Les constellations familiales, no.13
Témoignages et commentaires

Par Christiane Perreau

Bonjour,

Voici la dernière lettre de l’année 2004 avec un très intéressant partage de Robert consécutif à la question du mouvement interrompu et les croyances qui peuvent en découler. Nous avons tous été blessés dans nos élans et nous pouvons regarder quelles croyances avons nous mis en place afin de continuer notre chemin.

Et à l’avance merci pour vos  témoignages qui sont  de belles prises de conscience. Je ne peux les publier tous mais ils restent précieux pour ma recherche.

Amicalement
Christiane

 

 

Peinture de Francine Babot

 

Chacun est un fil solitaire
Un fil unique
Qui tisse avec ses soeurs, ses frères,
Ses compagnons d’ouvrage.
Un tissu chamarré de joies et de souffrances,
Toile unique, issue malgré elle
De l’union mystérieuse de ces fils qu’elle engendre.
Ces fils uniques et solitaires
Sombres et Lumineux,
Malgré eux solidaires....
Sur l’infini métier qui tisse l’invisible.

Pierre Philippon



Question de Christiane suite à un témoignage de Robert

Quand tu dis que tu as la croyance  d être non aimant, veux tu dire que tu penses ne pas pouvoir aimé ? Ou que tu te sens non aimable ?

Réponse de Robert

Il y a quelques années, j’avais déduit d’un certain ressenti et d’observations associées que j’étais porteur d’une « histoire inachevée », sans comprendre alors de quoi il était question. Claire, évidente, la réponse s’est récemment imposée et voici brièvement comment je l’ai restituée.
 
Depuis près de 40 ans, j’éprouve par intermittence l’impossibilité de profiter de ce qui est là, disponible, juste parce qu’en ces circonstances, j’ai un sommeil décalé et demeure fatigué. Jusqu’à ce jour, je n’avais pas vraiment nommé le problème, sommeil décalé et fatigue ne l’étant pas, n’en étant qu’un effet. Le problème n’est pas « je ne peux pas en profiter », mais « je n’ai (plus) envie de rien ». Et je découvre que cette envie coupée est ce qui m’empêche de dormir et me fatigue (lasse).
 
A chaque fois, une circonstance/représentation vient (inconsciemment) me rappeler que mon élan, mon intention, mon geste attentionné s’est heurté, au mieux au silence, à l’indifférence, au pire au mépris ou à l’humiliation. De quoi couper toute envie, castrer et faire baisser les bras (se résigner) !…
 
Quelle est alors cette histoire ? C’est l’expérience d’aimer inaboutie (non-complétée, inachevée). L’amour (la capacité à aimer) était là, mais l’expérience n’a pu en être faite. Ici, peu importe le pourquoi, le conflit familial et/ou généalogique en cause, seule compte la reconnaissance du phénomène, de cette non-expérience.

Que n’en ai-je pas déduit et retenu ? Si je ne fais pas l’expérience d’aimer, c’est donc que je ne suis pas aimant. Il va falloir fuir, démentir cette terrible croyance auto-accusatrice et, pour ce faire, donner, donner, donner…

Quiconque se croit non aimable, se croit d’abord et surtout non aimant, mais il ne semble pas aisé d’aller débusquer cette croyance-là. Ca m’aura pris une trentaine d’années…
L’expérience d’aimer de l’enfant aboutit, par le retour qu’il reçoit, quand il se sent aimé.
 
« Dès que tu es né, ils ont coupé le cordon et ils t’ont emmené », dit ma mère ; 2 hospitalisations en bas âge sans préparation ; « Quand je voyais, je me rappelle que tu ne me regardais pas », ai-je pu doucement confier à ma mère. « Tu comprends, quand je voyais tes yeux !… » (yeux glaucomateux) ; « Tu n’as rien à faire ici », me répéta l’institutrice pendant mes 3 premières années scolaires passées auprès d’elle (un enfer) et elle me reprocha le beau dessin réussi : « Comment peux-tu faire ça si c’est vrai que tu vois mal ? » Ce jour-là, j’avais cru que j’allais la dérider, que mon dessin/cadeau allait être reçu… Hé, n’était pas encore venue mon heure de faire une heureuse expérience d’aimer !
 
Et c’est après avoir perçu cela, chère Christiane, qu’il me fut donner de prendre connaissance de tes textes et celui de Baudouin, à propos du mouvement (ou contact) interrompu, quel émerveillement !
  
