Les constellations familiales, no.27
L’Équilibre entre prendre et donner
 

Par Christiane Perreau
 

 

  Bonjour,

L’observation des systèmes familiaux a permis à Bert Hellinger de dégager 3 grandes règles qui les régissent, appelées les “ordres de l’amour” :
  • le même droit à l’appartenance pour tous au sein du clan (bulletin 14)
  • l’ordre et la hiérarchie (bulletin 17)
  • et l’équilibre entre le prendre et le donner qui fait l’objet de cette lettre.

Ces règles respectées assurent une bonne survie du système et de ses membres ; par contre non respectées, l’équilibre du clan est en péril et le système va tenter de retrouver un équilibre par des compensations inappropriées amplifiant le désordre. Ce besoin d’équilibre qui appartient à tout système vivant n’est pas conscient mais plutôt instinctif.

Ainsi lorsqu’un membre de la famille est exclu parce qu’il a eu un destin difficile, quelqu’un de plus jeune ou un dernier arrivé dans le clan tentera de rétablir l’équilibre en vivant le destin de l’exclu. Or, cela ne fait qu’accentuer le déséquilibre et ne répond pas à l’ordre qui permet à l’amour de circuler.

À la fin de ce bulletin, vous trouverez des adresses de sites relatifs à la psychogénéalogie.

Amicalement.
Christiane

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Celui qui prend est humble.  
Il ressent un besoin et l’exprime.  

Bert Hellinger

 

Donner et prendre ou recevoir sont deux mouvements fondamentaux sur lesquels reposent les relations humaines. Nous échangeons des cadeaux, des services, de la tendresse, de l‘amitié, des communications. Le fait de donner crée un lien et le fait de recevoir crée une dette, une dépendance par rapport au donneur qui risque de gagner en pouvoir. Pour que la relation soit équitable, celui qui reçoit va redonner autant que ce qu’il a reçu. Si cet équilibre est garanti, la relation peut continuer et se consolider. Sinon, elle sera en péril. En redonnant, l’équilibre est restauré et ainsi chacun est libre.

Or, dans les systèmes familiaux, cette règle ne s’applique qu’aux couples.
En effet, les premiers arrivés dans la hiérarchie donnent plus que les derniers ; ce sont les parents qui donnent la Vie aux enfants et bien d’autres choses (éducation, nourriture)  ; fondamentalement, ils donnent la vie indépendamment de leurs qualités et comportements. Tout comme dans une fratrie, les aînés donnent aux plus jeunes.  

Cela crée des liens et rend l’enfant loyal particulièrement envers ses parents car il ne pourra jamais restituer ce don de la Vie qu’il a reçu. Il restera débiteur face à ses parents même si en grandissant il peut donner plus. La seule façon de rééquilibrer est de quitter le foyer familial, de créer sa propre famille et transmettre à son tour la vie et ce qu’il a reçu en cadeau. Prendre soin de ses parents âgés va aussi permettre une forme de rétablissement. Néanmoins, le seul acte que puisse poser l’enfant est celui de remercier ses parents, de s’incliner devant cette vie qui passe à travers eux et les générations précédentes. Remercier, reconnaître, honorer... libèrent.

Dans un couple, la règle est différente ; les personnes se trouvent à égalité, sur le même plan. La relation de couple ne peut se construire que sur le plan d’échanges réciproques. Ainsi quand l’un donne, l’autre, pour ne pas être en dette, va redonner autant, ce qui équilibre les flux. S’il donne plus, il y aura un nouveau déséquilibre qui amènera un nouvel échange, offrant aux partenaires des jeux qui font croître l’amour dans le couple.

Par contre, si l’un donne toujours sans que l’autre ne puisse redonner en conséquence, (conditionné par ses traumas, son histoire, la culture et les habitudes de son clan d’origine)  il y aura déséquilibre et c’est celui qui reçoit le plus qui mettra fin à la relation pour payer sa dette.

Souvent, celui qui donne plus ne peut pas recevoir parce qu’il ne veut pas être en dette (forme d ‘orgueil, de compulsion, esprit sauveur ou ne peut pas prendre la vie et ses parents tels qu’ils sont). Ce sont des modes réactifs en lien avec des stratégies de survie mises en place dans la tendre enfance. Toutefois, comme le dit Gunthard Weber dans les liens qui libèrent, “cette attitude est donc nuisible à la relation, car celui qui ne veut que donner se cramponne à sa supériorité et refuse ainsi aux autres la possibilité de s’établir comme égaux”.

Dans un couple, il est important de veiller à cet équilibre et l’influence des cultures joue un rôle important.
Certaines familles ne savent pas recevoir ; d’autres ne savent que prendre. La culture judéo-chrétienne a exacerbé le don aux autres ; or il semblerait que la survie pour le plus grand nombre ne réponde pas à cette loi ; il semblerait que les êtres humains aient un besoin fondamental d’équilibre ; c’est un peu comme une horloge interne. Et personne ne survit seul ; la survie est un effort de groupe. Le rétablissement de l’ordre, de l’équilibre dans les constellations nous montre la direction.

D’un point de vue systémique, ce besoin d’équilibre est nécessaire dans les deux polarités que sont le positif et le négatif. Ainsi une personne qui a subi un outrage, une blessure dans une relation sera amenée soit à demander réparation, soit à rendre, à un niveau moindre, le mal qui lui a été fait ; cela rétablira la relation. Si elle ne le fait pas, celui qui a commis un méfait mettra fin à la relation afin de s’acquitter de sa dette.

Exprimer une colère consciemment et avec respect est une façon de préserver une relation. Et si la victime ne le fait pas, quelqu’un d’autre et de plus jeune du système risque de reprendre cette émotion à son compte et de l’exprimer vis à vis de quelqu’un de totalement innocent. Exemple : une femme exprime de la colère contre son mari ; cette colère est celle de sa mère contre son père qui l’a mise à la porte du foyer familial, sans argent ; ou la colère d’un père qui a perdu tout son argent à la crise de 29 et n’a pu l’extérioriser. Sa fille exprime reproches incessants à son mari... Par contre, fait dans un esprit de vengeance, cela conduira à une escalade qui détruira la relation.

Sans le respect de cette règle, nous allons assister à des attitudes compensatrices plus particulièrement chez les enfants qui sont mus par un amour inconditionnel et aveugle ainsi que par la pensée magique. Ils se mettent en devoir de réparer les torts subis dans le passé, de payer des dettes qui ne leur appartiennent pas et de prendre en charge leurs parents qu’ils sentent en détresse. Tout cela pervertit l’ordre hiérarchique ainsi que l’équilibre entre le prendre et le donner. L’ordre systémique est assuré quand chacun est à sa place et ne se mêle pas des affaires des générations au dessus.


La balle d’or

L’amour que je reçus de mon père

Je n’en ai pas assez fait cas, car
Je n’ai pas dans ma jeunesse su apprécier le prix du don
Et fis comme les hommes font, et devins un homme fort.

Et voilà qu’un fils m’est donné et cet amour si fort
Qui en père me transforme me fait rendre ce qu’autrefois
je reçus a celui qui ne me donna et ne me rendra rien.

Car, lorsque devenu homme, pensant comme pensent
Les hommes, il ira, tout comme je le fis, son chemin,
Nostalgique, je verrai sans envie que ce
Qu’il me doit, il le donne à son fils.

Dans l’espace du temps que parcourt mon regard,
J’observe heureux et paisible le jeu de la vie.

Chacun lance en souriant au suivant la balle d’or,

Et personne encore ne l’a rendue au précédent.
 

Börries von Münchhausen

 


 

 

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