Les constellations familiales, no.12
Témoignages et commentaires reliés à la pratique :
L'élan interrompu

Par Christiane Perreau

Bonjour,

Voici des informations qui viennent enrichir la lettre sur l'«élan interrompu».

Concernant vos témoignages, merci de me stipuler lorsque vous voulez que cela reste confidentielle. Je veille à préserver votre intimité et coupe certains partages afin de ne pas dévoiler vos jardins secrets.

Amicalement

Christiane

 

Peinture de Francine Babot

 



Voici un partage de Beaudouin Labrique

Merci pour votre Bulletin.
 
Concernant le mouvement interrompu, nous avons observé que, la plupart du temps, lorsque l'enfant est séparé de sa mère au moment précis de la  naissance, pour une durée excédant ne fut-ce qu'une heure, il ne voudra plus ni ne pourra ensuite revivre de lui-même cette expérience par nature l'une des plus traumatisantes et lourdes de conséquences ; dès qu'il naît, il n'a en effet qu'une envie : se rapprocher, toucher, rester en contact physique avec celle avec qui il a été intimement en fusion durant la grossesse.

Séparé alors, il ne pourra  alors forger qu'une croyance du genre : si à l'avenir il se rapproche encore trop de celui, celle qui l'aime, ou qu'il aime, il ne pourra craindre que, comme à la naissance, une séparation rapide en découlera inéluctablement.
Dans son couple, par exemple, il se protègera de la même façon et il pourrait alors donner l'impression d'être froid, voire frigide ou impuissant.
 
Pour nous, c'est ce que nous appelons le "contact interrompu" de la mère (à la naissance) ; si, ensuite, il subit d'autres séparations, elles seront toujours à mettre en lumière avec ce tout premier contact interrompu qu'elles ravivent, pour lui permettre d'arriver à aider efficacement à en guérir, en lui permettant de mettre à jour la cascade et enfin à lui en montrer la vraie source ; il sera alors mieux à même d'en accepter toutes les conséquences, puisque découlant logiquement du conflit primal généré par ce contact interrompu.

Enfin, il pourra avec notre aide mettre en oeuvre une stratégie auto-libératrice, et, tel un jeu de domino, il n'y aura plus à redouter que de tels événements surviennent encore.  
Si on ne s'occupe que de "déclencheurs", sans aller à la source du mal-a-dit, tôt où tard il y ne pourra survenir de nouveau qu'un événement générant le même ressenti souffrant qui est alors là comme témoin que quelque chose de plus profond  (échappant au conscient de la personne) est à guérir absolument : le traumatisme majeur du contact interrompu à la naissance.

Nous avons aussi observé que ce sont précisément des personnes qui ont souffert de ce traumatisme de naissance qui ensuite, comme par hasard, vivent une kyrielle d'événements dont le dénominateur commun est cette tonalité de séparation affective ; comme s'il s'agissait d'un disque rayé, ceux-ci sont là pour leur offrir une occasion de guérir du traumatisme primal ; en psychobiologie nous parlons alors de "solution parfaite (de survie) du cerveau". "La vie ressert les mêmes plats mais de plus en plus épicés"



Point de vue de Christiane

Merci pour ce complément d’informations fort pertinent quant à la notion d’aller à la racine des maux (mots) et j’invite toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à la conception des croyances limitantes dans le ventre maternel à aller consulter le site de Beaudouin dont voici  les coordonnées :
http://www.retrouversonnord.be/ventrematernel.htm.

Ainsi concevons-nous certaines croyances en même temps que notre naissance ou conception. Ces croyances ont la vie dure,  elles deviennent invisibles et  certitudes alors qu’ elles s’appuient  souvent sur  l’irrationnel ou des vestiges d’une pensée magique. Elles nous rendent la vie dure et les constellations mettent en évidence de telles croyances  “si je meurs, Papa ne va pas mourir” ou “si je meurs, ma petite soeur va revenir sur terre”. Ces croyances qui nous permettent un temps d’affronter  l’inconnu, l’imprévisible deviennent  alors de vraies prisons psychologiques qui auraient besoin d’être nettoyées. Elles constituent de vraies racines pour les maux.

L’enfant qui naît a un besoin vital de s’attacher ce qui lui permettra de mieux se détacher ensuite. Cet enfant vient de subir une perte importante en passant du NON-NÉ au NÉ.  IL vient de perdre un espace où il était en union  absolue avec le corps de sa mère et où tous ses besoins/désirs étaient satisfaits sans qu’il y ait à demander, à communiquer.  Et  dans cette venue au monde il perd le cordon, le placenta, l’enveloppe amniotique, la pression utérine. Et tous les rythmes inhérents au corps maternel (coeur-respiration-marche).  Du monde liquide il passe au monde solide ; d’un univers chaud il passe dans un univers froid. Il  connaît des ruptures dans la continuité d’être qu’il peut percevoir comme la mort.  

Cet enfant Divin qui n’a  pas  de masse fait son entrée au monde avec des pertes ;  il fait l’expérience de la dé-pression originelle. Il a un besoin  vital de rétablir le lien entre son existence prénatale et son existence postnatale.

