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Chacun
est un fil solitaire
Un fil unique
Qui tisse avec ses soeurs, ses frères,
Ses compagnons d’ouvrage.
Un tissu chamarré de joies et de souffrances,
Toile unique, issue malgré elle
De l’union mystérieuse de ces fils qu’elle engendre.
Ces fils uniques et solitaires
Sombres et Lumineux,
Malgré eux solidaires....
Sur l’infini métier qui tisse l’invisible.
Pierre Philippon

Question de Christiane
suite à un témoignage de Robert
Quand tu dis que tu as la croyance d être non aimant, veux tu dire que
tu penses ne pas pouvoir aimé ? Ou que tu te sens non aimable ?
Réponse de Robert
Il y a quelques années, j’avais déduit d’un certain ressenti et
d’observations associées que j’étais porteur d’une « histoire inachevée
», sans comprendre alors de quoi il était question. Claire, évidente, la
réponse s’est récemment imposée et voici brièvement comment je l’ai
restituée.
Depuis près de 40 ans, j’éprouve par intermittence l’impossibilité de
profiter de ce qui est là, disponible, juste parce qu’en ces
circonstances, j’ai un sommeil décalé et demeure fatigué. Jusqu’à ce
jour, je n’avais pas vraiment nommé le problème, sommeil décalé et
fatigue ne l’étant pas, n’en étant qu’un effet. Le problème n’est pas «
je ne peux pas en profiter », mais « je n’ai (plus) envie de rien ». Et
je découvre que cette envie coupée est ce qui m’empêche de dormir et me
fatigue (lasse).
A chaque fois, une circonstance/représentation vient (inconsciemment) me
rappeler que mon élan, mon intention, mon geste attentionné s’est heurté,
au mieux au silence, à l’indifférence, au pire au mépris ou à
l’humiliation. De quoi couper toute envie, castrer et faire baisser les
bras (se résigner) !…
Quelle est alors cette histoire ? C’est l’expérience d’aimer
inaboutie (non-complétée, inachevée). L’amour (la capacité à aimer)
était là, mais l’expérience n’a pu en être faite. Ici, peu importe le
pourquoi, le conflit familial et/ou généalogique en cause, seule compte
la reconnaissance du phénomène, de cette non-expérience.
Que n’en ai-je pas déduit et retenu ? Si je ne fais pas l’expérience
d’aimer, c’est donc que je ne suis pas aimant. Il va falloir fuir,
démentir cette terrible croyance auto-accusatrice et, pour ce faire,
donner, donner, donner…
Quiconque se croit non aimable, se croit d’abord et surtout non aimant,
mais il ne semble pas aisé d’aller débusquer cette croyance-là. Ca
m’aura pris une trentaine d’années…
L’expérience d’aimer de l’enfant aboutit, par le retour qu’il reçoit,
quand il se sent aimé.
« Dès que tu es né, ils ont coupé le cordon et ils t’ont emmené », dit
ma mère ; 2 hospitalisations en bas âge sans préparation ; « Quand je
voyais, je me rappelle que tu ne me regardais pas », ai-je pu doucement
confier à ma mère. « Tu comprends, quand je voyais tes yeux !… » (yeux
glaucomateux) ; « Tu n’as rien à faire ici », me répéta l’institutrice
pendant mes 3 premières années scolaires passées auprès d’elle (un enfer)
et elle me reprocha le beau dessin réussi : « Comment peux-tu faire ça
si c’est vrai que tu vois mal ? » Ce jour-là, j’avais cru que j’allais
la dérider, que mon dessin/cadeau allait être reçu… Hé, n’était pas
encore venue mon heure de faire une heureuse expérience d’aimer !
Et c’est après avoir perçu cela, chère Christiane, qu’il me fut donner
de prendre connaissance de tes textes et celui de Baudouin, à propos du
mouvement (ou contact) interrompu, quel émerveillement !
Aujourd’hui, lors de deux consultations données, j’ai amené les
personnes à découvrir pour elles un autre “élan interrompu”. En
attendant de trouver meilleure formulation, je le nomme « l’expérience
d’être aimé inaboutie ». Il s’agit de personnes « incapables » de
demander, de l’aide par exemple. Leur élan dans ce sens, non seulement
n’a pas été comblé, mais il a été suivi de coups (physiques et/ou
autres). Déduction : demander est dangereux. Croyances auto-accusatrices
: je ne suis pas important, je suis dérangeant, illégitime, imposteur,
pas à ma place, je suis faux…
Pouvoir donner et être reçu est faire l’expérience d’aimer.
