Les constellations familiales, no.26
Un nouvel exemple de restauration de l’élan interrompu

 

Par Christiane Perreau
 

 

 

Bonjour,

Voici une lettre consacrée à un nouvel exemple de restauration du mouvement interrompu accompagné d’un texte de Varenka et Olivier Mark “Julie ou la naissance de l’attachement” qui permet de mieux comprendre l’importance du lien -de l’attachement- dans les premiers jours de l’existence. Il se pourrait que plus ce lien est fragile, plus une personne pourrait se sentir blessée et en danger lorsqu’ elle est confrontée à des élans interrompus.

L’enfant qui va vers sa mère dans un mouvement d’amour attend aussi de ce dernier une sécurité totale. Si l’amour ne peut aboutir et si la sécurité n’est pas là, cela peut être ingérable pour un petit enfant : une question de vie ou de mort. Il n’y aura pas “d’empreinte” pour reprendre l’expression de Boris Cyrulnick. Et plus ce traumatisme est vécu tôt –dans les 6/7 premiers mois de l’existence- plus cela risque de créer des failles propices aux dépressions et névroses.

Je vous invite à aller visiter le site de mon ami Robert Geoffroy (
http://www.geoffroyrobert.com) où vous trouverez un texte  très complémentaire à ce thème intitulé “l’expérience d’aimer”

Varenka et Olivier Mark sont psychanalystes et ont beaucoup travaillé avec les enfants et les adolescents. Ils se sont particulièrement intéressés à l’universalité du graphisme de l’enfant (qui ont fait l’objet de 2 livres : premiers dessins d’enfants et l’enfant qui se naître) et pour cela ils ont travaillé avec des mères et des enfants du monde entier.  Varenka a également accompagné de nombreux enfants autistiques.

Amicalement
Christiane


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La restauration du mouvement interrompu est un processus thérapeutique au sein d’un processus systémique. C’est un mouvement émotionnel ; il ne s’agit pas d’une identification. Un enfant qui a vécu cette rupture de lien avec sa mère suite à une hospitalisation, un mise en couveuse ou un placement chez une nourrice ou dans une autre famille aura des difficultés relationnelles. Cela peut aussi être vis à vis du père mais c’est moins fréquent. Cet enfant devenu adulte sera souvent animé d’un mouvement “j’y vais- j’y vais pas”.  Il lui manque la tranquillité de savoir qu’il ne va pas revivre la rupture expérimentée alors qu’il était un petit enfant et que sa survie dépendait de sa mère. La peur d’être abandonné, rejeté à nouveau pollue ses relations. Il a du mal à exprimer de la tendresse vis vis de ses parents, de ses enfants ou de son conjoint. Il a une tendance à se protéger pour ne pas revivre une telle blessure cause de déception et d’une profonde détresse. Il préfère renoncer que prendre le risque de revivre un tel trauma.

Pour restaurer ce mouvement, la personne a besoin de retourner là où l’amour s’est arrêté. Elle exprimera souvent beaucoup de crainte de recontacter cette douleur ; elle a besoin d’être soutenue par la parole du praticien ; et expliquer les caractéristiques de ce mouvement est souvent un aide précieuse pour la personne. La personne qui retraverse cette expérience prend un voix de petit enfant. Cela permet de situer le moment de cette interruption.

Cette personne peut aussi passer par une phase de colère sur laquelle il n’est pas nécessaire de s’attarder. Ce qui est essentiel, c’est qu’elle puisse retourner là où l’amour a été interrompu, bloqué. Souvent cette personne manifeste du refus, cherchant à éviter à tout prix cette rencontre. Le petit enfant a vécu ce traumatisme comme une question de vie ou de mort et cela explique toutes les résistances qui peuvent émerger lorsque nous sommes en présence de cet incident.
 
Soit ce mouvement est restauré lors d’une constellation et souvent, il s’avère que la mère de cet enfant a également vécu ce traumatisme ; alors le premier pas à faire sera qu’elle puisse elle-même être accueillie dans les bras de sa propre mère.

