Les constellations familiales, no.11
Témoignages et commentaires reliés à la pratique :
Mouvement systémique

Par Christiane Perreau

Bonjour,

Voici une lettre qui traite du mouvement interrompu qui n’est pas une intrication systémique mais un mouvement émotionnel qui se montre lors des séances et qui est restauré par le bonding thérapeutique qui est une étreinte codifiée.

Merci encore à tous ceux qui écrivent. Cela permettra de donner d’autres explications dans les semaines à venir.


Amicalement

Christiane

 

Peinture de Francine Babot

 



Partage de Béatrice

Merci Christiane

Pour ces merveilleux partages.
Oui cette lettre est merveilleuse
Quelle coïncidence extraordinaire, justement je me disais cela ces derniers jours...que mes parents avaient fait du mieux possible...Et qu'ils étaient les plus merveilleux parents.
 
En fait, si je déroule le chemin de l'acceptation, les étapes ont été les suivantes:
 
Enfant, je me sens incomprise, fréquemment punie, tapée , mise au cachot...(heureusement on est trois filles toutes à la même enseigne ...les punitions pleuvent au  hasard...chacune son lot ...Au moins ça répartit les lots. À 6 ans, placée chez ma grand-mère...j'ai  un gros trauma d'abandon (celle qui se sent le vrai vilain canard de la couvée).

Je ne comprends toujours pas les réactions de ma mère qui pour moi restent inexplicables..Mais désormais nos relations sont devenues empathiques, je cherche désormais à la comprendre, à voir ce qui se passe en elle.

Je reçois toujours des scudes, mais désormais je mène l'enquête et freinant l'éclosion de ma propre réaction, je me recentre au coeur, et de manière "dénudée" je m'offre à elle pour accepter ces flèches et enquêter en lui posant à chaque fois la question; peut-elle me dire ce qui motive son attitude ?

L'intention (amour) qui préside à mon questionnement reçoit réponses sur réponses.
Ça marche !!!
Pour bien comprendre ...l'intention de départ n'est pas "justifie moi ta conduite" ..;Mais bien "donne moi les éléments qui vont me permettre de comprendre ton attitude" .
 
Et je découvre peu à peu que ce comportement si "irrationnel" à mes yeux, comporte en fait des contreparties "fixées" dans le marbre, et voui ..peu à peu ce comportement quitte le domaine de l'arbitraire pour laisser seulement apparaître une collection de "fixations".
C'est un peu comme de faire la visite d'une machinerie d'une autre époque....Lumière...Ses réactions sont totalement justifiées .....je n'ai plus qu'à accepter ces vues là ....Je le fais de bonne grâce ...l'amour pour maman est en phase croissante....Désormais, je me sens comme une mère pour elle, comme si moi la petite fille par une retournement de situation extraordinaire, j'étais chargée de la  dorloter, de soigner toute cette souffrance en elle.
 
Reste que la division est toujours là ...l'adulte est réconciliée elle a même vu que son "masochisme" lui plaisait bien en fait...Ceci aussi la fait rire aujourd'hui . Et bien entendu le mazo a l'air d'avoir glissé du champ d' expérience ....
 
Reste que la petite fille elle est toujours là dans la conscience, à attendre une éventuelle maman de secours. Alors j'ai bien conscience qu'il faudrait que la petite fille réussisse à lâcher sa  'revendication" à une maman imaginaire...Mais de la conscience du problème à la résolution de l'équation .....il doit encore manquer une case de compréhension
même si aujourd'hui l'idée fait son chemin, que comme il faut taper sur l'enclume pour forger une belle épée, tout ceci était sans doute nécessaire .....ou inscrit dans la lignée biologique ..... (l'ego se lasse jamais de s'inventer de multiples scénarios ..je viens d'en apercevoir sa revendication en écrivant la phrase précédente). Alors oui j'accepterai de renaître de cette divine môman .
 
Et je mesure à quel point l'acceptation doit résulter d'une acceptation sans conditions y compris au delà de toute éventuelle compréhension de chaque scène unitaire.
 
Car comme dirait l'autre il en fût ainsi !
 

Réponse de Christiane

À  propos du mouvement interrompu

Merci Béa pour ces belles compréhensions et  le beau parcours que tu fais. Merci de souligner ton intention de comprendre et non d’accuser ou de revendiquer ou de juger. L’intention de comprendre, faite  d’intelligence,  n’amène pas de force et ainsi les résistances s’aplanissent. Et cela fait des merveilles parfois....” plus je comprends, mieux j’aime”.

Néanmoins, il y a un fait qui retient mon attention et sur lequel je souhaite m’attarder. Tu dis avoir été placée à 6 ans chez ta grand-mère. Il se peut qu’il y ait là ce que nous appelons un élan interrompu vers la mère.

Un petit enfant qui est séparé de sa mère, parfois de son père, est interrompu dans son élan vers celui qu’il aime et dont il dépend affectivement. Le mouvement vers l’autre est inachevé. Ce mouvement d’amour n’aboutit pas, il n’y a plus de récepteur à l’autre bout de la communication et cela constitue une douloureuse blessure chez les enfants. C’est comme si ce mouvement tombait dans le vide, dans le néant. Il y a rupture de  communication empathique, de compréhension et d’affinité.  Et l’enfant croit qu’il va mourir. C’est une douleur insupportable. Il ressent  détresse et abandon. Cela crée une grande panique chez l’enfant, c’est réellement une question de vie ou de mort. L’enfant se sent  impuissant et connaît une grande tristesse. Il finit par se résigner. Et cela peut causer réellement la mort d’un enfant.
Ce mouvement est à l’origine de bien des névroses.

