Témoignage de Heinz sur le thème de
l’avortement
Merci de ce nouveau bulletin.
C'est vrai que l'avortement laisse des traces terribles dans les couples
aussi. J'ai vécu le cas d'une quatrième grossesse qui a été traité à
l'hôpital comme crise de foie, avec une quantité incroyable de piqûres
et de médicaments, jusqu'à ce que les médecins se rendent compte qu'il
s'agissait d'une grossesse.
Je n'ai pas voulu prendre le risque d'un enfant handicapé, j'ai eu très
peur, je l'ai dit, le gynécologue s'est déclaré prêt à nous aider
légalement. Ma femme a refusé "Jamais ma mère n'accepterait". L'enfant
est notre première fille. Elle se porte bien, elle a aujourd'hui 31 ans,
est mariée, mère de trois filles.
Ma femme n'a jamais accepté mon refus. Elle m'en a voulu notre vie de
couple durant qui a basculé à cause de cela (entre autres).
Merci de tous ces témoignages.
Réponse de Christiane
Merci de ce témoignage qui montre l’impact de la culture et des valeurs
familiales en cas d’avortement ainsi que les répercussions sur une vie
de couple. Et il se pourrait que la bonne conscience pour continuer à
appartenir à sa famille d’origine ait joué.
Propos de Bert Hellinger sur l’avortement
(extrait de Allons de l’avant, la vraie raison des crises conjugales
et leurs solutions) J’ai ajouté ce qui est en rouge dans ce texte :
Un avortement a un effet décisif sur la relation de couple. après un
avortement, généralement, la relation de couple est finie. À travers
l’enfant on avorte aussi son partenaire pour rester dans l’image. En
règle générale, l’amour n’y résiste pas.
La solution consiste à ce que l’enfant avorté, qui a été rejeté, soit
repris et réintégré dans la famille. Ce serait la solution. Cela se fait
par le deuil.
Le deuil se manifeste dans une
profonde douleur. Alors là, l’enfant est vu. Lorsqu’on travaille avec un
tel couple, alors une voie s’ouvre. D’abord on les laisse abaisser leur
regard sur l’enfant. On établit ainsi un contact. Si vraiment, l’enfant
est vu, les larmes coulent. Et ces larmes réconcilient l’enfant. À
présent avec les larmes, l’amour coule vers l’enfant. Alors l’enfant est
consolé.
Dans cette situation, il n’y a pas que les parents qui aiment l’enfant,
l’enfant aime aussi. L’enfant a cédé sa place aux parents. Mais cela n’a
pas été reconnu. Maintenant, ici, (par le
processus de la constellation, avec ses phrases libératrices et
rituels) on le reconnaît. Les parents disent alors : “tu nous
cèdes la place, nous le prenons de toi”. Alors l’enfant est réconcilié
et en paix.
Le deuil commun et la réintégration de l’enfant ré-attachent le couple
qui était séparé par l’avortement. À travers le deuil, le couple se
retrouve. Cependant, ce n’est plus la même relation qu’avant. Elle a
traversé quelque chose qu’on pourrait nommer un processus de mort. Le
couple se retrouve, mais plus avec la même intimité insouciante
qu’auparavant, mais il s’agit d’une relation profonde que la
reconnaissance d’une culpabilité commune a renforcée.
On peut aussi observer un deuil permanent. Certaines mères portent
continuellement le deuil de l’enfant. Mais ce n’est pas une douleur,
c’est plutôt une espèce d’apitoiement sur soi-même. Ce deuil là ne
lâche pas l’enfant. Par contre la profonde douleur, lorsqu’elle se
manifeste, laisse aller l’enfant.
Il faut aussi que la culpabilité puisse être terminée après un certain
temps. ce n’est pas seulement bon pour les coupables, c’est bon aussi
pour les victimes. après un certain temps la culpabilité doit être
finie, sinon tout devient néfaste. C est aussi le cas pour un
avortement. Donc, lorsque cette douleur arrive, on garde l’enfant dans
son coeur et, après un an environ, on le laisse partir, pour que
l’enfant puisse être mort, et que pour tous, ça puisse être terminé.
"Ceux qui sont morts ne sont jamais partis
Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire et dans l'ombre qui s'épaissit
Les morts, les morts ne sont pas sous la terre,
Ils sont dans l'arbre qui frémit
Ils sont dans le bois qui gémit,
Ils sont dans l'eau qui coule
Ils sont dans la foule
Les morts, les morts ne sont pas morts"
extrait d'un poème de Birago Diop du Sénégal
Question d‘Hélène :
Pour moi un mandala est un cercle à l'intérieur duquel on dessine des
formes géométriques que l'on colore selon ses humeurs et qui sert de
support à la méditation, je ne vois donc pas de rapport avec ce dont
vous parlez, dessiner sa famille.