Pouvoir demander et recevoir est faire l’expérience d’être aimé.
J’imagine sans peine comment les constellations familiales peuvent
révéler et guérir ces « mouvements émotionnels ».
Point de vue de
Christiane
Merci beaucoup
pour cet exemple si bien explicité du mouvement interrompu relié aux
croyances qu’il entraîne.
Beaucoup de croyances se fondent au moment où l’enfant
commence à conscientiser ses émotions et la façon dont celles-ci sont
accueillies par l’entourage. Cette période se situe entre 3 et 7 ans
environ. Si les élans spontanés de l’enfant ne sont pas reçus par les
adultes, il va se produire des blocages, des ruptures dans la fluidité
des émotions qui feront des arrêts, des retenues dans l’expression de la
Vie que nous sommes.
Par ailleurs, l’enfant apprend en observant et s’identifiant aux
adultes : comment gèrent-ils leurs problèmes, comment mettent ils en
place des stratégies, quels comportements ou quelles pensées
adoptent-ils face à telle situation. Et est-ce que leurs actes sont
alignés avec leurs paroles ?
L’ enfant, en fonction de ses expériences, de la réalité qui l’entoure
va établir des relations de cause à effet, faire des associations,
déductions et construire son propre système de croyances. Cela va
influencer sa façon d’entrer en relation, de communiquer, l’estime
qu’il a de lui et sa capacité à faire confiance, aimer, agir.
C’est dans cette période également que l’enfant va commencer aussi à
bâtir sa cuirasse, à résister, à contrôler ses émotions, à se protéger
de ce qui ne peut pas être vécu en temps réel. Et comme le dit Marie-Lise
Labonté “l’enfant s’endurcit dans son système de croyance face à sa
réalité”.
Ces croyances s’articulent principalement autour des thèmes suivants :
-
l’amour : je n’ai pas le droit d’aimer, je ne suis pas aimant, je ne
suis pas capable d’aimer et donc je ne suis pas aimable
-
l’existence : je n’ai pas le droit d’exister, je suis encombrant
pour les autres et je dois me faire invisible, discret
-
la
reconnaissance : je n’ai pas droit à la reconnaissance
-
la
valeur : je ne vaux rien, je suis nul.
Croyances, pour certaines, déjà véhiculées par le système familial ou
qui trouvent un bon terreau dans les croyances ancestrales. Peut être
depuis plusieurs générations des femmes et des hommes pensent nous
ne méritons pas l’amour ou la vie, c’est dur ou il faut
payer pour avoir le droit d’exister ou chez nous c’est marche ou
crève.
Par ailleurs, pour appartenir à sa famille, l’enfant va adopter le
système de croyances de celle-ci. Le sentiment d’appartenir à un clan
est vital pour la survie physique et émotionnelle, et l’enfant est prêt
à sacrifier son propre bonheur pour cela..
Et pour vérifier ces croyances, nous allons être amener à faire
certaines actions qui justifient, prouvent cette croyance enfouie. Une
personne arrive à 50 ans et n’a toujours pas rencontré l’amour avec un
partenaire ou continue de donner plus que l’autre ne peut recevoir car
elle pense qu’ainsi elle sera aimée.... Cela devient des vérités
absolues, des certitudes.
Ainsi de manière inconsciente ou presque, nous nous construisons notre
propre représentation du monde et faisons nôtre des attitudes, pensées,
points de vue qui appartiennent à nos aïeux, à la conscience collective.
La pensée judéo-chrétienne véhicule beaucoup la croyance que
souffrance, sacrifice et délivrance vont de pair. Les croyances “je te
suis dans la mort ou la maladie” ou “plutôt moi que toi”, issues de la
pensée magique sont certainement renforcées par les idéaux de la
chrétienté. Et de telles croyances donnent bonne conscience et
renforcent le sentiment d’appartenance à un clan.....
Les constellations familiales permettent de mettre à jour certaines de
ces croyances et de restaurer “les mouvements émotionnels” qui étaient
restés prisonniers. Elles permettent de restituer à chacun ce qui lui
appartient, laissant un espace neuf où il est possible de créer sa
propre existence, son propre destin.

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