Partage de Patricia Lambotte, praticienne en
Constellations Familiales
Juste une remarque par rapport à la dernière lettre stipulant que :
"Quand un membre de la famille a commis un meurtre vis à vis d’une
personne du clan, il perd son droit d’appartenir à sa famille."
J'ai terminé ma formation avec Ramoda
Austermann, un élève de Bert Hellinger, et celui-ci a attiré notre
attention sur le fait qu'Hellinger avait évolué dans sa perception de
ces cas. Depuis 1999, Hellinger a constaté qu'en fait il vaut mieux que
le meurtrier ne soit pas exclu de la famille, car alors quelque chose
reste inaccompli et manque. Meurtrier et victime restent toujours liés.
La meilleure solution (que nous avons expérimenté en supervision) est de
coucher le meurtrier et la victime l'un à côté de l'autre et de laisser
agir. Cette façon de faire veille à réintroduire les exclus, sans
jugement.
Par ailleurs, des cas de schizophrénie, qui découlent de ce genre
d'intrications, peuvent être traités en demandant à la personne
concernée de placer ses mains au niveau du coeur des représentants du
meurtrier et de la victime. Il peut alors intégrer en lui les 2 énergies.
Chère Christiane, j'espère que ceci t'apportera un autre éclairage.
Le partage de nos expériences est la meilleure façon de garder cette
méthode vivante et appropriée.
Réponse de Christiane
Je trouve pertinente ta remarque et effectivement, la constellation
familiale répondant d’abord au principe d’inclusion, nous devons
être vigilants et prudents avec les phénomènes concernant le meurtre et
l’exclusion des personnes l’ayant commis, y compris lorsque le meurtrier
est un des membres de la famille. Nous ne devons pas perdre de vue que
toute personne exclue sera remplacée par un plus faible, un plus jeune,
un dernier arrivé. Et effectivement, la pratique a montré qu’exclure un
meurtrier peut avoir aussi des conséquences graves sur le système.
L’expérience montre que lorsque le meurtrier peut reconnaître ses torts,
ses responsabilités, le système s’apaise et il est alors plus facile de
trouver une bonne place pour chacun. De toute façon, cette personne sera
toujours reconnue en tant que père ou mère par exemple. Ce qui est
difficile pour la victime qui est amenée à reconnaître son père ou sa
mère tout en lui restituant sa faute, sa culpabilité.
Et parfois comme le note Patricia, la solution se trouve dans un
mouvement de rapprochement de la victime et du bourreau. Récemment j’ai
observé une victime et un bourreau s’asseoir face à face et se regarder
avec beaucoup de compréhension mutuelle ce qui a permis aux personnes
identifiées à la victime de laisser l’intrication.
La confrontation du bourreau avec sa victime permet au bourreau
d’accéder à ses sentiments ce qui le rend plus perméable, moins
indifférent. Souvent, les bourreaux dans une constellation se remarquent
par leur rigidité, leur insensibilité. Ils ont une armure qui les
protège de leurs ressentis.
Je rappelle que le fait d’allonger sur le sol victimes et bourreaux
morts suite aux événements de guerre, de déportation initie un mouvement
vers la pacification. Alors pourquoi pas aussi dans d’autres
circonstances. La constellation est une approche vivante où la solution
d’un moment ne peut être érigée en solution ultime et idéale. Et ces
questions demandent délicatesse et humilité.
Partage de Robert qui répond à Christiane suite
au texte du bulletin 21
En méditant ton texte sur le meurtre et ses intrications consécutives,
"à voix écrite" ci-dessous, j'ai poursuivi ma clarification et je t'en
remercie. Voilà qui me laisse deviner l'heureux effet, nécessairement
plus conséquent, de l'expérience des constellations que tu proposes. Tu
avais écrit :
Christiane a dit : “Les faits que tu exposes indiquent que ton
système familial porte un fardeau de violence et de mort qui ne peut
qu’avoir des conséquences graves sur le système actuel tant que les
responsabilités et les torts n’auront pas été restitués et assumés."
Et il s'agit de faits dont je n'ai pris connaissance que tout récemment.
J'observe ce que peut être le positionnement psychique d'une famille où
le pire a été éprouvé, auquel la honte et la culpabilité ont pu demeurer
la réponse essentielle et persistante.
Christiane a dit : "As tu des frères et soeurs et comment vivent-ils
?"