Soit ce mouvement est pansé par le bonding de Jirina Prekop où le praticien tient la personne dans ses bras et lui offre la possibilité d’exprimer toutes ses émotions sans pour autant que le lien soit interrompu. “on prend la personne qui est en détresse psychique dans ses bras, avec beaucoup d’amour et aussi longtemps qu’il le faudra pour qu’elle se sente apaisée. Grâce à ce contact physique bienveillant, elle pourra crier sa douleur, son angoisse, sa colère, enfin exprimer sa tristesse et pleurer, et se sentir malgré tout –et peut-être même pour cela- aimée” Franke

Une personne adulte qui peut mener à terme ce mouvement va se sentir acceptée et aimée inconditionnellement ; et ainsi se sentant aimée, elle pourra s’aimer et devenir aimante. Ses relations deviendront plus fluides et spontanées.

L’exemple condensé qui suit est issu de la pratique. Ce mouvement est délicat et demande une expérience pour le mener à bien. Le praticien laisse ce mouvement d’amour s’écouler vers la mère de ce petit enfant.


Demande d’André

Plus le travail avance, plus je vois que ce qui me manque le plus, c’est ce sentiment d’amour.... J’ai l’impression que je ne sais pas ce que c’est que d’aimer ou d’être aimé. J’ai jamais su......(sa voix s’étrangle et ses yeux expriment une angoisse grandissante). Ce qui me frappe, c’est que je n’ai aucun souvenir de ma mère et de mon enfance. Rien, rien du tout....(long silence). Je me rappelle mon père ; lui s’occupait de moi mais ma mère, rien....rien. Je me revois vers les 2 ans aller avec mon père. Mais ma mère rien.... Pourquoi je n’étais pas à côté de ma mère, pourquoi elle était pas là ?? (sa voix est de plus en plus faible, comme celle d’un tout petit enfant  qui aurait environ 2 ans et il est très agité).

Je lui demande de rester en contact avec  toutes ses impressions et il me dit que c’est comme s’il descendait dans un trou profond et noir. André ressent une grande frayeur et dit qu’il va être aspiré par ce trou.......et il souhaite remonter.

Très doucement, je l’invite à garder le contact avec son ressenti et à se tourner vers moi. Ses yeux sont pleins d’effroi. Il tremble,  paniqué. Je l’encourage à descendre dans ce trou et à rester tout petit.

André a très peur et résiste à aller plus loin. Recontacter la blessure originelle est très douloureux et il s’en défend. Quelques explications sur ce qui se passe, rassure la personne et lui permet de faire un pas de plus. André ne veut pas aller plus loin et il se met à pleurer.

Délicatement j‘approche la tête d’André vers mon épaule et le prend dans mes bras. Je lui propose de mettre ses bras sur mes épaules lorsqu il le pourra et le voudra. à son rythme.

Il est invité à respirer profondément et lentement. Il tremble beaucoup et de profonds sanglots jaillissent. Au bout de 10 minutes environ, il dit que sa mère est présente. Il peut la voir et à ce moment-là il peut mettre ses bras sur mes épaules. Il respire toujours doucement par la bouche. À nouveau quelques explications sur cet élan interrompu lui facilitent le processus.

Au bout d’une vingtaine de minutes, André se sent soulagé et il se détache et se redresse. Il dit alors qu’il est tranquille et rempli. Il a l’impression de découvrir le monde avec une vision plus large. Le monde lui semble plus accueillant et il se sent relié et avec de la force.

Il ferme alors les yeux et dit que sa mère est là. Je l’invite à la regarder dans les yeux ; à nouveau des sanglots arrivent mais il dit que maintenant il peut aller vers elle ce qu’il fait, doucement. André dit qu’il souhaite aller dans les bras de sa mère et la serrer.
je l’invite à le faire et alors il lâche sa tête sur sa poitrine et reste un moment dans ce contact.

lorsqu’il rouvre les yeux, il ne voit plus sa mère : je l’ai perdue dit-il avec appréhension.

Je l’invite à bien regarder et ne pas bouger :

  • ah oui elle est là, je vois ses jambes mais pas son visage

Je l’encourage à maintenir son attention :
  • maintenant je vois son buste.......silence.... maintenant je vois son visage ; elle m’attend et me tend les bras. Et je peux aller vers elle - ce qu’il fait.


