Bonjour,
Voici une lettre consacrée à un nouvel exemple de restauration du
mouvement interrompu accompagné d’un texte de Varenka et Olivier Mark
“Julie ou la naissance de l’attachement” qui permet de mieux comprendre
l’importance du lien -de l’attachement- dans les premiers jours de
l’existence. Il se pourrait que plus ce lien est fragile, plus une
personne pourrait se sentir blessée et en danger lorsqu’ elle est
confrontée à des élans interrompus.
L’enfant qui va vers sa mère dans un mouvement d’amour attend aussi de
ce dernier une sécurité totale. Si l’amour ne peut aboutir et si la
sécurité n’est pas là, cela peut être ingérable pour un petit enfant :
une question de vie ou de mort. Il n’y aura pas “d’empreinte” pour
reprendre l’expression de Boris Cyrulnick. Et plus ce traumatisme est
vécu tôt –dans les 6/7 premiers mois de l’existence- plus cela risque de
créer des failles propices aux dépressions et névroses.
Je vous invite à aller visiter le site de mon ami Robert Geoffroy (http://www.geoffroyrobert.com)
où vous trouverez un texte très complémentaire à ce thème intitulé
“l’expérience d’aimer”
Varenka et Olivier Mark sont psychanalystes et ont beaucoup travaillé
avec les enfants et les adolescents. Ils se sont particulièrement
intéressés à l’universalité du graphisme de l’enfant (qui ont fait
l’objet de 2 livres : premiers dessins d’enfants et l’enfant qui se
naître) et pour cela ils ont travaillé avec des mères et des enfants du
monde entier. Varenka a également accompagné de nombreux enfants
autistiques.
Amicalement
Christiane
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La restauration du mouvement interrompu est
un processus thérapeutique au sein d’un processus systémique. C’est un
mouvement émotionnel ; il ne s’agit pas d’une identification. Un enfant
qui a vécu cette rupture de lien avec sa mère suite à une
hospitalisation, un mise en couveuse ou un placement chez une nourrice
ou dans une autre famille aura des difficultés relationnelles. Cela peut
aussi être vis à vis du père mais c’est moins fréquent. Cet enfant
devenu adulte sera souvent animé d’un mouvement “j’y vais- j’y vais
pas”. Il lui manque la tranquillité de savoir qu’il ne va pas revivre
la rupture expérimentée alors qu’il était un petit enfant et que sa
survie dépendait de sa mère. La peur d’être abandonné, rejeté à nouveau
pollue ses relations. Il a du mal à exprimer de la tendresse vis vis de
ses parents, de ses enfants ou de son conjoint. Il a une tendance à se
protéger pour ne pas revivre une telle blessure cause de déception et
d’une profonde détresse. Il préfère renoncer que prendre le risque de
revivre un tel trauma.
Pour restaurer ce mouvement, la personne a besoin de retourner là où
l’amour s’est arrêté. Elle exprimera souvent beaucoup de crainte de
recontacter cette douleur ; elle a besoin d’être soutenue par la parole
du praticien ; et expliquer les caractéristiques de ce mouvement est
souvent un aide précieuse pour la personne. La personne qui retraverse
cette expérience prend un voix de petit enfant. Cela permet de situer le
moment de cette interruption.
Cette personne peut aussi passer par une phase de colère sur laquelle il
n’est pas nécessaire de s’attarder. Ce qui est essentiel, c’est qu’elle
puisse retourner là où l’amour a été interrompu, bloqué. Souvent cette
personne manifeste du refus, cherchant à éviter à tout prix cette
rencontre. Le petit enfant a vécu ce traumatisme comme une question de
vie ou de mort et cela explique toutes les résistances qui peuvent
émerger lorsque nous sommes en présence de cet incident.
Soit ce mouvement est restauré lors d’une constellation et souvent, il
s’avère que la mère de cet enfant a également vécu ce traumatisme ;
alors le premier pas à faire sera qu’elle puisse elle-même être
accueillie dans les bras de sa propre mère.