Si l’enfant est accueilli par le corps de la mère  (réflexe de fouissement, empreinte, pression des bras, rythme cardiaque, respiratoire) et par le regard de celle-ci ou d’un autre être humain,” il n’y a pas de rupture, selon Jean Marie Delassus pédopsychiatre et philosophe,  mais un saut non pas dans  l’inconnu mais dans le reconnu. Cet échange, qui se poursuit ensuite par des soins aimants, rend ce monde acceptable. Quand au couple, il découvre l’infini dans les yeux de son bébé, et se retrouve alors dans la position de parents grâce au partage de cette émotion”.

Ainsi ce lien peut se faire dans un corps à corps  physique mais aussi dans une communion  empathique d’être à être qui s’appelle Présence.  Cette Présence dont nous pouvons bénéficier auprès d’un sage, d’un éveillé.....

Si il y a eu beaucoup de ruptures dans cette période post-natale, cela va constituer une racine sur laquelle vont venir s’empiler d’autres traumas ayant la même anatomie dont les élans interrompus.

Il semblerait que  l’expérience de notre Nature Divine soit fondamentale dans cette période péri-natale et qu’elle laisse en nous une nostalgie  qui va nourrir nos recherches “spirituelles” ultérieures.
Mais cette expérience d’unité originelle n’est pas  auto-consciente. Le bébé  ne sait pas qu’il est Conscience sans contenu, Vacuité.
Il n’ a pas encore de concepts, ce bébé, pour nommer la NON-CHOSE,
pour nommer le NON-NÉ, pas plus que pour nommer ce corps, cette tête, ces pensées, ces désirs, ces pulsions de vie ou de mort. Le bébé EST.

La perte de cette perception d’unité va nous conduire vers la quête du Soi de façon consciente. Pour entrer dans l’expérience de  la co-naissanceje sais que je suis Conscience.

  

Partage de Catherine

Et merci d'avoir si bien exprimé dans ces quelques phrases de ta lettre N°11 les mécanismes de survie suite à un un élan interrompu.

Avec le temps et des explications franches (?), le ressentiment s'estompe. Mais la confiance, elle, ne revient pas si facilement. Tu as raison, c'est un sorte de mort qui nous rattrape dès que l'on arrête de tourner dans la centrifugeuse de la société. Mais la marque est là, indélébile car la méfiance fait en sorte que l'on ne désire même plus faire le chemin à l'envers pour retrouver le cours "normal" du mouvement. Fut un temps où je désirais ce réconfort, maintenant il me paraît vain et inutile. C'est ce en quoi je te dis que je ne suis pas prête. Peut-être est-ce la peur de souffrir à nouveau ?

La maternité "casse" pour un temps ce cercle infernal et j'ai pensé récupérer le mouvement à ce moment là. Hélas, les enfants quittent le nid et c'est normal, c'est le but de l'éducation qu'on leur apporte. L'oiseau doit un jour voler de ses propres ailes et dans les meilleures conditions possibles. Peut-être les petits enfants me permettront-ils de retrouver cette vie affective si enfouie au fond de moi. Eux seuls, pour le moment, me donneront la force de faire le pas et me laisser-aller en toute confiance vers l'Amour.

Je "fais" beaucoup de choses, mais je ne ressens rien, peut-être quelques fois un peu de révolte ou de colère. Mais à quoi bon ! C'est ça la dépression ? Alors je la traîne depuis longtemps... Ce qui n'empêche pas de se battre à l'extérieur pour sa famille. Quel antagonisme ! La pêche à l'extérieur, la mort à l'intérieur !



Point de vue de Christiane

Merci Catherine pour ce témoignage si sincère et si  touchant. Tes mots en disent long sur cette blessure....

Je ne peux  que te dire qu il y a un chemin pour retrouver la confiance, l’abandon, le vouloir vivre et la vie à l’ intérieur au lieu de la mort à l ‘intérieur.

Un ressentiment qui s’estompe indique qu’il est toujours là. Estompé ne veut pas dire dissout. Le cycle est toujours ouvert.  Et quand tu dis “ne plus ressentir” cela indique que, peut être  tu sens déjà beaucoup trop et que tu tentes d'anesthésier le ressentiment !

En principe un être qui  passe à travers la souffrance de façon consciente et délibérée,  retrouve sa plénitude et sa joie d’exister. IL devient actif dans sa souffrance. Il ne la subit plus passivement. Il retrouve son point cause.

Si nous faisons des tentatives dans ce sens, avec de la souffrance et sans résultat,  c’est un échec.   L’échec risque d’amener des émotions fortes du genre  colère. La colère est une énergie puissante qui permet de retrouver l’élan vital et  l’action.  Mais si vient ensuite une contre énergie du genre  “à quoi bon, il n’y a rien à faire”... la colère et l’action qui devaient suivre devront être refoulées.
Ensuite nous avons une pression due à l'énergie colère qui sera réprimée par le “à quoi bon” et  pour éliminer cette énergie qui n’a pas pu être investie dans l’action, nous aurons une dé-pression avec une  sensation d’apathie.
 
À ce moment là, nous pouvons regarder si  le chemin emprunté était bien le bon ou si nous étions  assez préparés, prêts ou suffisamment accompagnés ou...

Oui, il y a un chemin. Il est long et  demande persévérance mais c ‘est possible. De toute façon si nous ne faisons pas ce chemin... Nous sommes “faits” par lui... Et c’est comme une dé-faite qui aura un goût amer jusqu’à la fin de nos jours. Que nous reste –t-il alors comme choix : rester sur la défaite ou continuer afin de retrouver nos certitudes de créateur ? D'ETRE..... notre maison.....


 

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