Les constellations familiales, no.20
L’avortement et ses conséquences
 

Par Christiane Perreau

Bonjour,

Voici une lettre où vous trouverez un autre témoignage sur les conséquences de l’avortement  ainsi qu’un point de vue de Bert Hellinger donné lors d’un séminaire pour des couples. Il y a aussi une question relative à la pratique du mandala et des constellations. J’en profite pour aborder la constellation familiale en individuel avec un exemple pratique.

 

 


Témoignage de Heinz sur le thème de l’avortement

Merci de ce nouveau bulletin.
C'est vrai que l'avortement laisse des traces terribles dans les couples aussi. J'ai vécu le cas d'une quatrième grossesse qui a été traité à l'hôpital comme crise de foie, avec une quantité incroyable de piqûres et de médicaments, jusqu'à ce que les médecins se rendent compte qu'il s'agissait d'une grossesse.
Je n'ai pas voulu prendre le risque d'un enfant handicapé, j'ai eu très peur, je l'ai dit, le gynécologue s'est déclaré prêt à nous aider légalement. Ma femme a refusé "Jamais ma mère n'accepterait". L'enfant est notre première fille. Elle se porte bien, elle a aujourd'hui 31 ans, est mariée, mère de trois filles.
Ma femme n'a jamais accepté mon refus. Elle m'en a voulu notre vie de couple durant qui a basculé à cause de cela (entre autres).
Merci de tous ces témoignages.



Réponse de Christiane

Merci de ce témoignage qui montre l’impact de la culture et des valeurs familiales en cas d’avortement ainsi que les répercussions sur une vie de couple. Et il se pourrait que la bonne conscience pour continuer à appartenir à sa famille d’origine ait joué.


Propos de Bert Hellinger sur l’avortement
(extrait de Allons de l’avant, la vraie raison des crises conjugales et leurs solutions) J’ai ajouté ce qui est en rouge dans ce texte :

Un avortement a un effet décisif sur la relation de couple. après un avortement, généralement, la relation de couple est finie. À travers l’enfant on avorte aussi son partenaire pour rester dans l’image.  En règle générale, l’amour n’y résiste pas.

La solution consiste à ce que l’enfant avorté, qui a été rejeté, soit repris et réintégré dans la famille. Ce serait la solution. Cela se fait par le deuil.

Le deuil se manifeste dans une profonde douleur. Alors là, l’enfant est vu. Lorsqu’on travaille avec un tel couple, alors une voie s’ouvre. D’abord on les laisse abaisser leur regard sur l’enfant. On établit ainsi un contact. Si vraiment, l’enfant est vu, les larmes coulent. Et ces larmes réconcilient l’enfant. À présent avec les larmes, l’amour coule vers l’enfant. Alors l’enfant est consolé.

Dans cette situation, il n’y a pas que les parents qui aiment l’enfant, l’enfant aime aussi. L’enfant a cédé sa place aux parents. Mais cela n’a pas été reconnu. Maintenant, ici, (par le processus de la constellation, avec ses phrases libératrices et  rituels) on le reconnaît. Les parents disent alors : “tu nous cèdes la place, nous le prenons de toi”. Alors l’enfant est réconcilié et en paix.

Le deuil commun et la réintégration de l’enfant ré-attachent le couple qui était séparé par l’avortement. À travers le deuil, le couple se retrouve. Cependant, ce n’est plus la même relation qu’avant. Elle a traversé quelque chose qu’on pourrait nommer un processus de mort. Le couple se retrouve, mais  plus avec la même  intimité insouciante qu’auparavant, mais il s’agit d’une relation profonde que la reconnaissance d’une culpabilité commune a renforcée.

On peut aussi observer un deuil permanent.  Certaines mères portent continuellement  le deuil de l’enfant. Mais ce n’est pas une douleur, c’est  plutôt une espèce d’apitoiement sur soi-même. Ce deuil là ne lâche pas l’enfant. Par contre la profonde douleur, lorsqu’elle se manifeste,  laisse aller l’enfant.

Il faut aussi que la culpabilité puisse être terminée après un certain temps. ce n’est pas seulement bon pour les coupables, c’est bon aussi pour les victimes. après un certain temps la culpabilité doit être finie, sinon tout devient néfaste. C est aussi le cas pour un avortement. Donc, lorsque cette douleur arrive, on garde l’enfant dans son coeur et, après un an environ, on le laisse partir, pour que l’enfant puisse être mort, et que pour tous, ça puisse être terminé.

