Les constellations familiales, no.22
La peur d’être abandonné

Par Christiane Perreau

Chacun manifeste l’amour à sa manière
et il n’y a pas qu’une seule forme...

Béatrice B.
 

 

 

Bonjour,

Je reviens vers vous après un long silence, inspirée par une question  entendue à plusieurs reprises dans les derniers stages qui concerne la peur d’être abandonné, souvent réactivée lorsqu’il y a une crise dans le couple. En réponse, vous trouverez un texte de Bert Hellinger.

Vous découvrirez ensuite des partages ainsi qu’un petit texte de Claude Louis Portais sur la création qui me semble important, rencontrant souvent des personnes qui font de la pensée positive sans regarder le côté négatif, c’est à dire les contre-intentions. L’existence est duelle et continûment nous oublions, renions l’autre côté, celui qui dérange, celui que nous n’aimerions pas avoir, nous privant ainsi d’une partie de nous-mêmes et de l’opportunité de vivre la plénitude de l'Unité.

D’ailleurs, les mouvements de réconciliation, d’apaisement entre bourreaux et victimes que nous pouvons observer lors des constellations nous montrent le chemin de façon claire, tangible. Ces mouvements ne sont possibles que lorsque les meurtriers et victimes sont reconnus et inclus  ; ils seraient impossibles si nous avions la tentation de prendre partie pour l’un ou l’autre côté.

Le ou les prochains bulletins avant l’été seront consacrés aux témoignages, prises de conscience, expériences suite aux ateliers, que ce soit en tant que représentants ou constellants. Certains l’ont déjà fait et je les remercie encore car c’est un enrichissement pour tous. Donc, si souhaitiez partager et que ce soit publié d’ici fin juin, merci de le faire avant le 13 juin. Et n’oubliez pas qu’en constellations, il y a parfois des effets à retardement qui se montrent 6 mois, 12 mois après ; alors respectez vous....

En fin de bulletin, vous trouverez les dates de stages.

Amicalement.
Christiane

Informations :

Premier Congrès francophone de  constellations familiales et systémiques aura lieu à Paris les 10 et 11 décembre 2005.
Thème  “Amour et reconnaissance – la famille en mouvement”. Ce congrès est destiné aux professionnels et aux particuliers et sera composé de conférences et d’ateliers.
Renseignements auprès de la Fédération  Française des Praticiens en Constellations Familiales et systémiques (ffpcf@aol.com)   ou sur le site de la Fédération http://members.aol.com/ffpcf/index.htm.

La peur d’être abandonné

Par Bert Hellinger  
extrait de Pour que l’amour réussisse

   Quand quelqu’un veut quitter son partenaire, il se produit souvent une réaction étrange qu’il n’est pas facile d’expliquer. Le partenaire qui est abandonné a peur de mourir. Il a le sentiment qu’en perdant son partenaire, il perd ainsi la vie. C’est exactement la situation dans laquelle se retrouve le petit enfant subitement abandonné par sa mère. Il est pris d’une grande peur et saisi de panique.

    En observant l’expression du visage d’une personne adulte abandonnée, on peut en déduire si ces peurs sont dans son ressenti d’enfant et quel âge elles ont. Par exemple, ont-elles deux ou quatre ans ?

    Si, par contre, la personne abandonnée est dans son ressenti d’adulte, elle ne sera jamais complètement démunie. Elle sait que sa vie ne dépend pas du fait que le partenaire reste ou s’en aille.

    Si l’un des partenaires vit souvent et fortement dans son ressenti d’enfant, la relation est en danger. Il arrive qu’un partenaire dise à l’autre : si tu me quittes, je me tue, la vie n’aura plus de sens pour moi ! ce faisant, l’autre partenaire entre dans le rôle de la mère, qui doit veiller à la survie de l’enfant. Il cesse donc d’être un partenaire, et il ne reste plus d’autre solution que de renoncer à cette relation.

    La lutte de l’un des partenaires pour garder l’autre tire souvent son énergie de la peur de l’enfant de perdre sa mère. L’exigence de fidélité ne s’adresse donc pas tant au conjoint qu’à la mère. De même, la fidélité inconditionnelle de l’un des partenaires, en particulier quand elle se manifeste dans un dévouement total, n’est que le transfert de la fidélité de l’enfant à sa mère sur le ou la partenaire. Elle prend ainsi un aspect irréel.

    Pour qu’une relation de couple réussisse, il est important que chacun cherche dans l’autre un partenaire et non une mère.