J'ai 4 soeurs et deux frères. La benjamine est née sans main droite et
elle n'a pas eu d'enfants. Aveugle, célibataire (5ème de fratrie), je
n'en ai pas eu non plus. Nous sommes tous deux les seuls à être
géographiquement éloignés de la famille.
Christiane a dit : "Quand un membre de la famille a commis un meurtre
vis à vis d’une personne du clan, il perd son droit d’appartenir à sa
famille. Une personne qui a prononcé des menaces de mort envers un de
ses enfants ou de son conjoint perd également son droit d’appartenance.
C’est en principe la seule façon, dans la constellation, que le système
retrouve un équilibre et s’apaise. Ainsi en pratique, la personne est
éloignée du champ du clan ou se met à l’écart elle-même. Si le bourreau
n’est pas exclu, le risque sera que quelqu’un prenne à sa charge
d’expier et de s’exclure à sa place."
Du (mé)fait d'un membre de sa famille ou d'une personne qui lui est
extérieure, c'est alors l'assassiné qui est l'objet d'une exclusion dont
les traces ou intrications ont certainement leur spécificité, "insoupçonnée",
terrible !
Christiane a dit : "Lorsque quelqu’un a commis un meurtre envers une
personne ou plusieurs personnes qui n'appartiennent pas à son système,
il se crée un lien entre le bourreau et les victimes qui vont éprouver
de la haine envers le meurtrier."
Possible circonstance représentative, il se trouve que j'ai perdu la vue
à la suite d'un coup de poing d'un camarade d'école -- implication
répétée d'un tiers extérieur à la famille. J'y vois là la possibilité
de prises de conscience. La haine pourrait ne pas être le seul moyen de
demeurer effet...
Christiane a dit : "Plus une personne résiste à un fait, une
émotion, plus elle est prisonnière et plus elle est victime de ses
propres contenus de conscience."
Voilà qui participe de l'impression partagée précédemment. La haine ne
me parle pas (plus depuis longtemps), la résistance oui et le "jouet"
des contenus de conscience plus encore.
Christiane a dit : "En plus des effets reçus de l’autre qu’elle ne
peut intégrer, elle devient effet d’elle-même, se victimisant de plus
en plus."
Il y a la "victimite", mais il y a aussi la résignation et la lutte
perpétuelle...
Christiane a dit : "Que se passe-t-il lorsque les bourreaux
n’ont pas assumés leurs torts ?
Si le bourreau ne reconnaît pas ses actes, il y aura quelqu’un
d’innocent, de plus jeune dans le système qui va expier à la place du
malfaiteur en se limitant dans sa vie, en tombant malade, en se
suicidant."
Et que se passe-t-il quand les victimes ont été oubliées ?
Christiane a dit : "Le bourreau est amené à confronter la situation,
c’est à dire voir les faits, faire face à la colère et à la souffrance
du clan. Une victime qui voit un bourreau prendre conscience de ses
actes, éprouver de la douleur, de la honte, de la culpabilité pourra
évoluer vers une forme de pacification."
Je ne perçois pas cela (quelque chose peut m'échapper, bien entendu), je
suggère même qu'il est heureux que la pacification d'une victime ne
dépende pas du repentir ou de la reconnaissance par le bourreau des
méfaits qu'il a commis.
Christiane a dit : "Et si la victime n’est pas reconnue, quelqu’un
va prendre la place de cette personne exclue en suivant un destin qui
n’est pas le sien. Les personnes assassinées dans le cas de Robert ont
besoin d’être incluses dans le système afin que chacun reconnaisse ce
qu’elles ont vécu, leur accorde une place dans leur conscience afin que
plus personne n’ait besoin de le faire de manière compensatrice."
Voilà la réponse à la question posée plus haut. On rapporte que mon
arrière-grand-père, avant d'être retrouvé dans un ruisseau, assassiné, a
été séquestré pendant trois jours dans une cave. Dans une cave, il fait
noir, on n'y voit pas clair et la sensation d'enfermement m'est
familière...
Christiane a dit : "Nous pouvons rencontrer dans une famille une
panique significative d'une énergie destructrice sans savoir exactement
qui a commis quoi et il s'agit alors de mettre de la masse sur cette
forme mentale et sur le fardeau afin qu’ils deviennent visibles et
favorisent le processus de désidentification."
Que veux-tu dire par "y mettre de la masse" ? La panique mentionnée
n'est-elle pas déjà de la masse ?
Christiane a dit : "Il arrive qu’une personne s’identifie, à la fois,
au bourreau et à la victime ce qui a des conséquences graves comme des
cas psychiatriques"
Mon propre vécu pourrait me laisser soupçonner la possibilité d'une
réalité parfois très subtile de cette double identification (réactive).