"Ceux qui sont morts ne sont jamais partis
Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire et dans l'ombre qui s'épaissit
Les morts, les morts ne sont pas sous la terre,
Ils sont dans l'arbre qui frémit
Ils sont dans le bois qui gémit,
Ils sont dans l'eau qui coule
Ils sont dans la foule
Les morts, les morts ne sont pas morts"

extrait d'un poème de Birago Diop du Sénégal



Question d‘Hélène :


Pour moi un mandala est un cercle à l'intérieur duquel on dessine des formes géométriques que l'on colore selon ses humeurs et qui sert de support à la méditation, je ne vois donc pas de rapport avec ce dont vous parlez, dessiner sa famille.
Pouvez vous m'expliquer ?


Réponse de Christiane :

Il y a différentes façons de travailler le mandala. Il peut être utilisé comme vous le suggérez et alors c’est un outil de recentrage et de détente, colorier des formes géométriques ou non, des symboles. Certains mandalas traditionnels servent de support à la méditation.

Et puis il y a des mandalas qui peuvent être créés par une personne qui laisse émerger les images de son inconscient, de son Réseau, de manière spontanée ; cette technique a d’ailleurs été utilisé par C.G. Jung pour accompagner ses patients et leur permettre  de comprendre des zones d’ombre de leur personnalité.

Dans les ateliers  de constellations familiales et mandalas, la personne va confectionner des éléments qui vont représenter les différentes personnes de sa famille. Et elle est libre de représenter qui elle veut et comme elle veut, selon son ressenti, ses impressions. Ensuite elle met son cercle de famille en place, toujours de manière intuitive, sans réfléchir et elle observe et ressent ; des informations vont venir. Elle peut aussi expérimenter si son ressenti est différent suivant les places des symboles et explorer cette création à sa guise.  L’animateur peut orienter l’attention de la personne en lui posant des questions, selon ce qu’il voit et ressent. Ensuite, il y aura un temps de partage où sera exprimé ce qui a été vu, compris.

Cette approche ressemble à la mise en place d une constellation individuelle où nous utilisons des symboles pour représenter les membres de la famille. La différence réside dans le fait que dans une constellation individuelle, c’est l’animateur qui indique quelles sont les personnes qui font partie de la constellation. Ce n’est pas le constellant qui décide de qui fait partie de sa constellation.

D’une façon ou d’une autre, cela permet de recueillir des informations sur la famille et les sentiments, émotions que nous éprouvons par rapport aux diverses personnes. Cela met en lumière des zones d’ombre. La constellation tout comme le mandala utilisent le langage symbolique et les rituels pour permettre de rendre concret une création virtuelle, mentale.  La solution finale d’une constellation est d’abord une image concrète et créatrice. Elle est réelle dans l’instant.
C’est comme le germe contenu dans le grain de blé. Elle contient la puissance de l’Élan Vital.

Pour rendre plus vivante et concrète cette pratique, vous trouverez ci-après une transcription succincte d’une constellation individuelle. Je précise que les prénoms sont changés et que la personne m’a autorisée à transcrire ce travail. Pour rendre plus facile la lecture et la compréhension de ce texte, ce qui est dit par LISA pour elle-même est en rouge foncé, ce qui est dit pour son frère BERTRAND est en noir et pour son fils FABRICE  en vert.


Cas pratique en individuel

La demande de Lisa :

Lisa a un frère  plus âgé qu’elle et qui souffre de troubles psychiatriques qui se sont accrus depuis le décès de sa mère voilà un an.

Depuis, il a perdu ses points de repères et sa stabilité. Le père étant mort peu de temps avant sa femme, Bertrand se retrouve seul et a des difficultés à gérer son existence maintenant. Il a donc été placé dans une maison d’accueil pour personnes ayant des difficultés d’autonomie, avec  son consentement. Lisa est tiraillée entre le désir d’apporter un soutien à son frère tout en protégeant sa famille actuelle et son petit garçon Fabrice qui a tendance à être très agité et anxieux. Lisa veut trouver une solution  vis à vis de son frère car elle se sent coupable de ne pas l’accueillir chez elle.

Je l’invite à choisir 3 symboles : un pour elle, un pour Bertrand son  frère, un pour Fabrice son  garçon et de les placer dans la pièce.

Elle les met dans un triangle, elle étant le sommet, Bertrand et Fabrice étant la base, sur la même ligne. Tous sont orientés vers le centre. Ensemble, nous prenons un moment pour observer et ressentir cette image puis j’’invite Lisa à prendre sa place et à ressentir ce qui se passe pour elle. Elle est tendue.

