inconscients qui sont en rapport avec le mode de
survie de cette personne. Si elle accepte aussi de recevoir, la relation
s’équilibre à nouveau.
Pour sauvegarder une relation où l’autre ne peut rendre, c’est celui qui
donne le plus qui doit diminuer ce qu’il donne ; ainsi ne submergera–t-il
pas son
partenaire ; la sagesse voudrait que nous ne donnions à l’autre que
ce qu’il est apte à rendre ou à recevoir.... Cela aurait pu être la
direction à prendre si tu avais souhaité continuer dans cette relation.
Et bien souvent nous faisons le contraire,
nous donnons de plus en plus sans vérifier
si c’est bien ce que l’autre souhaite recevoir
(peut être que c’est nous qui voulons
recevoir ce que nous donnons !!!) ou s’il est capable de recevoir et
d’apprécier ce don. Si ce n’est pas le cas, à un moment, la séparation
devient alors inéluctable.
Effectivement, l’autre est privé de la présence de celui qui part et
c’est cause de douleur ; mais en même temps, le déficit est arrêté ; il
ne se sentira plus débiteur et incapable de rééquilibre la dette. Cela
fait ressentir de la culpabilité qui souvent n’est pas nommée et qui est
effectivement difficile à supporter. En partant, il met fin à cette
pression, au mal-être, il se libère de cette relation et de ce besoin d’équilibre.
Et si chacun assume sa douleur au lieu d’être tenté de culpabiliser
l’autre, il fera un pas vers plus d’autonomie et plus de maturité. Il
trouvera une force dans cette épreuve, dans la souffrance. Et si chacun
communique et conscientise ce qui se passe pour lui, tout en prenant ses
responsabilités et le “bon” de cette relation, il redeviendra libre pour
une nouvelle relation.
Enfin, regarde simplement que les enfants quittent le foyer familial
pour ne plus être en dette vis-à-vis des parents ; cela pourrait être
une des raisons de leur départ, mettre fin à ce déséquilibre et un jour
redonner à leurs propres enfants. D’ailleurs, si une personne ne fonde
pas de famille, elle peut consacrer sa vie à une oeuvre, aux autres de
façon à restituer ce qu’elle a reçu. C’est une façon d’honorer le don de
la vie qui a été reçu. Faire quelque chose de bien dans son existence,
en accord avec ses propres objectifs et buts, sera source de soulagement
et de joie pour le clan.
La vie est à tous
Allez la route est ouverte
Bien avant votre naissance,
Un chemin vous attendait,
Un lieu vous espérait.
Il y a une place pour chacun.
Il y a une offrande d’amour à recevoir,
Une caresse, un mot, un regard à partager.
Il y a aussi et surtout un don à offrir ;
L’AMOUR QUE VOUS PORTEZ EN VOUS
J. Salomé

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