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Bonjour,
Je reviens vers vous après un long silence, inspirée par une question
entendue à plusieurs reprises dans les derniers stages qui concerne la
peur d’être abandonné, souvent réactivée lorsqu’il y a une crise dans le
couple. En réponse, vous trouverez un texte de Bert Hellinger.
Vous découvrirez ensuite des partages ainsi qu’un petit texte de Claude
Louis Portais sur la création qui me semble important, rencontrant
souvent des personnes qui font de la pensée positive sans regarder le
côté négatif, c’est à dire les contre-intentions. L’existence est duelle
et continûment nous oublions, renions l’autre côté, celui qui dérange,
celui que nous n’aimerions pas avoir, nous privant ainsi d’une partie de
nous-mêmes et de l’opportunité de vivre la plénitude de l'Unité.
D’ailleurs, les mouvements de réconciliation, d’apaisement entre
bourreaux et victimes que nous pouvons observer lors des constellations
nous montrent le chemin de façon claire, tangible. Ces mouvements ne
sont possibles que lorsque les meurtriers et victimes sont reconnus et
inclus ; ils seraient impossibles si nous avions la tentation de
prendre partie pour l’un ou l’autre côté.
Le ou les prochains bulletins avant l’été seront consacrés aux
témoignages, prises de conscience, expériences suite aux ateliers, que
ce soit en tant que représentants ou constellants. Certains l’ont déjà
fait et je les remercie encore car c’est un enrichissement pour tous.
Donc, si souhaitiez partager et que ce soit publié d’ici fin juin, merci
de le faire avant le 13 juin. Et n’oubliez pas qu’en constellations, il
y a parfois des effets à retardement qui se montrent 6 mois, 12 mois
après ; alors respectez vous....
En fin de bulletin, vous trouverez les dates de
stages.
Amicalement.
Christiane

Informations :
Premier Congrès francophone de constellations familiales et
systémiques aura lieu à Paris les 10 et 11 décembre 2005.
Thème “Amour et reconnaissance – la
famille en mouvement”. Ce congrès est destiné aux professionnels et aux
particuliers et sera composé de conférences et d’ateliers.
Renseignements auprès de la Fédération Française des Praticiens en
Constellations Familiales et systémiques
(ffpcf@aol.com) ou sur le site de la Fédération
http://members.aol.com/ffpcf/index.htm.

La peur d’être
abandonné
Par Bert Hellinger
extrait de Pour que l’amour
réussisse
Quand quelqu’un
veut quitter son partenaire, il se produit souvent une réaction étrange
qu’il n’est pas facile d’expliquer. Le partenaire qui est abandonné a
peur de mourir. Il a le sentiment qu’en perdant son partenaire, il perd
ainsi la vie. C’est exactement la situation dans laquelle se retrouve le
petit enfant subitement abandonné par sa mère. Il est pris d’une grande
peur et saisi de panique.
En observant l’expression du visage d’une personne adulte
abandonnée, on peut en déduire si ces peurs sont dans son ressenti
d’enfant et quel âge elles ont. Par exemple, ont-elles deux ou quatre
ans ?
Si, par contre, la personne abandonnée est dans son ressenti
d’adulte, elle ne sera jamais complètement démunie. Elle sait que sa vie
ne dépend pas du fait que le partenaire reste ou s’en aille.
Si l’un des partenaires vit souvent et fortement dans son ressenti
d’enfant, la relation est en danger. Il arrive qu’un partenaire dise à
l’autre : si tu me quittes, je me tue, la vie n’aura plus de sens pour
moi ! ce faisant, l’autre partenaire entre dans le rôle de la mère, qui
doit veiller à la survie de l’enfant. Il cesse donc d’être un
partenaire, et il ne reste plus d’autre solution que de renoncer à cette
relation.
La lutte de l’un des partenaires pour garder l’autre tire souvent
son énergie de la peur de l’enfant de perdre sa mère. L’exigence de
fidélité ne s’adresse donc pas tant au conjoint qu’à la mère. De même,
la fidélité inconditionnelle de l’un des partenaires, en particulier
quand elle se manifeste dans un dévouement total, n’est que le transfert
de la fidélité de l’enfant à sa mère sur le ou la partenaire. Elle prend
ainsi un aspect irréel.
Pour qu’une relation de couple réussisse, il est important que
chacun cherche dans l’autre un partenaire et non une mère.