Pouvez vous m'expliquer ?
Réponse de Christiane :
Il y a différentes façons de travailler le mandala. Il peut être utilisé
comme vous le suggérez et alors c’est un outil de recentrage et de
détente, colorier des formes géométriques ou non, des symboles. Certains
mandalas traditionnels servent de support à la méditation.
Et puis il y a des mandalas qui peuvent être créés par une personne qui
laisse émerger les images de son inconscient, de son Réseau, de manière
spontanée ; cette technique a d’ailleurs été utilisé par C.G. Jung pour
accompagner ses patients et leur permettre de comprendre des zones
d’ombre de leur personnalité.
Dans les ateliers de constellations familiales et mandalas, la personne
va confectionner des éléments qui vont représenter les différentes
personnes de sa famille. Et elle est libre de représenter qui elle veut
et comme elle veut, selon son ressenti, ses impressions. Ensuite elle
met son cercle de famille en place, toujours de manière intuitive, sans
réfléchir et elle observe et ressent ; des informations vont venir. Elle
peut aussi expérimenter si son ressenti est différent suivant les places
des symboles et explorer cette création à sa guise. L’animateur peut
orienter l’attention de la personne en lui posant des questions, selon
ce qu’il voit et ressent. Ensuite, il y aura un temps de partage où sera
exprimé ce qui a été vu, compris.
Cette approche ressemble à la mise en place d une constellation
individuelle où nous utilisons des symboles pour représenter les membres
de la famille. La différence réside dans le fait que dans une
constellation individuelle, c’est l’animateur qui indique quelles sont
les personnes qui font partie de la constellation. Ce n’est pas le
constellant qui décide de qui fait partie de sa constellation.
D’une façon ou d’une autre, cela permet de recueillir des informations
sur la famille et les sentiments, émotions que nous éprouvons par
rapport aux diverses personnes. Cela met en lumière des zones d’ombre.
La constellation tout comme le mandala utilisent le langage symbolique
et les rituels pour permettre de rendre concret une création virtuelle,
mentale. La solution finale d’une constellation est d’abord une image
concrète et créatrice. Elle est réelle dans l’instant.
C’est comme le germe contenu dans le grain de blé. Elle contient la
puissance de l’Élan Vital.
Pour rendre plus vivante et concrète cette pratique, vous trouverez
ci-après une transcription succincte d’une constellation individuelle.
Je précise que les prénoms sont changés et que la personne m’a autorisée
à transcrire ce travail. Pour rendre plus facile la lecture et la
compréhension de ce texte, ce qui est dit par LISA pour elle-même est en
rouge foncé, ce qui est dit pour son frère BERTRAND est en noir et pour
son fils FABRICE en vert.
Cas pratique en individuel
La demande de Lisa :
Lisa a un frère plus âgé qu’elle et
qui souffre de troubles psychiatriques qui se sont accrus depuis le
décès de sa mère voilà un an.
Depuis, il a perdu ses points de
repères et sa stabilité. Le père étant mort peu de temps avant sa femme,
Bertrand se retrouve seul et a des difficultés à gérer son existence
maintenant. Il a donc été placé dans une maison d’accueil pour personnes
ayant des difficultés d’autonomie, avec son consentement. Lisa est
tiraillée entre le désir d’apporter un soutien à son frère tout en
protégeant sa famille actuelle et son petit garçon Fabrice qui a
tendance à être très agité et anxieux. Lisa veut trouver une solution
vis à vis de son frère car elle se sent coupable de ne pas l’accueillir
chez elle.
Je l’invite à choisir 3 symboles : un pour elle, un pour Bertrand son
frère, un pour Fabrice son garçon et de les placer dans la pièce.
Elle les met dans un triangle, elle
étant le sommet, Bertrand et Fabrice étant la base, sur la même ligne.
Tous sont orientés vers le centre. Ensemble, nous prenons un moment pour
observer et ressentir cette image puis j’’invite Lisa à prendre sa place
et à ressentir ce qui se passe pour elle. Elle est tendue.
Tout de suite LISA s’adresse à son frère : «je n’ai pas confiance en
toi et je ne veux pas que Fabrice soit seul avec toi. Tu me fais peur.