En rouvrant les yeux, il dit qu’il voulait s’assurer que sa mère reviendrait bien et qu’il n’allait pas la perdre.

Ainsi un nouveau lien est-il initié et André témoigne de son envie de prendre ses enfants dans ses bras comme il vient de le vivre, ce qu’il n’a jamais fait.



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Julie ou la naissance de l’attachement

Extrait de “premiers dessins d’enfants” de Varenka et Olivier Mark

Tout ce que va pouvoir entreprendre Julie dépendra de la qualité de son attachement. Si elle ne “s’attache” pas, Julie ne pourra ni jouer ni dessiner ni parler : elle ne pourra avoir aucune activité relationnelle. Comment s’y prend-elle ?

Imaginons Julie posée sur le ventre de sa mère ; elle vient de naître. Après un moment, son cordon cesse de battre ; on le coupe. Elle est dorénavant physiquement capable d’autonomie. Alors, spontanément, Julie rassemble toutes ses forces et rampe vers le sein ; elle a “un réflexe de fouissement” ; c’est son premier lien, hors utérus. Mais il est précaire ; elle risque encore de ne pas pouvoir quitter le monde d’où elle vient : si elle est physiquement détachée du dedans, elle n’est pas encore “attachée”  sensoriellement au dehors.  

Niko, prix Nobel et Élisabeth Tinbergen, deux spécialistes de l’éthologie animale, ont constaté que, dès sa naissance, un chevreau tète sa mère et la reconnaît sans hésitation parmi d’autres chèvres qui ont mis bas ensemble ; et sa mère ne se laisse téter que par lui. Mais s’ils sont séparés l’un de l’autre pendant un certain temps, ils ne se reconnaissent plus. Si on les met à nouveau ensemble, très serrés l’un contre l’autre dans le silence et l’obscurité, au bout d’un certain temps le chevreau reconnaît sa mère et vice versa : il tète à nouveau. Mais si le temps de séparation a été trop long, le chevreau refuse de téter cette mère qu’il ne reconnaît plus, et elle-même se désintéresse de lui.

Des séparations précoces sont parfois inévitables chez les petits d’hommes. On a fait les mêmes observations qu’en éthologie animale ; il arrive aux bébés de ne plus reconnaître ni leur mère ni personne à la suite de séparations trop précoces et trop prolongées.

Dans le ventre de sa mère, Julie vivait sans attraction ; l’utérus de sa mère la maintenait sous pression de sorte qu’elle échappait à l’attraction terrestre. Elle y était comme en apesanteur. Et, fait qui pourrait paraître étrange, la perception de cet espace sans pesanteur menace de la réabsorber si l’attirance qui provoque l’attachement ne se produit pas. Ses sens, qui ont pour effet de la retenir, doivent être stimulés par sa mère, son réflexe instinctif de fouissement n’étant pas suffisant. Il lui faut développer l’attirance. Ce qui se passe psychiquement répond aux lois qui régissent le mouvement universel ; le bébé qui ne parvient pas à s’accrocher sensoriellement est comme absorbé par un “trou noir”, semblable à ceux qui sont provoqués par l’absence de gravitation : sorte de dépression universelle.

Au tout début, dans l’esprit de Julie, sa mère et elle ne sont qu’un seul être ; quand elle reconnaît sa voix, elle se reconnaît elle-même, sa mère agit comme une sorte de miroir sonore ; elles ont vécu neuf mois d’aventure commune. Et puis, grâce à l’allaitement, aux bercements, au portage qui la rythme et aux soins répétés qu’elle lui donne, Julie commence à ressentir sa mère comme quelqu’un d’autre qu’elle : ces gestes originels permettent la différenciation. Alors peu à peu, elle se différencie sans perdre son lien originel.



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Nous sommes moins libres que nous le croyons

 mais nous avons la possibilité de conquérir notre liberté

et de sortir du destin répétitif de notre histoire
en comprenant

les liens complexes qui se sont tissés dans notre famille

Anne Ancelin Schützenberger

 

 

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