Tout de suite LISA  s’adresse à son frère : «je n’ai pas confiance en toi et je ne veux pas que Fabrice soit seul avec toi. Tu me fais peur. Je ne t’aime pas de la même façon que j’aime mon enfant, mais je t’aime, tu sais.»

Ensuite LISA  s’adresse à son fils, émue : «je t’aime».

J’invite alors LISA  à venir à la place de Bertrand, son frère ; elle prend un peu de temps pour ressentir et laisser résonner ce qu’elle a dit. En tant que Bertrand, elle délivre ce message : «moi je me sens seul et j’aimerais vous voir plus souvent ; j’aimerais jouer avec Fabrice,  l‘emmener à la pêche par exemple».

LISA revient à sa place et répond à Bertrand : «je ne peux pas te confier mon fils seul ; tu le verras avec nous ;  il est encore trop jeune pour que je te le laisse. Je n’ai pas confiance, tu sais,  tu n’es pas assez responsable de toi».

LISA revient à la place de BERTRAND, elle rit nerveusement : «moi j’aime les enfants et  j’aime jouer avec eux. Je ne comprends pas tout cela».

Je lui propose de dire à BERTRAND : «J’ai peur de ta maladie et j’ai peur pour mon enfant ; je ne voudrais pas qu’ il lui arrive du mal. Mais je comprends que tu aies envie de nous voir et tu vas venir à la maison pour un déjeuner».

LISA retourne à la place de BERTRAND et ressent ce qui se passe pour lui ; elle s’entend dire : « ça me fait du bien t’entendre ce que tu dis et je te comprends mais tu n’as pas avoir peur. Sa voix est plus calme et profonde».

Retour de LISA  à sa place et je lui propose de dire à BERTRAND :  « c‘est ma peur et je veux protéger mon enfant. Mais je veux aussi m’occuper de toi car tu es mon frère et je vais le faire en tant que ta soeur. Je ne suis ni ta mère ni ton père».

À la place de BERTRAND  : «je ne me sens plus seul maintenant».

J’invite LISA à dire  à son frère :  «je veux vivre et réussir ma vie personnelle avec toi dans mon coeur, tout en te respectant».

À la place de BERTRAND qui se sent plus léger  :  «c ‘est d ‘accord pour moi et je suis bien où je suis ; j‘ai envie de faire plein de choses».

LISA se sent mieux. Sur mon indication, LISA va à la place de son fils qui dit spontanément :  «j‘ai envie d aller jouer avec Bertrand».

LISA  reprend la place de BERTRAND et je l ‘invite à dire à FABRICE, son fils : il y a de la gravité : «Tu es mon neveu et je suis ton oncle. Ma maladie ne te regarde pas, c est mon histoire, pas celle d’ un enfant».

LISA retourne à la place de FABRICE  qui dit à son oncle : «je suis moins triste».

Je lui propose de dire en tant que FABRICE à son oncle : «tu es mon oncle et je suis ton neveu. Je vois ta maladie, ta souffrance mais cela ne me concerne pas». Soulagement !

LISA  revient à la place de BERTRAND et dit  spontanément :  «oui, c ‘est cela et nous pouvons jouer ensemble comme des enfants maintenant. C’est léger et vivant».

FABRICE avec un grand sourire : «maintenant je me sens libre».

LISA revient à sa place et alors, elle ressent une charge, un poids dans le cou et les épaules. C’est redevenu lourd pour elle.
Je lui demande qu ‘est ce qui se passe. Elle répond que c ‘est le poids de cette famille.

Je place alors derrière son frère un symbole pour le père et un pour la mère. De suite, elle ressent du mieux et spontanément elle dit : «mes parents veillent sur mon frère».

Je l ‘invite à dire à son frère : «Je te confie à tes parents, ils veillent sur toi».

À la place de son frère, elle dit que son frère est mieux ainsi et qu ‘il sourit et  le poids et les douleurs qu’elle ressentait auparavant ont disparu.

Elle se sent plus confiante et capable de faire face à son frère. Tout lui semble en ordre. Elle est apaisée.

Dans ce travail, nous voyons que le fils de LISA est identifiée à son oncle et que LISA a tendance à vouloir exclure son frère à cause de ses comportements différents. La solution consiste à reconnaître et respecter le frère et l’oncle et à restituer à l’oncle sa maladie.

Dans une constellation individuelle, la personne ne va pas forcément éprouver les sentiments et émotions de toutes les personnes représentées car cela pourrait constituer une surcharge émotionnelle non intégrable, non assimilable et nuisible à l’intégration de la solution. Une confrontation avec les protagonistes suffit déjà à faire émerger des informations qui permettront de comprendre l’intrication.

 

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