Soit ce mouvement est pansé par le bonding de Jirina Prekop où le
praticien tient la personne dans ses bras et lui offre la possibilité
d’exprimer toutes ses émotions sans pour autant que le lien soit
interrompu. “on prend la personne qui est en détresse psychique dans ses
bras, avec beaucoup d’amour et aussi longtemps qu’il le faudra pour
qu’elle se sente apaisée. Grâce à ce contact physique bienveillant, elle
pourra crier sa douleur, son angoisse, sa colère, enfin exprimer sa
tristesse et pleurer, et se sentir malgré tout –et peut-être même pour
cela- aimée” Franke
Une personne adulte qui peut mener à terme ce mouvement va se sentir
acceptée et aimée inconditionnellement ; et ainsi se sentant aimée, elle
pourra s’aimer et devenir aimante. Ses relations deviendront plus
fluides et spontanées.
L’exemple condensé qui suit est issu de la pratique. Ce mouvement
est délicat et demande une expérience pour le mener à bien. Le praticien
laisse ce mouvement d’amour s’écouler vers la mère de ce petit enfant.
Demande d’André
Plus le travail avance, plus je vois que ce qui me manque le
plus, c’est ce sentiment d’amour.... J’ai l’impression que je ne sais
pas ce que c’est que d’aimer ou d’être aimé. J’ai jamais su......(sa
voix s’étrangle et ses yeux expriment une angoisse grandissante). Ce qui
me frappe, c’est que je n’ai aucun souvenir de ma mère et de mon
enfance. Rien, rien du tout....(long silence). Je me rappelle mon père ;
lui s’occupait de moi mais ma mère, rien....rien. Je me revois vers les
2 ans aller avec mon père. Mais ma mère rien.... Pourquoi je n’étais pas
à côté de ma mère, pourquoi elle était pas là ?? (sa voix est de plus en
plus faible, comme celle d’un tout petit enfant qui aurait environ 2
ans et il est très agité).
Je lui demande de rester en contact avec toutes ses impressions et il
me dit que c’est comme s’il descendait dans un trou profond et noir.
André ressent une grande frayeur et dit qu’il va être aspiré par ce trou.......et
il souhaite remonter.
Très doucement, je l’invite à garder le contact avec son ressenti et à
se tourner vers moi. Ses yeux sont pleins d’effroi. Il tremble, paniqué.
Je l’encourage à descendre dans ce trou et à rester tout petit.
André a très peur et résiste à aller plus loin. Recontacter la blessure
originelle est très douloureux et il s’en défend. Quelques explications
sur ce qui se passe, rassure la personne et lui permet de faire un pas
de plus. André ne veut pas aller plus loin et il se met à pleurer.
Délicatement j‘approche la tête d’André vers mon épaule et le prend dans
mes bras. Je lui propose de mettre ses bras sur mes épaules lorsqu il le
pourra et le voudra. à son rythme.
Il est invité à respirer profondément et lentement. Il tremble beaucoup
et de profonds sanglots jaillissent. Au bout de 10 minutes environ, il
dit que sa mère est présente. Il peut la voir et à ce moment-là il peut
mettre ses bras sur mes épaules. Il respire toujours doucement par la
bouche. À nouveau quelques explications sur cet élan interrompu lui
facilitent le processus.
Au bout d’une vingtaine de minutes, André se sent soulagé et il se
détache et se redresse. Il dit alors qu’il est tranquille et rempli. Il
a l’impression de découvrir le monde avec une vision plus large. Le
monde lui semble plus accueillant et il se sent relié et avec de la
force.
Il ferme alors les yeux et dit que sa mère est là. Je l’invite à la
regarder dans les yeux ; à nouveau des sanglots arrivent mais il dit que
maintenant il peut aller vers elle ce qu’il fait, doucement. André dit
qu’il souhaite aller dans les bras de sa mère et la serrer.
je l’invite à le faire et alors il lâche sa tête sur sa poitrine et
reste un moment dans ce contact.
lorsqu’il rouvre les yeux, il ne voit plus sa mère : je l’ai perdue
dit-il avec appréhension.
Je l’invite à bien regarder et ne pas bouger :
- ah oui elle est là, je vois
ses jambes mais pas son visage
Je l’encourage à maintenir son attention :
- maintenant je vois son buste.......silence....
maintenant je vois son visage ; elle m’attend et me tend les bras.