Conclusion : je ressens clairement l'inestimable apport libérateur que
peut permettre le travail en constellations familiales et je me réjouis
à l'avance du séminaire à Paris fin mai, ainsi que des partages avec les
lecteurs du bulletin Je-Nous éventuellement présents.
Réponse de Christiane
Merci à toi pour cet échange sincère auquel j’ai donné en partie
réponse ci-dessus. Je complète avec les éléments suivants.
Concernant les victimes
Je reviens sur le fait que si une victime est oubliée, il y aura
quelqu’un de plus jeune qui va la représenter pour tenter de
rééquilibrer le système. Dès que quelqu’un manque, est oublié, rejeté,
nié, quelqu’un d’autre va combler cette place et va souffrir à la place
de l’exclu. Un mouvement “je te suis dans ton destin” sera initié. D’où
l’importance de replacer et reconnaître chacun à sa place. Cela soulage
déjà beaucoup un système.
Concernant la pacification de la victime en dehors du repentir du
bourreau
Il me semble qu’il y ait plusieurs étapes vers l’apaisement et la
guérison : souffrance du bébé, blessures de l’identité personnelle,
souffrance de la mort, la nôtre et celle de nos proches, souffrance du
système comme l’exclusion, souffrance d’être séparée de sa vraie nature,
entre autres. Il peut être difficile de prendre soin de tous ces niveaux
en même temps. Nous manquons d’aptitudes telles que présence, attention,
intention, capacité à contrôler nos cycles, capacité à ressentir.
Chaque personne a droit au respect de ses contenus de conscience et au
temps nécessaire à leur compréhension. Chaque personne a des capacités
et rythme différents dont nous devons tenir compte dans l’accompagnement.
L’accompagnant met son expérience au service de l’accompagné et du
processus de transformation mais nul ne peut forcer, imposer ou réaliser
à la place de cette personne.
J’émets l’hypothèse que sur un plan individuel, il n’y a pas besoin du
repentir du bourreau. Comme a dit Maïté Graspanier, torturée par les
Nazis, promise à un bel avenir de pianiste et devenue professeur de
philosophie, “on n’est pas responsable de ce qu’on nous a fait, mais on
est responsable de ce qu’on fait de ce qu’on nous a fait”. Il
appartient à chacun de regarder ses souffrances : qu’est ce qu’on m’a
fait, lui donner sens, comment l’intégrer sans vouloir changer les
autres. C’est un premier pas et chaque pas est essentiel sur le chemin
de devenir un bon compagnon pour soi-même.
Sur un plan systémique, il semblerait que lorsqu’une personne a souffert,
a été maltraitée, cela a besoin d’être reconnu, entendu. C’est ce que
nous constatons en constellations, et cette étape ne puisse être éludée.
La colère et la douleur de la victime ont besoin d’être exprimées,
reconnues : tu m’as fait tort, tu m’as fait mal, j’ai beaucoup
souffert, ce n’était pas juste, je ne peux pas pardonner cela par
exemple. Parfois, la restitution d’un fardeau symbolique
est nécessaire et ouvre une brèche vers la solution. Ce serait aussi
inclure tous les ressentis du système.
Si nous évitons ce pas, la solution ne peut émerger. Il manque un
passage, une clé. Cette expression n’a pas besoin d’être dramatisée,
exagérée par des démonstrations émotionnels. D’ailleurs, plus ce sera
dit et fait avec neutralité, plus la personne retrouvera force et
présence.
Certaines solutions peuvent être inacceptables pour une personne ou un
système ; ces solutions viennent trop tôt ou bousculent trop les
croyances des personnes impliquées et la bonne conscience du système.
Une personne qui s’est construite autour de la haine, de la vengeance
peut être effrayée de laisser de telles identités. Même si ces
attitudes enferment dans la souffrance cela demande un retournement de
points de vue considérable.
Pour prendre responsabilité du bien être de tous, la compréhension des
points de vue des autres est nécessaire. Ce qui demande de
conscientiser de plus en plus ses propres points de vue limitants et de
retrouver sa propre sécurité intérieure.
Et il semblerait qu’il soit plus aisé d’accéder à nos créations
indésirables lorsque nous avons conscientisé notre vraie nature, le 0,
la Vacuité des bouddhistes, l’Être. Alors nous pouvons observer nos
créations comme n’étant pas notre Essence Immuable. Ce sont des
créations qui cherchent à recevoir l’empathie, l’amour de leur Créateur.