Point de vue de Christiane
Une personne qui a vécu un élan interrompu (relire les bulletins
11-12-13) ou dont la mère n’a pu être accueillante, enveloppante,
disponible et qui n’aura pas reçu toute la sécurité nécessaire à un
petit enfant risque de demander beaucoup à son partenaire ; tout comme
une personne qui n’a pas pu prendre son père ou sa mère parce
qu’eux-mêmes n’ont pas pu prendre le soutien que leurs propres parents
étaient sensés leur donner. Le partenaire devient alors la mère voire le
père et il y a beaucoup d’attentes vis à vis de lui, attentes auxquelles
il est impossible de répondre. Celui qui se sent l’objet de telles
attentes est démuni, impuissant et souvent il cherchera à se dégager de
la relation.
À ce moment-là, la relation ne se situe plus sur un plan d’égalité. Un
couple est constitué de deux personnes égales dans ce qu’elles ont et ce
qu’elles n’ont pas. Ils sont co-créateurs de leur système actuel,
arrivés au même moment, donc sur le même niveau hiérarchique. Chacune
des personnes est à même de dire à l’autre : tel que tu es, tu me
conviens. Et ensemble, nous allons croître. Les difficultés,
les épreuves seront des moyens de grandir et d’approfondir la relation.
Et une personne qui s’est bien “remplie” auprès de ses parents, a été
suffisamment attachée à ses parents peut facilement se détacher pour
s’ouvrir à une relation de femme et d’homme tournés vers leurs besoins
fondamentaux. Sa survie ne dépend pas de l’autre. Elle est animée par un
mouvement d’autonomie et non de dépendance.
Pour aimer il faut être prêt à
accueillir deux solitudes,
la sienne et celle de l’autre.
Aimer, c’est dire à quelqu’un : oui, je t’aime tel que tu es.
Même si tu ne corresponds pas à mes rêves et à mes espoirs,
le fait que tu existes me réjouit davantage que mes rêves.
André Comte-Sponville
Partage d’Odile suite
au bulletin 22
Je suis très touchée par les mots de
Robert, de Osho, des tiens. Enormément de resonnance intérieure, un
baume sur mes maux.
A ma connaissance, il n'y a pas de cas si violents dans ma famille, ce
qui m'interpelle énormément c'est plutôt mon cas personnel : je suis née
handicapée, c'est ce handicap et l'envie très forte de ne plus souffir
qui m'a fait entreprendre le long voyage vers moi même. J'ai passée ces
cinq dernières années relativement confortablement, sans douleur subie
dirais-je. j'ai clarifié d'abord avec un thérapeute puis grâce à tout ce
travail fait avec Claude, toi , Robert et les autres... je me "traîne"
depuis quelques semaines et me retrouve aujourd'hui encore sans pouvoir
marcher... et je me dis que je rejette encore une partie de mon
histoire... simplement peut être qu'il faut que ce que j'ai compris
intellectuellement passe par le chemin de mon corps... Merci du fond du
coeur dans tous les cas. avec amour.
Réponse de Christiane
Merci à toi. Pour dissoudre les
traumas, les conflits, nous devons les revivre, les reprendre là où ils
ont été arrêtés, laissés ; nous pouvons le faire soit au niveau des
émotions et des sensations, avec le corps en tant qu’êtres humains, soit
au niveau des impressions ce qui est moins douloureux. Et alors cela se
fait sur le plan de la Conscience, de l’Être.
En constellations, nous considérons les émotions de 3 façons :
-
les
émotions primaires liées à un événement concret et elles se
manifestent de manière intense et brève ; la personne vit la
création pleinement et entièrement et c’est un processus libérateur
qui permet de continuer ; par exemple, une mère exprime le chagrin
éprouvé lors de la perte d’un enfant ou un enfant exprime la colère
face à un parent qui l’a abandonné. Cela ne dure pas et vide la
personne de la charge émotionnelle.
-
les
émotions secondaires ne sont pas en rapport avec un événement
mais avec les images mentales de la personne qui n’est plus en
contact avec la réalité observable mais ses créations internes. Le
subjectif a pris le dessus de l’objectif et la personne a du mal à
voir ce qui est ; d’ailleurs elle a tendance à fermer les yeux,
collée à son monde intérieur (son Réseau, ses ombres) et ne peut
faire face. Il y a de la résistance. Les personnes de tendance
victime sont prises par de tels processus. Ce type d’émotions dure
et entretient le malaise ;cela ne libère pas contrairement à une
émotion primaire.
-
les
méta-émotions : la personne est en contact avec toutes les
émotions sans pour autant se faire prendre par celles-ci ; elle
empathise tout en gardant la distance. Elle est effet et cause en
même temps.