Je ne t’aime pas de la même façon que j’aime mon enfant, mais je t’aime,
tu sais.»
Ensuite LISA s’adresse à son fils, émue : «je t’aime».
J’invite alors LISA à venir à la place de Bertrand, son frère ; elle
prend un peu de temps pour ressentir et laisser résonner ce qu’elle a
dit. En tant que Bertrand, elle délivre ce message : «moi je me sens
seul et j’aimerais vous voir plus souvent ; j’aimerais jouer avec
Fabrice, l‘emmener à la pêche par exemple».
LISA revient à sa place et répond à Bertrand : «je ne peux pas te
confier mon fils seul ; tu le verras avec nous ; il est encore trop
jeune pour que je te le laisse. Je n’ai pas confiance, tu sais, tu n’es
pas assez responsable de toi».
LISA revient à la place de BERTRAND, elle rit nerveusement : «moi j’aime
les enfants et j’aime jouer avec eux. Je ne comprends pas tout cela».
Je lui propose de dire à BERTRAND : «J’ai peur de ta maladie et j’ai
peur pour mon enfant ; je ne voudrais pas qu’ il lui arrive du mal. Mais
je comprends que tu aies envie de nous voir et tu vas venir à la maison
pour un déjeuner».
LISA retourne à la place de BERTRAND et ressent ce qui se passe pour lui
; elle s’entend dire : « ça me fait du bien t’entendre ce que tu dis et
je te comprends mais tu n’as pas avoir peur. Sa voix est plus calme et
profonde».
Retour de LISA à sa place et je lui propose de dire à BERTRAND :
« c‘est ma peur et je veux protéger mon enfant. Mais je veux aussi
m’occuper de toi car tu es mon frère et je vais le faire en tant que ta
soeur. Je ne suis ni ta mère ni ton père».
À la place de BERTRAND : «je ne me sens plus seul maintenant».
J’invite LISA à dire à son frère :
«je veux vivre et réussir ma vie personnelle avec toi dans mon coeur,
tout en te respectant».
À la place de BERTRAND qui se sent plus léger : «c ‘est d ‘accord pour
moi et je suis bien où je suis ; j‘ai envie de faire plein de choses».
LISA se sent mieux. Sur mon
indication, LISA va à la place de son fils qui dit spontanément :
«j‘ai envie d aller jouer avec Bertrand».
LISA reprend la place de BERTRAND et je l ‘invite à dire à FABRICE, son
fils : il y a de la gravité : «Tu es mon neveu et je suis ton oncle. Ma
maladie ne te regarde pas, c est mon histoire, pas celle d’ un enfant».
LISA retourne à la place de FABRICE qui dit à son oncle : «je suis
moins triste».
Je lui propose de dire en tant que
FABRICE à son oncle : «tu es mon oncle et je suis ton neveu. Je vois ta
maladie, ta souffrance mais cela ne me concerne pas». Soulagement !
LISA revient à la place de BERTRAND et dit spontanément : «oui, c
‘est cela et nous pouvons jouer ensemble comme des enfants maintenant.
C’est léger et vivant».
FABRICE avec un grand sourire : «maintenant je me sens libre».
LISA revient à sa place et alors, elle ressent une charge, un poids dans
le cou et les épaules. C’est redevenu lourd pour elle.
Je lui demande qu ‘est ce qui se passe. Elle répond que c ‘est le poids
de cette famille.
Je place alors derrière son frère un
symbole pour le père et un pour la mère. De suite, elle ressent du mieux
et spontanément elle dit : «mes parents veillent sur mon frère».
Je l ‘invite à dire à son frère : «Je te confie à tes parents, ils
veillent sur toi».
À la place de son frère, elle dit que son frère est mieux ainsi et qu
‘il sourit et le poids et les douleurs qu’elle ressentait auparavant
ont disparu.
Elle se sent plus confiante et capable
de faire face à son frère. Tout lui semble en ordre. Elle est apaisée.
Dans ce travail, nous voyons que le fils de LISA
est identifiée à son oncle et que LISA a tendance à vouloir exclure son
frère à cause de ses comportements différents. La solution consiste à
reconnaître et respecter le frère et l’oncle et à restituer à l’oncle sa
maladie.
Dans une constellation individuelle, la personne ne va pas forcément
éprouver les sentiments et émotions de toutes les personnes représentées
car cela pourrait constituer une surcharge émotionnelle non intégrable,
non assimilable et nuisible à l’intégration de la solution. Une
confrontation avec les protagonistes suffit déjà à faire émerger des
informations qui permettront de comprendre l’intrication.