Point de vue de Christiane

Une personne qui a vécu un élan interrompu (relire les bulletins 11-12-13) ou dont la mère n’a pu être accueillante, enveloppante, disponible et qui n’aura pas reçu toute la sécurité nécessaire à un petit enfant risque de demander beaucoup à son partenaire ; tout comme une personne qui n’a pas pu prendre son père ou sa mère parce qu’eux-mêmes n’ont pas pu prendre le soutien que leurs propres parents étaient sensés leur donner. Le partenaire devient alors la mère voire le père et il y a beaucoup d’attentes vis à vis de lui, attentes auxquelles il est impossible de répondre. Celui qui se sent l’objet de telles attentes est démuni, impuissant et souvent il cherchera à se dégager de la relation.

À ce moment-là, la relation ne se situe plus sur un plan d’égalité. Un couple est constitué de deux personnes égales dans ce qu’elles ont et ce qu’elles n’ont pas. Ils sont co-créateurs de leur système actuel, arrivés au même moment, donc sur le même niveau hiérarchique. Chacune des personnes est à même de dire à l’autre : tel que tu es, tu me conviens. Et ensemble, nous allons croître. Les difficultés, les épreuves seront des moyens de grandir et d’approfondir la relation.

Et une personne qui s’est bien “remplie” auprès de ses parents, a été suffisamment attachée à ses parents peut facilement se détacher pour s’ouvrir à une relation de femme et d’homme tournés vers leurs besoins fondamentaux. Sa survie ne dépend pas de l’autre. Elle est animée par un mouvement d’autonomie et non de dépendance.
 

Pour aimer il faut être prêt à accueillir deux solitudes,
la sienne et celle de l’autre.

Aimer, c’est dire à quelqu’un : oui, je t’aime tel que tu es.
Même si tu ne corresponds pas à mes rêves et à mes espoirs,
le fait que tu existes me réjouit davantage que mes rêves.
André Comte-Sponville

Partage d’Odile suite au bulletin 22

Je suis très touchée par les mots de Robert, de Osho, des tiens. Enormément de resonnance intérieure, un baume sur mes maux.

A ma connaissance, il n'y a pas de cas si violents dans ma famille, ce qui m'interpelle énormément c'est plutôt mon cas personnel : je suis née handicapée, c'est ce handicap et l'envie très forte de ne plus souffir qui m'a fait entreprendre le long voyage vers moi même. J'ai passée ces cinq dernières années relativement confortablement, sans douleur subie dirais-je. j'ai clarifié d'abord avec un thérapeute puis grâce à tout ce travail fait avec Claude, toi , Robert et les autres... je me "traîne" depuis quelques semaines et me retrouve aujourd'hui encore sans pouvoir marcher... et je me dis que je rejette encore une partie de mon histoire... simplement peut être qu'il faut que ce que j'ai compris intellectuellement passe par le chemin de mon corps... Merci du fond du coeur dans tous les cas. avec amour.

Réponse de Christiane

Merci à toi. Pour dissoudre les traumas, les conflits, nous devons les revivre, les reprendre là où ils ont été arrêtés, laissés ; nous pouvons le faire soit au niveau des émotions et des sensations, avec le corps en tant qu’êtres humains, soit au niveau des impressions ce qui est moins douloureux. Et alors cela se fait  sur le plan de la Conscience, de l’Être.

En constellations, nous considérons les émotions de 3 façons :

  • les émotions primaires liées à un événement concret et elles se manifestent de manière intense et brève ; la personne vit la création pleinement et entièrement et c’est un processus libérateur qui permet de continuer ; par exemple, une mère exprime le chagrin éprouvé lors de la perte d’un enfant ou un enfant exprime la colère face à un parent  qui l’a abandonné. Cela ne dure pas et vide la personne de la charge émotionnelle.

  • les émotions secondaires ne sont pas en rapport avec un événement mais avec les images mentales de la personne qui n’est plus en contact avec la réalité observable mais ses créations internes. Le subjectif a pris le dessus de l’objectif et la personne a du mal à voir ce qui est ; d’ailleurs elle a tendance à fermer les yeux, collée à son monde intérieur (son Réseau, ses ombres)  et ne peut faire face. Il y a de la résistance. Les personnes de tendance victime sont prises par de tels processus.  Ce type d’émotions dure et entretient le malaise ;cela ne libère pas contrairement à une émotion primaire.

  • les méta-émotions : la personne est en contact avec toutes les émotions sans pour autant se faire prendre par celles-ci ; elle empathise tout en gardant la distance. Elle est effet et cause en même temps.

Même si ton handicap a une origine transgénérationnelle,  pourrais-tu entrer dans une attitude intérieure de consentement à ton destin. C’est un mouvement qui anticipe quelque peu un travail de constellations mais cela pourrait peut être te faciliter ces passages difficiles. J’emploie le mot consentement qui implique l’idée d’être en accord, complice, bienveillant ; le mot accepter impliquerait plus la possibilité de refuser. Regarde ce que tu ressens avec cette attitude.

