Les constellations familiales, no.14
Le droit à l'appartenance

Par Christiane Perreau

Bonjour,

Pour débuter cette nouvelle année, j’aurais pu vous donner encore des témoignages édifiants de personnes qui ont reconnu dans leur existence des traces et effets de mouvements interrompus. Et puis j’ai pensé que pour beaucoup d’entre nous la fin 2004 avait été l'occasion de rencontrer le cercle de famille, avec plus ou moins de joies et de difficultés.
 

 

Peinture de Francine Babot

  Comment sommes-nous reliés à notre famille d’origine ou actuelle ? Comment percevons-nous notre appartenance à cette tribu ? Et puis qui est mis de côté, qui n’est pas vu, oublié, rejeté, expatrié ? Qu’il ou elle soit vivant(e) ou mort(e)... L’appartenance étant un des principes fondamentaux de la constellation familiale, j’ai préféré aborder ce thème important qui permet de mieux saisir le fonctionnement d’un système familial.  

Je profite de cette période de voeux pour partager avec vous ce poème d’un auteur inconnu :

Rire, c’est risquer de paraître idiot.
 Pleurer, c’est risquer de paraître sentimental.
 Tendre la main, c’est risquer de s’impliquer.
 Exposer ses sentiments, c’est risquer d’être rejeté.
 Faire part de ses rêves à la foule, c’est risquer le ridicule.

Aimer, c’est risquer de ne pas être aimé en retour.
Aller de l’avant malgré les probabilités contraires, c’est risquer l’échec.
Mais il faut prendre des risques, car le plus grand danger dans la vie, c’est de ne rien risquer.

Celui qui ne risque rien, ne fait rien, n’a rien, n’est rien.
Il peut éviter de souffrir et de pleurer, mais il ne peut apprendre, sentir, changer, grandir ou aimer.
Seul est libre celui qui prend des risques.

Que cette nouvelle année  soit sous le signe du risque et de l’ouverture. Plus de compréhension pour vous-même, votre famille et l’expérience renouvelée de votre Essence fondamentale.

Amicalement

Christiane

«Si vous aimez vraiment vos enfants, vous ferez quelque chose pour vous.» Claude Portais

Notre survie dépend de notre appartenance à un  groupe ; la conscience d ‘appartenir à un clan rassure et est vitale. Un enfant sans système familial va mourir. Dès que l’enfant naît, il se crée un puissant lien entre lui et sa famille et cela indépendamment des qualités ou comportements des personnes. L’enfant éprouve une satisfaction d’appartenir au clan dont il est issu. Et il va déployer des efforts énormes (pensées, croyance religieuse, sentiments, objectifs, missions, attitudes vestimentaires, alimentaires) pour se conformer à la culture de ceux auxquels il veut appartenir. La peur d’être  rejeté,  de perdre ses parents le conditionne de manière inconsciente durant les premières années de son existence. Ce besoin d’appartenir agit secrètement, implicitement et est à conquérir sans cesse car nous ignorons le temps que cela va durer. L’idée d’être exclu est invivable, insupportable. D’ailleurs, dans certaines sociétés primitives le bannissement est la punition ultime.

Ce lien à la famille d’origine est si fort que l’enfant a tendance à sacrifier son propre bonheur, destin pour maintenir l’équilibre du groupe et rester fidèle à la conscience collective de son clan. Cela lui donne bonne conscience. Mais ce n’est pas un acte auto-déterminé, conscient. Et cela risque de devenir une croyance invisible qui sera difficile à conscientiser une fois adulte.

Vivre son bonheur personnel est ressenti comme une trahison : par exemple, certaines familles n’admettent pas le concept du divorce et celui qui se sépare se sent coupable de transgresser cette loi  – il a mauvaise conscience et risque de durer dans une situation qui ne lui convient plus pour ne pas dénoncer les croyances du clan. D’autres auront tendance à expier pour avoir enfreint les règles de leur communauté.

Ce témoignage de Murielle est édifiant sur ce type de programmes qui nous “agissent” :

Cela va faire sept ans la veille de Noël que je me suis séparée de mon mari... et sept ans que j'ai perdu le sommeil..

Je m'endors facilement mais me réveille 3-4 heures plus tard... J'ai tout essayé (y compris l'hypnose eriksonienne, l'EMDR ou deux constellations familiales...) Cela m'a aidé à gérer d'autres choses ou à comprendre pas à résoudre... Et je suis épuisée par ce manque de sommeil qui ne tue pas mais m'empêche de jouir de toutes mes facultés...
 
Cette séparation était inévitable... mais, dans ma famille, on ne se sépare pas.... On vit parfois l'enfer ... physiquement ou moralement mais on ne se sépare pas... Raison de plus pour moi qui n'avait jamais été battue mais qui souffrait de ne pouvoir me réaliser, de mourir mais seulement spirituellement.... On ne s'échappe pas de son milieu, de son village, de son destin...
 