Aujourd’hui, lors de deux consultations données, j’ai amené les personnes à découvrir pour elles un autre “élan interrompu”. En attendant de trouver meilleure formulation, je le nomme « l’expérience d’être aimé inaboutie ». Il s’agit de personnes « incapables » de demander, de l’aide par exemple. Leur élan dans ce sens, non seulement n’a pas été comblé, mais il a été suivi de coups (physiques et/ou autres). Déduction : demander est dangereux. Croyances auto-accusatrices : je ne suis pas important, je suis dérangeant, illégitime, imposteur, pas à ma place, je suis faux
 
Pouvoir donner et être reçu est faire l’expérience d’aimer.
Pouvoir demander et recevoir est faire l’expérience d’être aimé.
 
J’imagine sans peine comment les constellations familiales peuvent révéler et guérir ces « mouvements émotionnels ».


Point de vue de Christiane

Merci  beaucoup pour cet exemple si bien explicité du mouvement interrompu relié aux croyances qu’il entraîne.

Beaucoup de  croyances se fondent au moment où l’enfant commence à conscientiser ses émotions et la façon dont celles-ci sont accueillies par l’entourage. Cette période se situe entre 3 et 7 ans environ. Si les élans spontanés de l’enfant ne sont pas reçus par les adultes, il va se produire des  blocages, des ruptures dans la fluidité des émotions qui feront des arrêts, des retenues dans l’expression de la Vie que nous sommes.

Par ailleurs, l’enfant apprend en observant et  s’identifiant aux adultes : comment gèrent-ils leurs problèmes, comment mettent ils en place des stratégies, quels comportements ou quelles pensées adoptent-ils face à telle situation. Et est-ce que leurs actes sont alignés avec leurs paroles ?

L’ enfant,  en fonction de ses expériences, de la réalité qui l’entoure va établir des relations de cause à effet, faire des associations, déductions et construire son propre système de croyances. Cela va influencer sa façon d’entrer en relation,  de communiquer, l’estime qu’il a de lui et sa capacité à faire confiance, aimer, agir.

C’est dans cette période également que l’enfant va commencer aussi à bâtir sa cuirasse, à résister, à contrôler ses émotions, à se protéger de ce qui ne peut pas être vécu en temps réel. Et comme le dit Marie-Lise Labonté “l’enfant s’endurcit dans son système de croyance face à sa réalité”.

Ces croyances s’articulent  principalement autour des thèmes suivants :

  • l’amour : je n’ai pas le droit d’aimer, je ne suis pas aimant, je ne suis pas capable d’aimer et donc je ne suis pas aimable

  • l’existence : je n’ai pas le droit d’exister, je suis encombrant pour les autres et je dois me faire invisible, discret

  • la reconnaissance  : je n’ai pas droit à la reconnaissance

  • la valeur : je ne vaux rien, je suis nul.

Croyances, pour certaines,  déjà véhiculées par le système familial ou qui trouvent un bon terreau dans les croyances ancestrales. Peut être depuis plusieurs générations des femmes  et des hommes pensent nous ne méritons pas l’amour ou  la vie, c’est dur  ou  il faut payer pour avoir le droit d’exister  ou chez nous c’est marche ou crève.

Par ailleurs,  pour appartenir à sa famille,  l’enfant va adopter  le système de croyances de celle-ci. Le sentiment d’appartenir à un clan est vital pour la survie physique et émotionnelle, et l’enfant est prêt à sacrifier son propre bonheur pour cela..

Et pour vérifier ces croyances, nous allons  être amener à faire certaines actions qui justifient, prouvent cette croyance enfouie.   Une personne arrive à 50 ans et n’a toujours pas rencontré l’amour avec un partenaire ou continue de donner plus que l’autre ne peut recevoir car elle pense qu’ainsi elle sera aimée.... Cela devient des vérités absolues, des certitudes.

Ainsi de manière inconsciente ou presque, nous nous construisons notre propre représentation du monde et faisons nôtre des attitudes, pensées, points de vue qui appartiennent à nos aïeux, à la conscience collective. La pensée judéo-chrétienne  véhicule  beaucoup la croyance que souffrance, sacrifice  et délivrance vont de pair. Les croyances “je te suis dans la mort ou la maladie” ou “plutôt moi que toi”, issues de la pensée magique sont certainement renforcées par les idéaux de la chrétienté. Et de telles croyances donnent bonne conscience et renforcent  le sentiment d’appartenance à un clan.....

Les constellations familiales  permettent de mettre à jour certaines de ces croyances et de restaurer “les mouvements émotionnels” qui étaient restés  prisonniers. Elles permettent de restituer à chacun ce qui lui appartient,  laissant un espace neuf où il est possible de créer sa propre existence, son propre destin.


 

Ajouter ce site à vos favoris

S'abonner à la lettre mensuelle

Vous êtes dans le site d'Iridis

Un site de

 

© 1999-2004, Dominique Jeanneret et Iridis, tous droits de reproduction réservés