Ce sont nos points de vue qui divisent et créent la dualité. Nous
pourrions évoluer vers un plan où observateur et observé ne font qu’ UN.
Ce serait la coexistence des opposés dont parlent les traditions
orientales. Et le texte d’Osho qui suit nous donne une voie de
transformation.
Concernant le fait de mettre de la masse.
Les charges émotionnelles nous mettent à la masse surtout lorsque
nous y sommes identifiés. C’est à dire que nous n’avons plus de
distance. En prenant des personnes qui vont représenter l’énergie
destructrice agissante dans un système, celle ci prend une forme, une
masse visible, elle est objectivée donc observable. Et cela permet de
sortir de la confusion.
Le grand Palais de la Conscience
Osho, Bhagwan Shree Rajneesh
La première étape vers la félicité est
d’être UN. Etre UN, c’est être dans la félicité, être plusieurs, c’est
être en enfer. Donc, quelle que soit la réalité vécue, accepter-la. Vous
ne pouvez rien faire en la niant. En la niant, vous créez le problème
et le problème devient plus complexe ; il était simple.
Une chose fondamentale à se rappeler : seule la communion avec la
souffrance psychologique ouvre la porte de la libération et de la
transcendance – seule la communion avec la souffrance psychologique.
Tout ce qui est douloureux doit être accepté : un dialogue doit être
créé avec lui. C’est vous, il n’y a aucun autre moyen d’aller au-delà,
le seul moyen est de l’absorber.
Et ceci a un potentiel énorme. La colère est de l’énergie, la peur est
de l’énergie, ainsi que la lâcheté. Tout ce qui vous arrive possède une
grande inertie, une grande quantité d’énergie est cachée à l’intérieur.
Une fois que vous l’avez acceptée, cette énergie devient vôtre. Vous
devenez plus fort, vous devenez plus large, vous commencez à devenir
plus spacieux. Alors, votre monde intérieur devient plus grand.
Seul un laisser être permissif ou une acceptation complète marque sa
fin. La souffrance psychologique finit uniquement lorsqu’on l’accepte
dans sa totalité. La souffrance psychologique n’existe pas simplement à
cause de la présence d’un stimulus ou d’une réalité nommée “ douloureuse
”. La souffrance est plutôt produite par l’interprétation des faits ou
de la réalité qui produit la tendance à éviter ou à résister aux faits.
Essayez de comprendre cela : la souffrance psychologique est votre
propre création. La lâcheté n’est pas douloureuse – simplement votre
idée que la lâcheté est mauvaise, votre interprétation qu’elle ne
devrait pas être là.
Ce n’est que quand le mental recule devant un fait ou une réalité qu’il
y a souffrance. Vous reculez devant les faits de la lâcheté, de la peur,
de la colère et de la tristesse. Ne reculez pas. Reculer devant un fait
crée de la souffrance. La souffrance psychologique fait partie, est un
morceau, du processus de fuite et de résistance. La souffrance n’est
inhérente à aucun ressenti, mais s’élève uniquement après que
l’intention de le rejeter est apparue. Au moment où vous décidez de
rejeter quelque chose, la souffrance apparaît.
Ce qui est, quel qu’il soit, est, que vous l’acceptiez ou pas. Votre
acceptation ou rejet n’y change rien. Ce qui est, est. Si vous
l’acceptez, vous avez de la joie qui apparaît en vous, si vous le
rejetez, vous avez de la souffrance. Mais la réalité reste la même. Vous
pouvez avoir de la souffrance, de la souffrance psychologique : c’est
votre création parce que vous n’étiez pas capable d’accepter et
d’absorber quelque chose qui survenait. Vous avez rejeté la vérité ; en
la rejetant, vous êtes devenu un prisonnier. La vérité libère, mais
vous la rejetez. C’est pourquoi vous avez des chaînes. Rejetez la vérité
et vous resterez de plus en plus prisonniers.
La vérité reste ; cela n’y change rien que vous la rejetiez ou
l’acceptiez. Cela ne change pas les faits, cela change votre réalité
psychologique. Et il y a deux possibilités : soit la souffrance, soit la
joie, soit la maladie soit la santé. Si vous la rejetez, il y aura
maladie, inconfort, parce que vous arrachez un morceau de votre être ;
cela laissera des blessures et des cicatrices en vous. Si vous acceptez,
il y aura de la célébration, de la santé et de la complétude