J'ai pris conscience et j'ai dit non... J'ai voulu être libre d'être moi... Mais quelque chose inconsciemment m'arrête, pose obstacle sans fin...
 
La fin de mon couple (après 18 ans de mariage) , c'était l'échec... Je n'avais pu réussir ma relation amoureuse, ma vie de femme... Depuis lors, des tentatives de refonder un couple se sont fondées par un échec.

Certainement plusieurs facteurs participent à l’échec de Murielle et tout n’est pas systémique. Les difficultés à terminer les cycles sont dues en partie à des programmes bien cachés mais agissants pleinement à notre insu ! Bonne et mauvaise conscience nous maintiennent dans la dualité. Ce sont des points de vue différents qui permettent à chacun de trouver son propre chemin à travers des expériences souvent douloureuses vers plus de maturité, de discernement, de lucidité.

Nous ne voyons pas que nous nous trahissons nous-mêmes en étant fidèles aux destins des autres, étant ainsi infidèles à l’Être, à la Vie que nous sommes. Pour être fidèles à la Vie, à notre propre destin, pour que l’amour croisse, nous devons sortir des cadres, des croyances, des loyautés inconscientes, d’un système pour aller vers un autre système qui nous permet de faire d’autres expériences, d’acquérir d’autres connaissances, compréhensions.

L’adolescence nous le montre. C’est le moment où nous commençons à quitter la cellule familiale pour appartenir à d’autres groupes d’adolescents que nous choisissons et cela ne va pas sans mal parfois. Nous éprouvons le sentiment de tromper les nôtres, il y a des tiraillements (les scolioses auraient-elles à voir avec ces désirs de loyautés contradictoires ?).
Pourtant  c est la seule façon que nous ayons de vivre notre propre destin et nous accomplir. Cela se paie par une certaine culpabilité qui est plutôt saine puisqu’au service  d’un élargissement de conscience, d’un épanouissement.

Et le lien reste, nous sommes attachés de façon invisible à notre clan d’origine, aimés ou pas, accueillis ou non désirés et même  séparés par des milliers de kilomètres. Et dans les constellations nous pouvons constater que la famille est heureuse si chacun grandit et vit son propre bonheur. Lorsqu’une personne dit à ses ascendants que désormais elle va prendre son propre destin en mains, cela les soulage. Le lien vient du fait d’être né dans une famille, qui nous plaise ou pas.

Tous les membres d’une famille ont le même droit d’appartenance au clan, qu’ils soient en vie ou morts, proches ou à l’autre bout du monde.  Ils sont liés les uns ou autres qu’ils le veuillent ou non. C’est l’égalité pour tous et il n’y a pas de considération d’ordre moral ou d'évaluation de qui fait bien ou mal. Le droit à l’appartenance est indépendant des comportements. Les qualités  ou position sociale, professionnelle d’une personne ne lui confère pas un droit supérieur d’appartenir.

La seule exception à cette règle est le meurtre ou la tentative de meurtre d’un autre membre du clan qui fait perdre le droit d’appartenance de la personne responsable de ces actes.

La transgression de ce droit à l’appartenance est une des causes fondamentales des intrications existant dans les familles.
D’où l’intérêt de se demander dans une constellation qui est rejeté, oublié, pas reconnu, pas respecté  dans une famille ; l’exclusion prend des facettes multiples,   critiques,  jugements, peurs d’une personne et de son destin.

  • oubli des personnes ayant eu un destin difficile : grand mère morte en couches, mort d’un enfant en bas âge par exemple. Ce qui est douloureux est caché, tu. Ainsi espérons-nous échapper à la souffrance. Ainsi naissent des secrets, des tabous.

  • ignorance d’un premier amour, rejet ou non-respect d’un ex-partenaire
  • reniement des parents biologiques d’enfants adoptés
  • rejet d’un parent pour une conduite, un acte jugés inopportuns par un enfant
  • refoulement d’une personne dont l’existence est  difficile (handicap-folie-maladie grave) et dont la confrontation est douloureuse

  • personne expulsée ou expatriée
  • exclusion d’une personne suite à une union non approuvée par la famille
  • ignorance d’une injustice faite à quelqu’un
  • dénigrement d’un conjoint parce qu’alcoolique
  • dénigrement des hommes parce qu’une grand-mère a été bafouée ou violée

Tout cela constitue autant de formes d’exclusion qui  engendrent des déséquilibres qu’un plus jeune, un dernier arrivé dans le système tente de rétablir en prenant la place de la personne oubliée, son destin, ses sentiments. Cela est fait de façon inconsciente et involontaire. Et plus une personne est niée, plus elle a d’influence sur le clan. La conscience du groupe veille que chaque individu jouisse de son droit d’appartenance, de sa place.

Dans une constellation, nous allons chercher à inclure les événements douloureux, graves, les personnes oubliées, tout ce que le système ne voulait pas voir ou entendre. Nous allons rendre hommage à tous ces oubliés. Et cela va restaurer l’ordre et l’amour dans le système et permettre à la vie de circuler à nouvea
u.

 

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