Et je peux aller vers elle - ce qu’il fait.
En rouvrant les yeux, il dit qu’il voulait s’assurer que sa mère
reviendrait bien et qu’il n’allait pas la perdre.
Ainsi un nouveau lien est-il initié et André témoigne de son envie de
prendre ses enfants dans ses bras comme il vient de le vivre, ce qu’il
n’a jamais fait.
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Julie ou la naissance de
l’attachement
Extrait de “premiers dessins d’enfants” de Varenka
et Olivier Mark
Tout ce que va pouvoir
entreprendre Julie dépendra de la qualité de son attachement. Si elle ne
“s’attache” pas, Julie ne pourra ni jouer ni dessiner ni parler : elle
ne pourra avoir aucune activité relationnelle. Comment s’y prend-elle ?
Imaginons Julie posée sur le ventre de sa mère ; elle vient de naître.
Après un moment, son cordon cesse de battre ; on le coupe. Elle est
dorénavant physiquement capable d’autonomie. Alors, spontanément, Julie
rassemble toutes ses forces et rampe vers le sein ; elle a “un réflexe
de fouissement” ; c’est son premier lien, hors utérus. Mais il est
précaire ; elle risque encore de ne pas pouvoir quitter le monde d’où
elle vient : si elle est physiquement détachée du dedans, elle n’est pas
encore “attachée” sensoriellement au dehors.
Niko, prix Nobel et Élisabeth Tinbergen, deux spécialistes de
l’éthologie animale, ont constaté que, dès sa naissance, un chevreau
tète sa mère et la reconnaît sans hésitation parmi d’autres chèvres qui
ont mis bas ensemble ; et sa mère ne se laisse téter que par lui. Mais
s’ils sont séparés l’un de l’autre pendant un certain temps, ils ne se
reconnaissent plus. Si on les met à nouveau ensemble, très serrés l’un
contre l’autre dans le silence et l’obscurité, au bout d’un certain
temps le chevreau reconnaît sa mère et vice versa : il tète à nouveau.
Mais si le temps de séparation a été trop long, le chevreau refuse de
téter cette mère qu’il ne reconnaît plus, et elle-même se désintéresse
de lui.
Des séparations précoces sont parfois inévitables chez les petits
d’hommes. On a fait les mêmes observations qu’en éthologie animale ; il
arrive aux bébés de ne plus reconnaître ni leur mère ni personne à la
suite de séparations trop précoces et trop prolongées.
Dans le ventre de sa mère, Julie vivait sans attraction ; l’utérus de sa
mère la maintenait sous pression de sorte qu’elle échappait à
l’attraction terrestre. Elle y était comme en apesanteur. Et, fait qui
pourrait paraître étrange, la perception de cet espace sans pesanteur
menace de la réabsorber si l’attirance qui provoque l’attachement ne se
produit pas. Ses sens, qui ont pour effet de la retenir, doivent être
stimulés par sa mère, son réflexe instinctif de fouissement n’étant pas
suffisant. Il lui faut développer l’attirance. Ce qui se passe
psychiquement répond aux lois qui régissent le mouvement universel ; le
bébé qui ne parvient pas à s’accrocher sensoriellement est comme absorbé
par un “trou noir”, semblable à ceux qui sont provoqués par l’absence de
gravitation : sorte de dépression universelle.
Au tout début, dans l’esprit de Julie, sa mère et elle ne sont qu’un
seul être ; quand elle reconnaît sa voix, elle se reconnaît elle-même,
sa mère agit comme une sorte de miroir sonore ; elles ont vécu neuf mois
d’aventure commune. Et puis, grâce à l’allaitement, aux bercements, au
portage qui la rythme et aux soins répétés qu’elle lui donne, Julie
commence à ressentir sa mère comme quelqu’un d’autre qu’elle : ces
gestes originels permettent la différenciation. Alors peu à peu, elle se
différencie sans perdre son lien originel.
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Nous sommes moins libres
que nous le croyons
mais nous avons la possibilité de conquérir notre liberté
et de sortir du destin répétitif de notre histoire
en comprenant
les liens complexes qui se sont tissés dans notre famille
Anne Ancelin Schützenberger