La perfection ne nous attire pas. Elle se suffit à elle-même,
loin de la vie normale. On ne peut aimer que ce qui est imparfait.

Bert Hellinger


Partage de Chantal Ropars, praticienne en Constellations Familiales

Je me rends compte que plus je participe à des constellations, plus je prends conscience que nous portons, certes, les problématiques de notre propre famille, vécues individuellement dans leur particularité, mais que nous nous retrouvons invariablement dans celles des autres, semblables, et que cela nous permet de prendre conscience du plus vaste autour de nous, que notre famille fait partie aussi des autres, les autres de la nôtre, que la famille individuelle rejoint la famille universelle dont nous sommes chacun une partie.

Et que, comme le représentant qui entre dans l'inconscient familial de telle famille, le travail accompli va au-delà, se répercutant sur toutes celles semblables, à un niveau subtil, inconscient. Qu'en allant aux sources du mal, on provoque une onde de choc qui se répercute sur  le plus grand nombre.

Cela me donne l'impression d'un travail de chaîne, que nous sommes porteur du précédent maillon et du suivant et qu'en travaillant sur soi,  on travaille pour tous, qu'en agissant sur une strate (l'individu) on agit sur la totalité. Donc, que nous faisons oeuvre utile....

 

Point de vue de Christiane

Merci pour ce partage fort intéressant. Nous avons une individualité mais en essence nous sommes indivisibles. Et j’émets l’hypothèse que le mal que je fais à l’autre, je me le fais à moi et vice versa. En médecine chinoise, il est dit que tout est dans Tout.

Dans les constellations familiales et systémiques, nous mettons à jour les dynamiques personnelles et familiales qui empêchent l’épanouissement d’une personne et de son clan. Parfois, ces dynamiques s’inscrivent dans des contextes beaucoup plus grands comme les guerres, les déportations, les migrations, les conflits politiques. Et nous sommes amenés à mettre en place la guerre, les pays, la mort, les ex-ennemis et nous assistons à des mouvements surprenants de réconciliation, d’apaisement qui font que nous nous sentons concernés par la famille universelle et souvent dépassés, impuissants devant certains événements. Et qu’au delà des frontières, des différences culturelles nous sommes tous apprentis de la Vie, cherchant à nous libérer de la souffrance.

Et comment une solution qui a des répercussions sur le système familial et qui s’inscrit dans un contexte plus vaste n’aurait elle pas des échos bénéfiques sur les relations transpersonnelles, sur la conscience collective. Je pense à ces mouvements de réconciliation entre juifs et allemands, entre allemands et français par exemple où cela se fait et il n y a qu’à constater. Ces mini mouvements individuels ne participent-ils pas à la pacification collective ! Puisse chacun faire sa propre révolution intérieure !

Il suffit que deux êtres humains, père et fils, maître et serviteur,
ou tout simplement deux inconnus en voyage se trouvent face à face pour
que se noue entre eux un pacte réglant leur relation.

C’est ce qu’on appelle “humanité” ou, en d’autres termes,
 le “souci de l’autre”, la faculté qu’ a un être humain
de se mettre en pensée à la place d’un autre.

Yasuhi Inouoe dans Kong Fu Tzeu
en introduction du livre de Marie de Hennezel Le souci de l’autre

L’univers du manifesté étant dualiste quand je crée “positif” je crée aussi “négatif”
Claude Louis  


Quand je tente de créer l’abondance (ou n'importe quoi d’autre) dans mon existence très souvent je fais l’expérience de la pénurie. La raison est fort simple; quand je dis « abondance », cela peut revivifier des créations anciennes, et « pénurie » peut remonter à la surface, rappelée à l’existence. Si je n’en fais pas l’expérience en temps réel, c’est-à-dire immédiatement, dans le monde de mon esprit, cette graine de pénurie, recréée et non expérimentée (et donc non dé-créée) sera refoulée et aura tendance à se réaliser « en cachette » c’est-à-dire en « poussant » dans une zone de la conscience non visible. Je devrais alors l’expérimenter non plus dans le monde virtuel de mon esprit, mais dans celui de ma réalité physique quotidienne.

Avis à ceux qui créent compulsivement du positif sans vouloir faire face aux côtés sombres des créations !

 

Ajouter ce site à vos favoris

S'abonner à la lettre mensuelle

Vous êtes dans le site d'Iridis

Un site de

 

© 1999-2005, Dominique Jeanneret et Iridis, tous droits de reproduction réservés