Ces ruptures dans la relation se produisent souvent entre 0 et 3 ans, là où l’enfant est dans une grande période de fragilité, de survie émotionnelle et physique. Cela se produit aussi un peu plus tard et les effets sont moindres.
.

Il peut s’agir :

  • d’une séparation courte, la maman est appelée de toute urgence à l’école car son autre enfant vient d’avoir un accident.

  • d’une séparation longue, la maman part pour accoucher, le papa  part travailler à l’étranger, l’enfant est brusquement placé dans un institut car les parents ne peuvent plus assumer ou chez une grand mère ou envoyer en Suisse pour s’y refaire une santé. Ou l’enfant est mis en couveuse, né prématuré.

  • D’une simple rupture dans l’élan affectif : l’enfant a cueilli un magnifique bouquet de pissenlits et rentre heureux à la maison pour l ‘offrir à Maman qui est toute occupée à faire le souper et ne porte pas ou peu d ‘attention à ce geste d’amour. Ou l’enfant vient de se coucher et il attend Maman, en vain, pour le câlin du soir.

  • D’une rupture parce que la mère/le père est malade ou absent, indisponible parce que pris dans ses propres intrications

Pour se protéger, l’enfant va se retirer en lui, se refermer, se protéger en mettant de la distance entre lui et les autres. Sa déception est grande et il ressent beaucoup de chagrin, de désespoir.  Il se méfie de l’autre. Ils ont l’impression d’être rejetés.

Les enfants qui ont vécu cela mettent en place des stratégies qui se manifestent à l’âge adulte, notamment lorsque la personne souhaite aller vers autrui. À un certain stade du mouvement, des souvenirs vont ressurgir et la bloquer.

Des programmes du genre Je vais me débrouiller seul, je ne demande rien aux autres, je suis fort se mettent en place ; la main de l ‘autre  qui se tend pour les accompagner est perçue comme dangereuse. Et puis à quoi ça sert, à quoi bon revient souvent.

Ces enfants deviennent  solitaires et auront tendance à avoir beaucoup de ressentiments envers les parents. Ils vont jusqu’à couper le contact avec celui qui est cause de leur souffrance. Ils peuvent aussi se réfugier dans l’indifférence.  Ils deviennent distants.

Ils ont du mal à tisser des liens avec autrui et  garder un partenaire. Le souvenir de la rupture est trop douloureux.  Il y a souvent des programmes de sabotage dans la vie de couple, et ils  peuvent rompre brusquement une relation qui leur est chère sans vraiment savoir pourquoi (je viens de quitter ma partenaire et cela fait 3 fois que je fais cela et je ne sais pas pourquoi).

Ils ont du mal à exprimer leur tendresse, leur affection  et à se laisser toucher, au sens propre comme au sens figuré.  Ils ont du mal à être effet. Ils deviennent résistants et évitent d’être blessés,  déçus à nouveau. Ils  prennent peu de risques à communiquer (communiquer c’est accepter d’être effet).
 
Ils ont du mal à aller jusqu’au bout de leurs entreprises. L’élan n’y est pas; il y a en eux un mouvement comme un pas en avant, deux pas en arrière ou une tendance à tourner en rond et la démission se montre facilement.

Lorsque cette dynamique se montre en constellation, c’est toujours un moment délicat pour la personne concernée. Les émotions liées à cette interruption vont être réactivées : colère, haine, peur,  résistances, renoncement, tristesse, chagrin demandent à être traversés. La  personne va hésiter, tenter d’échapper au processus, elle aura des tensions dans la nuque, le dos, des maux de tête, une respiration bloquée. La réparation du mouvement interrompu est excessivement douloureuse et comme le dit Bert Hellinger, “cela s’accompagne d’un très profond sentiment d’impuissance”.

Il s’agit de reprendre le mouvement là où il a été interrompu, alors que la personne était enfant et cela demande des petits pas et du temps. La personne a besoin d’être soutenue, touchée, prise dans les bras afin de trouver la sécurité qui permette de traverser ces blocages et de terminer le mouvement.

La restauration du mouvement interrompu fait partie intégrante du processus des constellations familiales. La personne pourra alors aller beaucoup plus facilement vers les autres, et vers les parents.

Prendre ses parents ne veut pas dire prendre leurs responsabilités. Extrait de Bert Hellinger Les liens qui libérent

L’enfant n’a pas besoin de pardonner à ses parents. C’est quelque chose de différent. Un enfant brutalisé a le droit de dire que c’était horrible et il a aussi le droit de dire : “ je ne te le  pardonnerai jamais”. Il peut le dire,  mais il n’a pas besoin pour autant de se  mettre en colère. Il peut dire : “c’est toi qui est responsable”. Mais ce que font souvent les enfants, c’est que ce sont eux qui prennent la charge. C’est plus difficile de laisser la faute et la responsabilité aux parents. Mais les enfants ne peuvent pas prendre le droit de vouloir faire justice en frappant à leur tour leurs parents, en disant :”vous allez voir, ce que je vais  vous faire”. Cela aurait de graves conséquences. Un enfant qui dénonce ses parents pour quoi que ce soit aura tendance à expier.
 

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