Même si ton handicap a une origine
transgénérationnelle, pourrais-tu entrer dans une attitude intérieure
de consentement à ton destin. C’est un mouvement qui anticipe quelque
peu un travail de constellations mais cela pourrait peut être te
faciliter ces passages difficiles. J’emploie le mot consentement qui
implique l’idée d’être en accord, complice, bienveillant ; le mot
accepter impliquerait plus la possibilité de refuser. Regarde ce que tu
ressens avec cette attitude.
La perfection ne nous attire pas. Elle
se suffit à elle-même,
loin de la vie normale. On ne peut aimer que ce qui est imparfait.
Bert Hellinger
Partage de Chantal Ropars, praticienne en
Constellations Familiales
Je me rends compte que plus je participe à des constellations, plus je
prends conscience que nous portons, certes, les problématiques de notre
propre famille, vécues individuellement dans leur particularité, mais
que nous nous retrouvons invariablement dans celles des autres,
semblables, et que cela nous permet de prendre conscience du plus vaste
autour de nous, que notre famille fait partie aussi des autres, les
autres de la nôtre, que la famille individuelle rejoint la famille
universelle dont nous sommes chacun une partie.
Et que, comme le représentant qui entre dans l'inconscient familial de
telle famille, le travail accompli va au-delà, se répercutant sur toutes
celles semblables, à un niveau subtil, inconscient. Qu'en allant aux
sources du mal, on provoque une onde de choc qui se répercute sur le
plus grand nombre.
Cela me donne l'impression d'un travail de chaîne, que nous sommes
porteur du précédent maillon et du suivant et qu'en travaillant sur soi,
on travaille pour tous, qu'en agissant sur une strate (l'individu) on
agit sur la totalité. Donc, que nous faisons oeuvre utile....
Point de vue de Christiane
Merci pour
ce partage fort intéressant. Nous avons une individualité mais en
essence nous sommes indivisibles. Et j’émets l’hypothèse que le mal que
je fais à l’autre, je me le fais à moi et vice versa. En médecine
chinoise, il est dit que tout est dans Tout.
Dans les constellations familiales et
systémiques, nous mettons à jour les dynamiques personnelles et
familiales qui empêchent l’épanouissement d’une personne et de son clan.
Parfois, ces dynamiques s’inscrivent dans des contextes beaucoup plus
grands comme les guerres, les déportations, les migrations, les conflits
politiques. Et nous sommes amenés à mettre en place la guerre, les pays,
la mort, les ex-ennemis et nous assistons à des mouvements surprenants
de réconciliation, d’apaisement qui font que nous nous sentons concernés
par la famille universelle et souvent dépassés, impuissants devant
certains événements. Et qu’au delà des frontières, des différences
culturelles nous sommes tous apprentis de la Vie, cherchant à nous
libérer de la souffrance.
Et comment une solution qui a des répercussions sur le système familial
et qui s’inscrit dans un contexte plus vaste n’aurait elle pas des échos
bénéfiques sur les relations transpersonnelles, sur la conscience
collective. Je pense à ces mouvements de réconciliation entre juifs et
allemands, entre allemands et français par exemple où cela se fait et il
n y a qu’à constater. Ces mini mouvements individuels ne participent-ils
pas à la pacification collective ! Puisse chacun faire sa propre
révolution intérieure !
Il suffit que deux êtres humains, père
et fils, maître et serviteur,
ou tout simplement deux inconnus en voyage se trouvent face à face pour
que se noue entre eux un pacte réglant leur relation.
C’est ce qu’on appelle “humanité” ou, en d’autres termes,
le “souci de l’autre”, la faculté qu’ a un être humain
de se mettre en pensée à la place d’un autre.
Yasuhi Inouoe dans Kong Fu Tzeu
en introduction du livre de Marie de Hennezel Le souci de l’autre

L’univers du manifesté étant
dualiste quand je crée “positif” je crée aussi “négatif”
Claude Louis
Quand je tente de créer l’abondance (ou n'importe quoi d’autre) dans mon
existence très souvent je fais l’expérience de la pénurie. La raison est
fort simple; quand je dis « abondance », cela peut revivifier des
créations anciennes, et « pénurie » peut remonter à la surface,
rappelée à l’existence. Si je n’en fais pas l’expérience en temps réel,
c’est-à-dire immédiatement, dans le monde de mon esprit, cette graine de
pénurie, recréée et non expérimentée (et donc non dé-créée) sera
refoulée et aura tendance à se réaliser « en cachette » c’est-à-dire en
« poussant » dans une zone de la conscience non visible. Je devrais
alors l’expérimenter non plus dans le monde virtuel de mon esprit, mais
dans celui de ma réalité physique quotidienne.
Avis à ceux qui créent compulsivement du positif sans vouloir faire face
aux côtés sombres des créations !

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